Archive de la catégorie «shampooinage de cerveau»
Le Bal des Dégueulasses ™ nous fait un coup de salaud
juillet 7, 2008Le Bal des Dégueulasses - LBDD pour les intimes ou les flemmards - ne répond plus depuis la fin de la semaine dernière.
La moisisphère se perd en conjectures sur la page 404 qui s’affiche lorsqu’on tape l’url du Bal des Dégueulasses (et des Possédés) , l’un des meilleurs exégètes, lucide et cohérent, de la décomposition, pour citer M. Couillard - et j’ajouterai intelligible, pour ne pas paraître me limiter à une pâle exhumation de bonne formule. Certains supposent qu’il a pu jeter l’éponge devant l’ampleur augiasesque de sa tâche quand d’autres avancent la crainte de menaces. Je ne crois pas trop à cette dernière hypothèse : si lui était menacé, alors nous sommes tous déjà morts.
LBDD était un catholique (de gauche ?) qui a soudain ouvert les yeux sur son temps et s’est mis à en faire la chronique au jour le jour. Avec désinvolture au début, puis méthodiquement, il a tenu son rôle de sentinelle au milieu de la mitraille de la connerie ambiante. « Connerie » étant à prendre ici dans son sens le plus euphémistique - quasi attendri, si une telle inclination était possible.
Il a occupé une place singulière, celle d’une porte-tambour entre la moisisphère et la portion de la bulotsphère qui se gratte la tête mais répugne toujours à passer le cap, effrayée par les idées aux relents © nauséabonds © . Surtout quand les dites idées sont appréciées par des maîtres-parfumeurs aux nez si sûrs que ceux de la Rue89.
Le Bal des Dégueulasses comptait au nombre des names dropped le plus souvent sur les blogues parce que renvoyer à l’un de ses articles vous donnait à moindre frais l’air fin et intelligent.
C’est une nécro ou je ne m’y connais pas. Pour conjurer le sort, lançons un message personnel :
“Le petit Bal des Dégueulasses est attendu par ses lecteurs au pied de la tour de la Croix-Rouge.
Ceux-ci sont prêts à lui pardonner toute justification de plantade informatique de sa part, et se borneront à ricaner, soulagés en leur for intérieur qu’ils seront”.
Mise à jour du 7 juillet, vers 19 heures…
LBDD explique son geste chez edeo.

Timeo Hominem Unius Libri
juin 17, 2008« Chef ! Venez voir, on a trouvé un livre… »
Le dernier mercredi de ce mois de mai, deux jeunes skinet ont été arrêtés dans une commune de l’Essonne, suite au mitraillage d’une cité à la Sten. Les impacts de balles retrouvés à hauteur d’homme laissent entendre qu’il s’agit d’un petit miracle s’il n’y a pas eu de blessés. Geste imbécile, s’il en est, que les auteurs auraient expliqué en réaction aux harcèlements de jeunes.
La moisisphère a bruit des discussions sur l’opportunité, la légitimité et la pertinence d’un tel acte. J’ai lu peu d’approbation de ce shoot’em up pour rire. Faute d’éléments, je me garderai bien d’en faire ; si vous y tenez, je considère cela couillon, dangereux et improductif.
Je constate toutefois que, pour isolé qu’il soit, « les enquêteurs n’excluent pas non plus la thèse d’un acte purement raciste, de la part de ces deux néonazis » (Le Parisien du 31/05/08 ) ; thèse toujours avancée à sens unique. Je constate également que l’enquête a été menée avec une diligence qui ne manquera pas d’étonner les naïfs pour une agression sans victimes. Je constate surtout que, à l’instar de l’inspection bibliophile menée récemment chez l’Unabomber français, postier de son état, trésorier, secrétaire général et membres au complet à lui tout seul de la FNAR, (lecteur de tonton Adolf et de l’oncle Vladimir Ilitch, ça a du faire tache dans le rapport) les rayonnages des first-person shooters ont été scrutés avec soin. La découverte de documentation nazie (sic) ayant évidemment été pain béni pour les enquêteurs.
Autre temps, autres mœurs ? Je ne sache pas que des ouvrages culinaires en nombre aient jamais été trouvés dans la cuisine d’Issei Sagawa, ni que cela eut pu un instant être envisagé comme élément à charge par un magistrat facétieux, bien que la relation de cause à effets eut été en ce cas plus manifeste. Pas plus, si je veux bien vous épargner des comparaisons tirées par les cheveux et rester sérieux cinq minutes, qu’on n’a su dans le détail ce que renfermaient les étagères de Richard Durn, mis à part un manuel de sanitation et son journal.
