Archive de la catégorie «Cher pays»

Bieng venu chez les cagôôôles

juillet 31, 2008

[C’est l’été, fait inutilement chaud. Retour sur un film qui n’en demandait pas tant en jouant sur un titre plus de saison]

J’ai vu « Bienvenue chez les Kabyles » la première semaine, à la suite d’une longue négociation avec un de mes enfants ( « Papa, pour une fois, PAS un film en Noir et Blanc !.. » ) sans me douter alors que je contribuerai à lui faire décrocher un record absolument injustifié, ni que je me rendais complice d’un phénomène de société, ayant juste subodoré que les extraits sur le ouaibe contenant les meilleurs morceaux.

À partir d’un argument pour téléfilm, le Daniel Boune en a fait… un téléfilm. On s’abstiendra de comparer « La Grande Vadrouille » aux « Ch’tis ». Ceux qui l’ont vu savent à quoi s’en tenir, les autres en auront lu suffisamment dessus.

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Les films à accents, ça ne s’était pas vu depuis Pagnol qui en jouait comme d’une rente, seul maître à bord de ce marché captif. De ci, de là, des exceptions comme « Les vieux de la vieille », « Jour de fête » ou « Versailles, Rive Gauche » confirmaient la règle que si le cinoche français adore le terroir, la touche locale que confèrent les accents régionaux semblait réservée aux seuls figurants. Un peu plus de temps et de recherche permettraient de dresser une liste évidemment plus longue mais, en se limitant au cinéma contemporain - seul désormais autorisé à passer à la télé « gratuite » à un heure décente - il n’est que de comparer avec le cinéma brito-british pour constater que chez des cinéastes aussi différents que Stephen Frears, Ken Loach, Peter Watkins, Guy Ritchie, Terry Gilliam (& c°) ou Danny Boyle, un Écossais ne parle pas du tout comme un gars de Liverpool, dont le phrasé est sans rapport avec celui d’un cockney, a fortiori quand les trois se retrouvent dans la même scène, sans qu’ils aient besoin de se forcer ou qu’on ne nous le justifie par un quelconque « Welcome to… ».

On connaît tous le péché originel. Qu’un Kad Merad aka Philippe Abrams puisse incarner le « Français moyen » face à un Danny Boon représentant à lui tout seul la quintessence de l’esprit Picard ou du Boulonnais, fait mal au fondement - mais une critique réaliste de l’état des lieux de notre beau pays en ruine ferait répondre qu’on a échappé de peu à Omar et Fred. D’ailleurs, je pense qu’on ne perd rien pour attendre.

Quand de surcroît, les films qui sortent sont le fruit de la collaboration entre des producteurs, des metteurs en scènes, des comédiens sans passé, ni culture, ni vécu, et pour qui l’expérience de la province, quoiqu’ils se gardent bien de l’admettre, sont les publicités pour le camembert « Cœur de lion », on ne s’étonne plus de grand-chose. C’est d’ailleurs ce que relevait pour le déplorer le scénariste de Pascal Thomas dans le numéro double juillet-août du « Choc du mois », consacré à l’Irlande et au cinoche eud’chez nous.

Cela étant posé, l’attrait potentiel des Ch’tis se résumait à des données très simples : personnages positifs, de milieu pour le coup populaire, cultivant l’entraide dans un contexte provincial déterminé. Nul intellectualisme dedans. Il faut aussi reconnaître que sans les alter ego du sympathique postier, le film ne tenait pas debout une seconde. Ça tourne à la visite du zoo, mais il faut croire que le public préférait aller voir des pandas pelés et des rhinocéros sans corne exécuter des cabrioles plutôt que les poulets en batterie qu’on lui sert d’ordinaire.

L’ennui c’est qu’on nous présente ce film comme un chef-d’œuvre au motif qu’il compresse les clichés façon César. Allez, soyons juste : il y a une bonne idée de scénar dans le fait que le Besancenot du Nord soit aussi carillonneur. M’enfin, s’il voulait vraiment séduire sa belle en la faisant rire et rester cohérent, il aurait mieux fait de jouer « Un clair de lune à Maubeuge » plutôt qu’ « I just called to say I love you » qui ne passe même plus sur Chérie FM.

Bref, son succès ne m’étonne pas, en soi, c‘est son ampleur démesurée qui me désole. Parce qu’il est le signe que les gens n’ont plus que ça à se mettre sous la dent. Si on devait m’apprendre que le plat le plus consommé, et le plus apprécié en France est la blanquette de veau servie chez Flunch, ça me ferait le même effet.

En revanche, ce ne sera un paradoxe pour personne de rappeler que parmi les fines bouches qui ont dénigré le film, pour les mauvaises raisons, le rapport à la province se limite à une maison dans le Gers ou au Cap Ferret achetée à grand prix, parce que c’est là-bas qu’il faut être. Mais il ne faut pas trop les ennuyer avec les odeurs de vaches.

PS.

Sans vouloir tomber dans l’anti-intellectualisme primaire teinté d’une nostalgie de bon aloi - mais c’est une tentation qu’elle est bonne - et sachant qu’en ce domaine, la vérité est toujours relative, le fait est que les films des Charlots (oui : Les…) nous ont souvent adressé des cartes postales de la province, à une époque donnée, plus pittoresques que dans de nombreux Chabrol.

En conclusion, puisque l’été inspire les grands débats ineptes, je vous propose de débattre entre vous des mérites respectifs de ces deux raod-movies provinciaux ensoleillés que sont « Le Fanfaron » et « Le Triporteur ».

Timeo Hominem Unius Libri

juin 17, 2008

« Chef ! Venez voir, on a trouvé un livre… »

Le dernier mercredi de ce mois de mai, deux jeunes skinet ont été arrêtés dans une commune de l’Essonne, suite au mitraillage d’une cité à la Sten. Les impacts de balles retrouvés à hauteur d’homme laissent entendre qu’il s’agit d’un petit miracle s’il n’y a pas eu de blessés. Geste imbécile, s’il en est, que les auteurs auraient expliqué en réaction aux harcèlements de jeunes.

La moisisphère a bruit des discussions sur l’opportunité, la légitimité et la pertinence d’un tel acte. J’ai lu peu d’approbation de ce shoot’em up pour rire. Faute d’éléments, je me garderai bien d’en faire ; si vous y tenez, je considère cela couillon, dangereux et improductif.

Je constate toutefois que, pour isolé qu’il soit, « les enquêteurs n’excluent pas non plus la thèse d’un acte purement raciste, de la part de ces deux néonazis » (Le Parisien du 31/05/08 ) ; thèse toujours avancée à sens unique. Je constate également que l’enquête a été menée avec une diligence qui ne manquera pas d’étonner les naïfs pour une agression sans victimes. Je constate surtout que, à l’instar de l’inspection bibliophile menée récemment chez l’Unabomber français, postier de son état, trésorier, secrétaire général et membres au complet à lui tout seul de la FNAR, (lecteur de tonton Adolf et de l’oncle Vladimir Ilitch, ça a du faire tache dans le rapport) les rayonnages des first-person shooters ont été scrutés avec soin. La découverte de documentation nazie (sic) ayant évidemment été pain béni pour les enquêteurs.

Autre temps, autres mœurs ? Je ne sache pas que des ouvrages culinaires en nombre aient jamais été trouvés dans la cuisine d’Issei Sagawa, ni que cela eut pu un instant être envisagé comme élément à charge par un magistrat facétieux, bien que la relation de cause à effets eut été en ce cas plus manifeste. Pas plus, si je veux bien vous épargner des comparaisons tirées par les cheveux et rester sérieux cinq minutes, qu’on n’a su dans le détail ce que renfermaient les étagères de Richard Durn, mis à part un manuel de sanitation et son journal.

Il me semble bien, en revanche, que de la paperasses d’extrême-gauche avait été retrouvée au domicile squat des honeymoon killers français, Audry Maupin et Florence Rey, moins qu’on la leur ait mise sur le dos. Ou bien, en principe et toujours dans ce cas de figure, cela avait du être dans l’espoir y découvrir de lumineuses explications qui, plutôt que de les enfoncer, auraient constitué autant d’éléments à décharge. Étant tenu pour acquis que si la lecture du Petit Livre Rouge ou d’un tract trotskiste récupéré sur un marché lors d’une campagne municipale n’a jamais incité quiconque à faire du rodéo urbain en taxi, le simple fait d’avoir, même malencontreusement, téléchargé un pédéhèffe sur « adolfitlère.com » induit forcément le passage à l’acte du défouraillage à l’arme de collection sur une cité de banlieue.

Foin d’angélisme, les deux gugusses à poil ras n’étaient sans doute pas des poètes, ni non plus des résidents d’une paisible environnement où une erreur d’attribution de lot lors de la tombola de la kermesse paroissiale serait le seul incident susceptible de défrayer la chronique.

Quoi qu’il en soit, on savait que lire des livres était dangereux, on avait oublié que leur possession l’était encore plus. Merci du rappel. Amis liseurs, vous voilà prévenus et placés devant une alternative : vendez vos bouquins chez Gibert, ou attendez-vous à donner aux journalistes matière à étoffer un peu plus encore leur rapport de police article à chaque fois que vous serez impliqué d’une manière ou d’une autre dans un fait divers. Car si nous n’en sommes pas tout à fait à ce stade là, nous nous approchons à grand pas du moment où le moindre incident mettant en scène un concitoyen de souche sera relaté ainsi :

Hier soir, dans la tendre et joyeuse cité (*) de***, M. Marcel Dupont, 56 ans, demeurant au 4, cité Jean-Sébastien Bach, allée 3, escalier C, 9e étage, a violemment aspergé d’eau depuis son balcon une dizaine de jeunes qui profitaient de la fraîcheur du soir pour s’entraîner aux sports mécaniques.

Prévenu par les habitants de l’immeuble, la Police est intervenue pour calmer le forcené et lui confisquer sa bouteille de Cristalline. M. Marcel Dupont, employé à l’agence locale des assurances AXA, 3 boulevard de la République, ouvert du lundi au samedi de 9:00 à 17:30, a été immédiatement appréhendé.

Une fouille en règle du domicile de M. Dupont dont les trois enfants, Pierre, Anne et Jean, scolarisés au Lycée Nelson-Mandela, respectivement en classe de 6e2, 3e1 et Terminale S2, a permis de découvrir des DVD et de la littérature d’extrême-droite (La 317e Section, Français, si vous saviez, Voyage au bout de la nuit et un carnet de chant Scout).

Les dix jeunes victimes ont bénéficié d’une cellule de soutien psychologique.

Leur avocats, mandatés par le MRAP et la LICRA comptent porter plainte pour actes de violence raciste caractérisée.

Enfin, à toute chose malheur est bon, et l’avantage insigne que nous conserverons par rapport aux divers incendiaires de Vitry-le-François, c’est qu’on ne trouvera jamais chez eux autre chose que des magazines de télé, de full contact et de fesse. Pour le Coran, c’est même pas sûr.

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(*) © Mélanchon (“la réalité tendre et douce dans laquelle nous vivons en banlieue…”) in. http://www.dailymotion.com/video/x5hjm1_melenchon-les-fumiers-du-groupe-jus_news poussant un coup de gueule contre le clip « Stress » du groupe Justice, chez FOG.

Le Camp des Siens

juin 6, 2008

Ou : A country for old men. Oui, « a ». Si cela avait été « no », il n’y aurait pas eu d’histoire. Pas la même, en tout cas.

Ceci n’est qu’un exercice de style de plus, un « à la manière de » - l’intéressé se reconnaîtra - qui, comme les jeux de rôles en tous genres, laisse inévitablement transparaître des travers, obsessions ou désirs personnels. Le paradoxe du comédien, même dans le cadre d’un jeu littéraire, est qu’il ne cesse jamais d’être lui-même. Peu importe la part de bagages intimes que j’y ai mis, le fait est qu’entre survivre, subir ou disparaître, l’option plateau des Glières à la sauce french redneck constituera une opportunité tout à fait valable.

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Mes amis,

Je vous écris depuis un cyber café en périphérie de la ville, les miens m’attendent dans le break.