Il me semble bien, en revanche, que de la paperasses d’extrême-gauche avait été retrouvée au domicile squat des honeymoon killers français, Audry Maupin et Florence Rey, moins qu’on la leur ait mise sur le dos. Ou bien, en principe et toujours dans ce cas de figure, cela avait du être dans l’espoir y découvrir de lumineuses explications qui, plutôt que de les enfoncer, auraient constitué autant d’éléments à décharge. Étant tenu pour acquis que si la lecture du Petit Livre Rouge ou d’un tract trotskiste récupéré sur un marché lors d’une campagne municipale n’a jamais incité quiconque à faire du rodéo urbain en taxi, le simple fait d’avoir, même malencontreusement, téléchargé un pédéhèffe sur « adolfitlère.com » induit forcément le passage à l’acte du défouraillage à l’arme de collection sur une cité de banlieue.
Foin d’angélisme, les deux gugusses à poil ras n’étaient sans doute pas des poètes, ni non plus des résidents d’une paisible environnement où une erreur d’attribution de lot lors de la tombola de la kermesse paroissiale serait le seul incident susceptible de défrayer la chronique.
Quoi qu’il en soit, on savait que lire des livres était dangereux, on avait oublié que leur possession l’était encore plus. Merci du rappel. Amis liseurs, vous voilà prévenus et placés devant une alternative : vendez vos bouquins chez Gibert, ou attendez-vous à donner aux journalistes matière à étoffer un peu plus encore leur rapport de police article à chaque fois que vous serez impliqué d’une manière ou d’une autre dans un fait divers. Car si nous n’en sommes pas tout à fait à ce stade là, nous nous approchons à grand pas du moment où le moindre incident mettant en scène un concitoyen de souche sera relaté ainsi :
Hier soir, dans la tendre et joyeuse cité (*) de***, M. Marcel Dupont, 56 ans, demeurant au 4, cité Jean-Sébastien Bach, allée 3, escalier C, 9e étage, a violemment aspergé d’eau depuis son balcon une dizaine de jeunes qui profitaient de la fraîcheur du soir pour s’entraîner aux sports mécaniques.
Prévenu par les habitants de l’immeuble, la Police est intervenue pour calmer le forcené et lui confisquer sa bouteille de Cristalline. M. Marcel Dupont, employé à l’agence locale des assurances AXA, 3 boulevard de la République, ouvert du lundi au samedi de 9:00 à 17:30, a été immédiatement appréhendé.
Une fouille en règle du domicile de M. Dupont dont les trois enfants, Pierre, Anne et Jean, scolarisés au Lycée Nelson-Mandela, respectivement en classe de 6e2, 3e1 et Terminale S2, a permis de découvrir des DVD et de la littérature d’extrême-droite (La 317e Section, Français, si vous saviez, Voyage au bout de la nuit et un carnet de chant Scout).
Les dix jeunes victimes ont bénéficié d’une cellule de soutien psychologique.
Leur avocats, mandatés par le MRAP et la LICRA comptent porter plainte pour actes de violence raciste caractérisée.
Enfin, à toute chose malheur est bon, et l’avantage insigne que nous conserverons par rapport aux divers incendiaires de Vitry-le-François, c’est qu’on ne trouvera jamais chez eux autre chose que des magazines de télé, de full contact et de fesse. Pour le Coran, c’est même pas sûr.
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(*) © Mélanchon (“la réalité tendre et douce dans laquelle nous vivons en banlieue…”) in. http://www.dailymotion.com/video/x5hjm1_melenchon-les-fumiers-du-groupe-jus_news poussant un coup de gueule contre le clip « Stress » du groupe Justice, chez FOG.
Les Protocoles des Sages de l’Internet
avril 4, 2008[Chose promise... en post-scriptum et merci à GiPi pour avoir revêtu son costume de human Tipp-ex et m'obliger à me relire]
1. Nous mettrons progressivement l’internet à la disposition du grand public, par paliers.
2. Comme toujours en pareil cas, nous ne permettrons qu’aux plus curieux, aux plus patients et aux plus ingénieux de s’approprier ce qui n’était alors qu’un moyen de communication militaire, puis universitaire.
3. Animés par le goût de l’aventure, le plaisir du jeu et l’orgueil d’être des pionniers, ces privilégiés joueront le rôle de défricheur et auront l’illusion de mettre à jour, dès les premières années, toutes les possibilités de ce nouveau média.
4. Les développements annoncés comme autant d’innovations et d’étapes franchies ne seront en fait que la mise en application et à disposition, sur une large échelle, de potentialités connues déjà contenues en germe.
5. L’un des premiers effets de sa mise à disposition du grand public sera d’entraîner une dépendance.
6. Nous saurons accroître cette dépendance en rendant les ordinateurs toujours plus performants et de moins en moins coûteux, allant à l’encontre des lois économiques immémoriales qui veulent que la nouveauté soit toujours plus chère.