C’est décidé, ma famille et moi nous partons. Loin. J’ai préparé mon coup tranquillou depuis un an. Je peux vous le dire : je n’avais pas de problème informatique, j’avais imposé à ma famille un stage de survie en milieu hostile : pas d’électricité, tous à à la lampe à huile, et obligation de se nourrir des fruits et légumes cultivés sur le balcon. Au revoir les cochons d’Inde (cuisinés en civet, c’est pas dégueu, mais faut pas espérer inviter tout l’immeuble) maintenant, on élève des lapins. Et des poules. Des voisins ont tenté de faire signer une pétition : je suis allé voir la concierge, à poil, hirsute, avec le torche-cul sur lequel ils avaient griffonné leurs patronymes de jean-foutre en lui faisant remarquer qu’avec les charges qu’on payait, ce n’était pas pour qu’elle laisse traîner du papier toilette sale dans le hall de l’immeuble. Depuis je n’ai plus de nouvelles.

La clef du tableau électrique dans une poche, la game boy du petit dans l‘autre pour commencer le sevrage, je suis parti faire mes repérages avec deux anciennes relations. Un ancien de l’Indo passé entre les mains de Boudarel à qui on ne la fait plus, et un rebouteux marchand de disques, un peu sourcier sur les bords.

Après avoir sillonné la moitié de la France, j’ai fini par découvrir mon Xanadu.

Une station météo désaffectée dans le *** , près du village de ***. Si on peut appeler « près » 80 bornes. Il y a une ancienne bergerie pas loin. J’ai récupéré le tout et mille hectares de terrain pour une bouchée de pain. Les gars de la Mairie croyaient que ça avait été rasé depuis les années soixante ; ils ne retrouvaient plus les papiers du cadastre. L’ensemble a vécu mais les murs sont sains et les fondations solides. Le temps de retaper les toitures, d’installer le système de chauffage de l’eau et de production de gaz par compost selon la méthode Jean Pain (c’est pas les boug*** qui auraient trouvé ça : pas cher, intelligent, efficace ; de toute manière, c’est ardu de faire du compost de branches broyées dans une région où les arbres n’existent que sous forme de papier relié en Coran ; faut pas trop leur en demander), de labourer quelques hectares pour les patates, les petit pois, les carottes, le potimaron, de faire venir des chèvres, des brebis, des poules, des lapins, des canards, des oies, un couple de dindons, deux poneys, une girafe récupéré à un propriétaire de zoo en faillite qui la cédait au plus offrant, quelques bricoles venant des arsenaux serbes et j’étais fin prêt . En rentrant chez moi après six mois d’absence, j’ai été braqué au couteau à pain par mon aîné. Le manque de lumière et une légère sous-alimentation avaient aiguisé leurs réflexes de défense. C’est de bon augure !

Depuis, j’attendais le moment opportun. La 807e panne ou piratage de Desouche a été un signe limpide : tout à l’heure, j’ai réveillé tout le monde au son de Peggy Sue.

Pour l’éducation des enfants, j’ai emporté le strict nécessaire : un Bled, un Bescherelle, un Grévisse, un Larousse illustré en sept volumes; tout Rabelais, Debord, Kerouak, Baudelaire et Sade pour quand ils seront plus grands. Quelques bouquins essentiels de science et le tour est joué : le moins assidu de mes mômes aura quand même dépassé le niveau d’un polytechnicien d’aujourd’hui. Et avec le rythme de vie de Chantiers de jeunesse en jamboree chez les Komsomols qu’ils se verront imposer au quotidien, ils devraient être parés pour le pire et le meilleur et ne plus craindre grand-chose .

J’ai rempli d’eau une vielle citerne en béton. Elle surplombe la vallée. Désormais, je jouerai les crapauds, les doigts de pieds en éventail, un canotier sur la tête, un famas dans la main, un daïquiri banana dans l’autre et les Stooges à fond la caisse sur ma chaîne qui tournera à l’énergie solaire.

Je vous quitte et vous salue gravement, amis de forum. Et bonne chance ! Que Dieu vous accompagne, nous nous retrouverons entre frères de race sur notre terre libérée. D’ici là, fini les conneries.

Votre *** qui pense à vous.

Manifeste pour l’Art Contemporain

mai 26, 2008

Je voulais dire tout le mal - du bien déguisé - que je pensais du Grand Charles, en particulier sa faculté à passer d’une réflexion sur le hold-up du sacré par la République à une critique de cinoche en passant par des choses plus futiles. J’avais commencé un brouillon dans lequel, de coq-à-l’âne en digressions, j’ai suivi des sentiers de chèvres et gagné d’autres paysages. Le fait est qu’il était loin d’être terminé et que je ne sais plus où je l’ai mis dans le foutoir pas virtuel du tout de mon ordinateur. J’ai tendance, comme dans la vraie vie, à faire des cartons étiquetés « Bureau à la date du tant » et les ranger dans un hangar. Ce n’est pas perdu mais ça s’accumule et, pour corser le tout, j’ai plusieurs hangars.

Maintenant, ami lecteur, si je t’apprends qu’Andy Warhol faisait lui aussi, mais réellement, table rase de son bureau en rangeant régulièrement tout, carnets compris, dans des boites à chaussures * qu’il datait et classait, ce n’est pas pour le seul plaisir de faire des longues phrases, ni par goût du name droping, mais parce que ce parrainage prestigieux autant que pêteux me donne une transition toute trouvée pour introduire l’article de Landru, accompagné d’illustrations originales de Piotr, infra, qui remplira nettement mieux ce vide annoncé.**

Je n’ai touché à rien, hormis les e dans l’o (œ), parce que je ne me lasse pas de les taper depuis que j’ai appris la commande (alt+o), et précisé la dédicace (à l’origine le texte courait sur deux posts). Pour le reste, les points qui s’enfuient et les virgules collées au mot qui suit constituent une signature adn de l’auteur que je me garderai bien de modifier.

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* Les boîtes à chaussure sont ce que l’homme a conçu de mieux pour le petits rangements. Sensiblement inférieures à une feuille au format A4 (21×29,7) elles vous consolent de cette limite de surface en vous rappelant que vous ne pourrez jamais ranger carnets, photographies, stylos, outils de bureaux, couteaux et bricoles diverses dans une chemise ou un classeur.

** Une intervention de Bitru chez Gipi qui relaie un autre du même m’a rappelé que cette publication faisait partie de ma liste CAF (choses à faire), et ce depuis le début d’Un dernier verre quand j’envisageai - mais de façon ‘achement suivie et régulière, n’en doutez pas… La preuve : il y a même une catégorie pour ça - de publier des gens dont j’apprécie le travail.

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Je pense que la prochaine étape de l’ Art Contemporain consistera ,après que l’ on se soit affranchi successivement de la technique et du savoir faire , de l’ esthétique et du sens , du sujet et du support, puis de l’ objet lui même ( virtualisation et surtout la récente mode de la dématérialisation de l’œuvre : Actuellement ll y a des gens qui achètent les droits sur une installation non réalisée et pas forcément destinée à l’être , et cette “enveloppe” , déposée chez un notaire , EST l’œuvre elle même !) , la prochaine étape , donc ,sera de se débarrasser de l’ artiste lui même et par la même occasion du discours qui va avec .

Puisque , clairement , c’est le flux d’argent , public ou privé ,qui crée l’œuvre , qu’elle ne nait plus que par les interactions d’un marché constitué de spéculateurs ignares , de mécènes richissimes en rut de niches fiscales ,de blanchisseurs professionnels ,de gogos ébahis ,de critiques obscurs et de fonctionnaires mondains ,l’interet pour le Capital de maintenir la rémunération et le satut social d’un ” artiste” apparait faible .

La logique financière , à laquelle se réduit désormais la création officielle ,voudrait qu’après l’ avoir délocalisée ( vogue actuelle des artistes chinois et africains), on s’ en passe , tout simplement .

Et comme on a déjà supprimé l’ œuvre ( voir supra) à laquelle on a substitué le discours sur l’ absence d’ œuvre , un critique étant un domestique moins cher qu’un artiste et plus facile à licencier, il ne sera même pas utile de passer par le stade de la robotisation de l’artiste ,stade logique de la fordisation du marché , il ne sera même pas nécessaire de le remplacer par quoi que ce soit .

Ainsi on aura amené l’Art Contemporain à son expression ultime et à sa vérité pleine et entière , un simple mouvement d’argent vers un quelconque paradis fiscal . Les vrais artistes , qui sont désormais les acheteurs ,verront leur nouveau talent reconnu , ce qui ne manquera pas de flatter leur égo déjà surdimensionné et de leur offrir, enfin directement ,cette aura actuellement usurpée par des sous-fifres . Monsieur Pinault pourra ajouter “Génie” sur sa carte de visite ou même “Picasso” si ça lui chante et nos oligarques auront enfin acheté , à force de le brader, la seule chose qu’il ne pouvaient s’offrir, ou du moins ses apparences , ce qui de nos jours est exactement pareil .

C’est pourquoi , afin de frapper un grand coup de ranger dans la termitière du marché de l’Art Contemporain , je propose à tous les camarades bistrotiens , d’ organiser dans un local adéquat , lors de la prochaine Biennale l’installation suivante .

Sous l’œil bienveillant de grandes photographies en noir et blanc de nos mécènes , une batterie de lessiveuses en ligne brassera des piles de biftons ( yens , euros , dollars …) , tandis que deux ouvriers en salopettes blanches passeront à la céruse ou à la chaux , inlassablement les murs , parquets et planchers de la pièce .

Au centre , dans une vitrine blindée , entourée de deux gorilles en costumes noirs et oreillettes ,parfaitement statiques , sera exposé un chèque d’un milliard de Dolls tiré sur une banque des Iles Caymans et viré sur une société panaméenne .

En fond sonore passera en boucle un air stupide et abêtissant , on hésitera entre Born to be alive ou Pop corn .

Nota .

Le titre de l’exposition sera “Pour une organisation rationelle du Marché de l’Art”
et sous titrée par un court Manifeste :

“Il est temps d’ en finir avec l’ exception Contemporaine , dernier marché à ne pas etre organisé de façon verticale et horizontale , crucifions l’Art une fois pour toutes sur l’ abcisse du Commerce et l’ordonnée de la Production. Rendons l’œuvre à ses vrais auteurs , ceux qui l’achètent et à sa vraie fonctionnalité, aérer leur argent !

Assez d’ artistes capricieux et d’œuvres incompréhensibles , l’œuvre véritable c’est la transaction elle meme et plus encore ses motivations profondes.Par un geste libérateur nous exposons cette vérité et restituons leur statut de vrais créateurs aux vrais acteurs du Marché , les Financiers . “

Ce post est dédicacé à mon ami Tursiops .

Ouaïte Poher

mars 31, 2008

A force de parler du sexe des anges, l’on finit par couper les poils de cul en quatre.

Depuis que la question “Qu’est-ce qu’être Français ?” a été battue en brèche sous les effets concomitants d’un droit du sang perdu au profit de celui du sol, de “valeurs” républicaines dont le prix aura été de dévaluer mille cinq cents ans d’histoire et, last but not least, d’un relativisme ambiant tenant lieu de pensée dominante, la nationalité est accordée plus généreusement qu’un droit d’entrée dans une boîte de nuit, de nouveaux arrivants font valoir que leurs origines culturelles, ethniques, pourtant fort éloignées des nôtres, les prédisposent à être aussi Français que nous, et nos propres concitoyens certifiés AOC sont subitement pris d’un doute quant au bien-fondé de leur identité.

Depuis peu, le terrain de l’identité s’est déplacé - replacé serait plus exact - à un niveau régional. Idiots utiles de l’entreprise Européenne ™ de destruction des nations, les Zids jouent de cette carte ancienne qui a l’avantage de préserver un enracinement géographique et culturel dans un cadre appelé à disparaître. Avantage relatif quand on connaît la conception “régionaliste” d’un Breton fier de l’être comme Morvan Lebesque ou quand, à l’instar d’Alain Soral, on peut croiser un maghrébin se définir Berrichon sans l’ombre d’un sourire chez les deux interlocuteurs.

N’épiloguons pas sur le terreau culturel, historique, religieux, puisque on se fait fort de nous rappeler que, remué sans cesse depuis les origines, il a fatalement perdu tous ses minéraux d’origine. Se définir catho fait ainsi hausser les sourcils des parpaillots - qui ont pour eux le bon goût, et la prudence, de ne pas nous bassiner avec la Saint-Barthélemy - se gausser les païens fraîchement convertis - qui ne connaissent souvent de Stonehenge ce que leur octroie Gougueule image quand ils l’orthographient correctement - lever le doigt avec insistance les juifs - surtout d’Afrique du Nord - et pétitionner les athées laïcards - qui n’ont pas besoin d’être franc-mac pour savoir que c’est mal. Et n’oublions pas le premier accessit décerné aux mahométans qui savent depuis Chirac que “les racines de l’Europe sont autant musulmanes que chrétiennes”.

Que nous reste-t-il ? Être Français, qu’est-ce à dire ? Normands ? C’est la branche Provençale de la famille qui râle. Européens, alors ? Mais de quelle Europe, celle du Cap Nord à la Cappadoce ?..

Blancs, donc ?.. Passons sur les anicroches à la Henri Salvador, et admettons que c’est le plus petit dénominateur commun. Seulement viendra le moment où, face aux évidences, on nous demandera de nous déterminer par rapport à une mire et alors, adieu Berthe !

Enfin, quand cette question sera définitivement réglée, et qu’il n’y aura plus de nationalités, ni même de peuples, l’on peut s’attendre à ce que la nouvelle mode introspective s’attaque à l’identité sexuelle. Ayant pris conscience que nous étions des nomades apatrides sans le savoir, il sera temps de se demander si nous ne sommes pas des transsexuels qui s’ignorent.
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Exercice pratique de citoyenneté du monde.

Votre cousin Auvergnat en I est-il plus franco-européen que votre épicier Berbère en F ?

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“Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture greque et latine, et de religion chrétienne.”

“Pour moi, l’histoire de France commence avec Clovis, choisi comme roi de France par la tribu des Francs, qui donnèrent leur nom à la France. Avant Clovis, nous avons la préhistoire gallo-romaine et gauloise. L’élément décisif pour moi, c’est que Clovis fut le premier roi à être baptisé chrétien. Mon pays est un pays chrétien et je commence à compter l’histoire de France à partir de l’accession d’un roi chrétien qui porte le nom des Francs. “

Adolf H.

Charles De G.

Je sais, je sais (Jean M. alias Jean G.), il faut aussi tenir compte du fait que :

« L’homme blanc est mort à Stalingrad »

Louis-Ferdinand C.

Suicides sur ordonnance

mars 30, 2008

Pour développer mon pénultième post, j’estime que ces gens qui militent pour l’euthanasie « remboursée par la Sécu », comme je la qualifie, veulent tous les avantages pratiques du suicide * sans les inconvénients moraux .

Étant assisté dans mon exécution - de fait, me donné-je réellement la mort ? là est la question - je n’ai pas à encourir le risque d’un dossier chargé au jour du Jugement Dernier : tout laïque incroyant que je suis, je mets quand même les chances de mon côté et, mine de rien, me décharge sur celui qui m’aura envoyé ad patres. Curieux comme certains principes moraux touchant à l’existence et à son caractère sacré ont la vie dure, même chez les plus publics des libre penseurs. Et quels meilleur moyen de s’en affranchir qu’en cherchant à légiférer sur leur abolition ?

Témoin sur France Inter, hier, au cours d’une émission dont il était l’invité, François de Closets qui a pu, sans contradicteurs, élever la voix et faire de grands gestes indignés avec les bras pour dénoncer le scandale de l’« agonie obligatoire ».

Selon lui, la morale commune voudrait que l’on ne sût mourir sans souffrir, ce qui expliquerait pourquoi une injection de chlorure de potassium encourrait des poursuite au Pénal pour fait d’euthanasie quand une sédation, dont les effets ne sont pas immédiats, l’en absoudrait. Au nom de quoi, en effet, sinon d’un obscurantisme médiéval je suppose, dénieront-on le droit de mourir en douceur ?

Ce « scandale » serait d’autant plus grand, poursuivait-il, qu’il aurait cours dans notre « République laïque » (sic). Je… fais plein de choses pas très propres sur celle-ci - tout en considérant, nolens, volens, qu’elle une évolution politique de facto de l’ histoire de notre pays : on peut être radicalement contre le régime républicain français, nier sa légitimité, on peut difficilement nier sa réalité - mais les questions d’éthique que Closets feint d’ignorer fussent-elles - et elles le sont toutes - des reliquats de la religion catholique, ne me semblent pas a priori incompatibles avec la République laïque. A moins de considérer qu’elle n’en est encore qu’à un stade juvénile de son développement totalitaire, ce que je crois, mais c’est un autre débat.

Quoi qu’il en soit, je ne connaissais pas l’existence de ce pseudo-précepte religieux sur les conditions de notre remise de l’âme à Dieu - nul n’a vocation au martyre, ni à souffrir de la sorte - mais je constate qu’on est en train de mettre sur le même plan le droit à la douceur dans tous les instants de la vie, surtout ceux qui échappent à notre contrôle, avec les avantages pratiques que confèrent l’amélioration du conditionnement des paquets de café. L’accès au Paradis garanti par l’ouverture facile, ça c’est de l’avancée ! Du reste, le même argument de confort prévaut pour le recours systématique à la péridurale, voire la césarienne. Ainsi, la souffrance serait obscurantiste, réactionnaire, misogyne et, n’ayons pas peur des mots utilisés à tort et à travers : catholique.

Je me permets de rappeler que si les douleurs de l’accouchement ont bien un fondement théologique - (Gn., 3, 6), mais puisqu’on ne croit pas en Dieu, hein ? - elles ont aussi une cause physiologique élémentaire dans lequel le Droit Canon n’y est pour rien - je ne vais pas vous faire un dessin. Pourtant, et je parle en toute connaissance de cause, subordonnée à une préparation, une mise en condition attentive, la douleur n’est ni une fatalité, ni une obligation. Bien accompagnée par une sage-femme qui sera présente et aux manettes le jour de l’accouchement - c’est encore un luxe mais, financièrement mieux prise en charge, ce serait une mesure plus incitatrice et utile que la thalassothérapie - une mère peut et sait s’en passer. Ensuite, s’il y en a qui préfère accoucher d’un enfant comme on télécharge un gros .pdf, c’est leur choix…

Pareil pour le passage de vie à trépas. S’il existait un procédé  imparable, absolu, garanti ou remboursé dix fois son prix, de tuer sans souffrance aucune un être humain, on l’aurait sans doute trouvé depuis le temps que l’homme exécute ses semblables par tous les moyens techniques, mécaniques, agricoles ou scientifiques dont il dispose. Enfin, tant qu’il ne s’agite pas dans tous les sens en hurlant comme un goret, les bonnes âmes sont rassurées : il n’a pas souffert. En tout cas, ça ne se voyait pas, et c’est tout ce qu’on lui demande.

J’ai assisté à l’agonie de ma grand-mère, j’étais présent quand un prêtre Basque lui a accordé l’extrême onction quelques heures avant sa mort, en lui parlant avec confiance de Dieu, de Jésus-Christ et de la Saint Vierge avec des mots apaisants, plein d’espoir et d’amour. Je ne sais si elle a souffert - je ne crois pas, étant sous morphine - mais je puis dire qu’elle est morte en paix avec infiniment plus de dignité que ceux qui préfèrent être piqués comme des animaux.

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(*) Quitte à défendre ce droit, et être cohérents, que ne réclament-ils pas la levée de l’interdiction qui pèse toujours sur « Suicide, mode d’emploi » ? Assortie d’une interdiction de vente aux mineurs, cela va de soi. Ce sera toujours plus prudent et moins compliqué à mettre en œuvre que de leur ôter de l’esprit et de l’âme ce désespoir qui les pousse à se flinguer de toutes les manières, quitte à emporter quelques-uns de leurs camarades de Lycée au passage, comme cela tend à devenir la mode.

Much ado about nothing

février 23, 2008

ou : pensez-vous sincèrement que cet effet d’annonce ainsi que le barouf ordinaire et téléphoné qui l’accompagne va changer le cours des choses ?..

Petit commentaire d’un article du Monde, paru ce jour.

 La gauche et des associations s’opposent à la remise en cause du droit du sol à Mayotte

Les déclarations du ministre de l’outre-mer, Christian Estrosi, interrogé sur France 2 vendredi 22 février, ont suscité de vives critiques de la part de l’opposition et des associations. M. Estrosi a proposé de remettre en cause le droit du sol à Mayotte, une “décision exceptionnelle qui fasse que tout enfant né de parents en situation irrégulière ne puisse plus réclamer son appartenance à la nationalité française”. Il entend ainsi lutter contre l’immigration clandestine sur cette île française de l’océan Indien où “30 % de la population est en situation clandestine, irrégulière” et qui pourrait “être majoritaire dans dix ans”. [La population est composée d'un tiers de clandestins. Un tiers. Et le robinet est grand ouvert. Faut-il rajouter un commentaire à cet état des lieux ou les gens ne savent-ils pas lire ?]

Le député apparenté PS de l’Aisne René Dosière s’est insurgé contre “cette remise en cause du droit du sol” qui est à la fois “inefficace, irresponsable et dangereuse”.  [M. Dosière doit être du genre à préconiser l'installation d'un rideau anti-mouche en lamelles de plastique à l'entrée des bijouteries de la Place Vendôme pour lutter de manière "efficace, responsable et prudente" contre les vols à main armé.]  ” Profondément scandalisée” par cette annonce, Eliane Assassi, sénatrice communiste de Seine-Saint-Denis, a dénoncé des déclarations “qui ouvrent une brèche dans la remise en cause du droit du sol, lequel a pourtant été au fondement de la République et de la société française”.  [Fondement, mon cul !]  Mme Assassi s’inquiète d’une éventuelle “extension” de ce projet “à d’autres territoires français, voire à la France métropolitaine”.  [D'autres auraient tendance à s'en réjouir, mais pas de faux espoirs : le jour où un gouvernement prendra l'initiative d'un référendum sur la question, le bambara, l'arabe et le... - quelle langue parle-t-on à Mayotte et dans les parages ? - seront majoritairement les langues maternelles de nos concitoyens.]

“SUSPENDRE LA LÉGALITÉ RÉPUBLICAINE”

Du côté des associations, les réactions sont aussi vives. Dans un communiqué, France Terre d’asile a qualifié de “provocations” les propos de M. Estrosi qui touchent au “sacré de la République, le droit du sol”.  [ Machinalement, quand on associe les mots "sacré et "sol", me viennent à l'esprit des couplets d'une vieille chanson d'autrefois où il était question d'une flamme sacrée qui montait du sol natal, mais pas du droit des peuples à disposer d'un passeport français par la grâce d'une sage-femme.] Elle a fustigé la stigmatisation “de l’immigré, éternel fraudeur, abusant de l’hospitalité (…) détournant les lois” que M. Estrosi “espère sans doute productive à quelques encablures des élections municipales”. [Si c'est le miracle de la "stigmatisation" qui la gêne, je suis d'accord pour la remplacer par des actions plus rationnelles telles que "clouer au pilori", puis "éjecter sans autre forme de procès".]  SOS-Racisme a fait part de son “indignation” et a demandé au gouvernement de “renoncer” à cette proposition “intolérable” de M. Estrosi.  [La publication d'un communiqué dans un quotidien doit obéir à des mots-clefs. "Indignation", "intolérable", scandale", "valeurs de la République", "sos racisme", "comme c'est triste" font d'évidence partie de la liste.]  Selon SOS-Racisme, cette mesure “ne répond en rien au problème de l’immigration (…), occulte ce qui serait une vraie solution : le codéveloppement (…) et revient, ni plus, ni moins, à suspendre la légalité républicaine”.  [En l'occurrence, elle est tout sauf "occulte", ce serait plutôt sa trop grande "visibilité", le soucis.]

Le président du MoDem, François Bayrou a, lui, reconnu qu’il fallait trouver “une autre règle”. Il a appelé à “ne pas en faire un sujet passionnel” bien qu’il faille “trouver une solution pour éviter que ces déséquilibres s’accroissent” à Mayotte.  [Très bien. Mais quelle règle, quelle solution, propose-t-il, alors ? Allo ?.. Toujours fascinant, ces gens qui ambitionnent de diriger le pays et sont capables de parler pour ne rien dire sans se liquéfier de honte. Ni que personne ne leur lance des pierres. Ou des tomates.] Le juriste spécialisé en droit constitutionnel, Guy Carcassonne, a jugé qu’un aménagement du droit du sol n’était pas “contraire à la Constitution”. M. Carcassonne a rappelé que “le droit du sol [avait] été reconnu par les lois de la République, mais ce n’[était] pas du tout un principe constitutionnel”. “Ce droit a été fait en 1889 pour répondre aux exigences de la conscription dans l’idée d’une revanche contre l’Allemagne.”  [ Merci, M. Carcassonne, pour ce rappel constitutionnel qui donnera de quoi alimenter les pages "débats" de nos colonnes, vous pouvez regagner votre bocal à formol.]

Un sac de billes, la pelle, le seau et tout le landau

février 22, 2008

Addendum au billet d’avant-hier

Quand j’avais suggéré à l’Etat un moyen de mutiler les consciences façon bonsaï, en les prenant en main dès la maternelle, j’en étais resté à cette annonce selon laquelle, à l’âge où nous essuyions les plâtres des maths modernes, nos enfants se coltineront la liste de Schindler. Je pensais, en faisant preuve d’une exagération de bon aloi, avoir atteint les limites de l’entreprise.

En fait non. J’étais en deçà. Il faut les prendre au berceau.

Il y a un square, dans le nord de Paris qui s’étend sur trois niveau en terrasses à cause d’un surplomb entre deux des rues qui l’encadrent. C’est un square de construction récente, de belle superficie pour le quartier, avec plusieurs aires de jeux : agrès pour les minots, araignée de cordage pour les plus alpinistes, tables de tennis du même nom, balançoires en pneus et un terrain de foot grillagé pour les djeunes. Il y a même un bassin d’eau trouble alimenté par une cascade qui se prolonge en canal au dessus duquel sautent les plus téméraires et tombent les moins dégourdis.

À l’entrée de ce square sans histoire - avec un petit comme un grand “h” - juste au croisement des allées, ce qui fait qu’on ne peut pas le manquer où qu’on aille, on a planté ces jours-ci un panneau. Un panneau de dimension surprenante ; du genre de celle qu’on ne voit jamais nulle part, sauf dans les westerns, à l’entrée des villes, ou dans les films de guerre pour avertir d’un champ de mines.

En substance, ce panneau visible par un aveugle déplore que sous l’Occupation, les parcs et jardins étant “interdits aux chiens et aux Juifs” , les enfants déportés, en particulier les tous petits, n’auraient de toutes les façons même pas eu le loisir d’y jouer.

Comme d’autre part ces petits enfants étaient trop jeunes pour être scolarisés et, de ce fait, figurer soixante ans plus tard sur les plaques commémoratives des écoles - plaques qui, bonne pâte, n’hésitent pas à accueillir en leur sein les inscriptions d’anciens élèves, voire, dans certains cas, d’enfants “habitant le quartier” - il fallait à tout prix combler cette brèche injuste dans le devoir de mémoire laïc et obligatoire.

Ainsi fut fait : grâce au concours d’une assoce subventionnée par la Mairie, on vient enfin d’ériger une stèle qui a la forme d’un monolithe de verre, avec des noms surmontés de deux mains de bébés gravées à la mode des faire-parts de naissance pour parents qui manquent d’imagination et de goût, tellement immonde que si j’étais de la famille, je leur ferais un procès pour outrage.

Des esprits chagrins et pointilleux feront remarquer qu’un tel monument doublé d’un rappel pédagogique rédigé à la truelle n’a peut-être pas tout à fait sa place, ni la légitimité d’être, dans un jardin public qui n’existait même pas, à l’époque. Ce serait faire injure à la mission formatrice, éducative - ludique, pourquoi pas ? - en un mot : gratifiante, de l’enseignement mémoriel appliqué à tous les âges de la vie. Si possible, dès le plus jeune.

A la rigueur, les petites têtes blondes promenées par leur nounou ivoiriennes et les petites têtes brunes accompagnées de leur grand-mère fraîchement arrivées du bled, parviendront-elles à passer entre les gouttes, mais elles ne perdent rien pour attendre. Pour ce qui me concerne, mes enfants n’ont ni l’une, ni l’autre.

Le mot d’obscénité ayant été lâché par des voix plus autorisées et médiatiques que la mienne, je me contenterai d’ajouter que lorsque le viol des consciences va jusqu’à faire chier des mômes et leurs parents dans un square, toujours et uniquement dans le même sens, j’appelle cela de la pédophilie mémorielle.

PS.

S’il leur reste un peu de sous, je leur propose d’apposer un peu partout, devant les tabacs, les cinémas, les commerces, les marchands de journaux etc. des plaques rappelant qu’untel ne pourra plus jamais faire ses courses ici, ni s’en jeter un, ni voir un film, ni acheter son pain. Je leur fait même cadeau de l’argumentaire : une manière de renouer avec l’esprit de ces panneaux historiques et désuets qu’on trouve encore parfois en province et qui rappellent qu’ici, Napoléon a pissé contre un arbre en revenant de l’île d’Elbe.

S’il te plaît, dessine-moi un déporté

février 19, 2008

Notre président bien-aimé a eu l’idée lumineuse, généreuse et surtout pas repentatoire de sommer les élèves de Septième - oui, je suis un vieux schnoque qui s’assume… - à endosser le souvenir de chacun des petits enfants juifs déportés depuis la Vrounze.

A l’heure où j’écris, on s’orienterait vers une application plus collective de l’opération de parrainage, à l’échelle d’une classe. D’ici à ce qu’on rebaptise des collèges… À mon avis, parti comme ça l’est, même les collèges franchisés Anne Frank ont du soucis à se faire parce qu’il y a des cas où la préférence nationale cesse d’être un gros mot pour devenir une grande cause prioritaire.

L’essentiel ayant été dit sur la pertinence, le bien-fondé et les bienfaits à attendre de cette décision - je renvoie à toutes fins utiles les lecteurs aux articles de MM. Nicolas von ILYS et Le bal des Dégueulasses - je m’interroge encore.

Passons pudiquement sur le dilemme schyzophrénique de la résolution de la quadrature morale du cercle vertueux que posera à des enfants perfusés à l’antiracisme depuis qu’ils sont en âge de dire “Bonjour maîtresse” la distinction entre les victimes, et posons-nous les bonnes questions.

Pourquoi le CM2 ? * En effet, pourquoi si tard ? Pourquoi pas dès le CP - ou Onzième… - par le biais de dictées tirée des listes de noms de famille ce qui, au passage, permettra de démontrer l’inanité de la méthode globale ?

Ou, mieux encore, dès la maternelle pour que, avant même qu’ils ne sachent lire et écrire, nos tiots nenfants qui croient encore au Père-Noël soient bien imprégnés de l’idée de mort, de souffrances, de cruauté et surtout, surtout, de culpabilité collective, au travers d’exemples ô combien représentatifs de leur propre vécu et certainement pas sélectifs ni abstraits tant leur compréhension des tenants et aboutissants de la Deuxième Géhèmme, sans parler de sa seule réalité historique mentale, est innée ?

Entre nous soit dit, c’est quand même une plus belle manière de s’ouvrir à l’autre en apprenant par cœur des noms imprononçables et des destins qui ne leur parlent pas, plutôt que d’écouter leur grand-père gâteux raconter, quand il a l’œil vague, les souvenirs familiaux de ce que lui avait vécu de la guerre. Les vieux, ça enjolive tout : la preuve, il ne serait pas là pour le dire, si cela avait été si dur. Quant aux histoires de Résistance, on sait bien ce qu’elles valent : ce ne sont quand même pas eux qui ont tué Hitler.

Ne leur encombrons pas l’esprit avec de notions compliquées ou des mots obsolètes comme exode, rutabagas, rationnement, maquis, prisonniers, queues, patrouilles, STO, rafle, Milice, Pétain, De Gaulle, Londres, Bir-Hakeim, Vercors, héroïsme, courage, peur, etc. Ils sont encore petits et auront toute la vie pour apprendre.

Restons simples : lâcheté, collaboration, étoile jaune, Police Française, Ochouitsse.

Et puis cela leur offrirait l’occasion de se perfectionner dans l’exercice imposé du bonhomme en y adjoignant de la couleur et de l’émotion. Et de meubler leur univers intérieur.

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Enfin, je laisse le dernier mot à l’une de mes connaissances qui n’est pas plus concernée que vous et moi. Si, un peu plus quand même, dans ce sens où si nous avions eu l’âge requis à l’époque, il aurait eu plus de chance que moi de prendre le train gare de l’Est avec un aller simple, ou alors il m’aurait fallu partager d’urgence ma chambre avec lui, ce qui ne m’aurait pas emballé outre mesure parce qu’il peut être prompt à se montrer pénible n’est pas toujours d’un commerce facile et qu’il aurait passé le reste de l’Occupation à m’expliquer que c’est aussi très difficile pour lui, voire plus, que c’est la guerre, tout cela… En plus, on ne partage pas les mêmes goûts musicaux.

Quand t’es vivant, on te fait chier ; quand t’es mort … on te fout pas plus la paix.

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(*) Deux neurones en éveil me tirent par la manche : en quel classe est le petit dernier - en date - de son altesse le prince de DisneylandParis ?

Ketty Bigotte, une héroïne française

novembre 13, 2007

Pêchée chez les Zéroines - le titre n’est que coïncidence - la version longue de la prestation d’une candidate au Millionnaire. Le mari de la dame fait aujourd’hui la gueule parce que, rétrospectivement, il a honte que le spectacle de son épouse se lâchant en direct soit revu en différé quinze ans après. Ce qui prouve que ce monsieur a accès à internet, et qu’il sait vivre avec son temps. Et ses voisins aussi, sans cela, il ne l’aurait jamais su…

Mais qu’a-t-elle de si scandaleux, cette vidéo flash ? Je vous la résume au cas où elle se ferait virer *.

Une candidate du Nord, à l’accent prononcé, très nature, pompette mais consentante, déconne avec un plaisir manifeste sur un plateau télé. Elle passe son temps à ricaner, multiplie les anecdotes, offre un string à l’animateur bellâtre dont je ne souviens plus du nom, se paie le luxe de faire un faux départ avec la roue - “Excusez-moi, monsieur l’Huissier ! “ - et charrie son mari qui n’a pas du tout envie de monter sur scène. Le public dont la moyenne d’âge tire plutôt vers la tranche pré-retraitée, mais dont la palette d’épiderme est tout à fait homogène, suit, ravi.

L’exemple même de la beauf, dira-t-on. Le terme beauf est méprisant, plus encore que celui de petit blanc : des B.O.F d’après-guerre (petits bourgeois parvenus), on est passé aux beaufs “à la Cabu”, dixit Renaud qui en a rajouté une couche, soit l’archétype du franchouillard provincial, pas très fin, de milieu - d’origine - modeste, amateur de camping et d’apéros et volontiers vulgaire. Un plouc, en pire. Un plouc français.

On notera, à cet égard, qu’une grand-mère orientale analphabète, voilée de la tête aux pieds, youyoutant à la mort à la première contrariété ou un clandestin sans-papiers, grand turfiste devant l’Éternel, élevant sa progéniture comme il ne le ferait pas chez lui dans le pays qu’il a quitté à regret, fuyant la misère et la guerre, ne sont pas des ploucs, ni des beaufs mais des gens honorables dont il faut respecter la culture et les coutumes.

Je m’égare ? Pas vraiment. Mais revenons à notre affaire, dans le détail, à la lueur de cette appréciation.

Beauf, donc, cette dame endimanchée comme pour un mariage mais coquette, grivoise, gauloise même, mais jamais vulgaire ? Beauf, sa fille mignonne et souriante, pas percinguée, ni dreadloquée, vêtue très correctement, c’est-à-dire ni en baggy, ni en pouffe ? Beauf, son mari moustachu à la brave tête de français moyen, avec son faux air de Henri Virlojeux sur le tard ou de Michel Serrault jeune ? Beauf, cette famille lambda de province qui reçoit monsieur le Curé ?

Pas assez chic, sans doute ? Trop populaire, peut-être ? Trop terroir-biniou, en fait ? Ça ! La danse des canards, ça ne vaut pas La Marseillaise en arabo-andalou…

Hé bien ! Dépêchez-vous de vous en moquer parce que, parti comme c’est parti, ces beaufs-là, vous paraîtront bientôt aussi lointains, nostalgiques et perdus que les paysans de Bouguereau, les ouvriers de Willy Ronnis - même s’il bandait surtout pour les Cocos - ou les rentiers de Cartier-Bresson.

Cette famille à cent lieues de mon milieu, je la trouve hautement respectable. Infiniment plus que le spectacle navrant de ce qui se fait de plus socialement informe, déraciné, fabriqué, laïcisé et que la télé nous vomit tous les jours comme le mètre-étalon de ce qu’il faut devenir.

Pour moi, cette dame, c’est une icône !

(*) http://convertyoutube.com/