7. La performance technologique sera inversement proportionnelle à l’usage qu’en feront ses utilisateurs.
8. Cette performance, et l’intelligence nécessaire à son développement, n’auront pour finalité que de favoriser les activités les plus médiocres, dites de loisir.
9. Les gens oublieront l’époque où les ordinateurs étaient rares, réservés aux bureaux et que, même alors, on y trouvait plus couramment de simples machines à écrire dont l’utilité était univoque et le pouvoir d’attraction proche de zéro, à l’exception des gens qui faisaient profession d’écrire.
10. Nous rendrons attrayant le futile et indispensable l’accessoire.
11. L’être humain, ordinairement attaché à sa petite personne et à ne découvrir chez autrui que ce qu’il ne connaît déjà, comprendra immédiatement que ce média est parfaitement apte à répondre à cela. Internet se peuplera alors très vite d’une multitude de sites où tout un chacun exposera aux curieux, aux intéressés comme aux égarés les morceaux choisis d’une existence dont l’intérêt sera infiniment moindre que le nombre potentiel de visites.
12. Nous transformerons le mythe Platonicien de la caverne en mode de vie. Ses habitants entravés, non contents de regarder passer des illusions en tentant d’y déchiffrer une signification, se verront offrir les moyens de contribuer eux-mêmes à ce spectacle par le renouvellement permanent et parfois répétitif des saynètes les plus indigentes, les plus inutiles comme les plus sujettes à caution.
13. Nous laisserons l’internet pénétrer au sein des familles en jouant sur la crainte de subir le fossé des générations, la segmentation des offres et la conviction intime que son usage vaut savoir.
14. Nous modifierons ce qui faisait le cœur et l’essence des relations humaines en amenant les gens à se rencontrer, se séduire, se marier et adopter des enfants grâce à l’internet.
15. Par effet de mode d’abord, d’intérêt économique ensuite, de convention grégaire enfin, les entreprises, les associations, les États et leurs administrations, ouvriront chacun un, voire plusieurs sites internet. Obligeant leurs clients, membres, citoyens ou administrés à s’équiper, ils réduiront d’autant les moyens qu’avaient ces derniers de s’adresser à un interlocuteur identifiable et d’obtenir d’eux qu’ils assument leurs responsabilités commerciales, civiles ou légales.
16. Pour la première fois dans l’histoire du commerce et de la bureaucratie, utilisateurs, usagers, clients se verront proposer de discuter entre eux de l’impossibilité d’avoir une réponse claire et fiable aux problèmes rencontrés, en échangeant sur des fora le peu d’informations dont ils disposent. Mieux, ils s’en satisferont.
17. Nous entretiendrons, à grand renfort d’images, de témoignages et de statistiques, l’illusion que le monde n’a jamais été aussi proche et appréhensible tandis que les gens s’enfermeront dans un autisme social.
18. Nous favoriserons la mise en commun entropique des ressources intellectuelles de chacun, veillant à ce que la voix du plus grand nombre soit prépondérante, étouffant ainsi sous son poids les avis éclairés.
19. Tout en laissant accroire l’idée qu’un jour l’intégralité du savoir humain sera disponible sur internet, nous inciterons au plus tôt ses utilisateurs à ne plus compter que sur cet outil pour trouver les réponses à leurs questions.
20. Nous favoriserons ainsi l’implantation d’ordinateurs dans les écoles, les lycées, les universités et les grandes écoles, et ferons perdre en quelques années des siècles d’apprentissage, de rigueur et de méthodologie dans les travaux de recherche.
21. Nous entretiendrons l’illusion que l’internet est un pouvoir exercé par ses contributeurs en y dépêchant à grand renfort de publicité hommes politiques, décideurs, scientifiques, artistes et écrivains qui viendront tenir un blog.
22. Nous pervertirons les principes de respect et de tolérance pour leur donner le sens universel d’acquiescement à toute opinion allant à l’encontre des siennes. Une netiquette sera édictée, donnant la part belle au respect de la médiocrité. La différence sera une vertu tant qu’elle n’entraîne aucune singularité.
23. Mises sur le même plan, tant technologique que factuel, les opinions se vaudront toutes.
24. L’une de nos plus grandes fiertés sera d’assister à l’épanouissement d’encyclopédies participatives où le dernier mot sera donné à des inconnus n’ayant pas à faire la preuve de leur légitimité dans les domaines où ils exerceront leur autorité. Nous ferons en sorte que leur taux de fréquentation soit inversement proportionnel à la qualité des informations.
25. Les mauvaises habitudes étant les plus rapidement acquises, toute référence mise en ligne vaudra foi tandis que son absence signifiera non-existence, de facto comme de jure.
26. Le public sera tenu au courant de projets de numérisation de bibliothèques entières que peu liront et dont personne n’ira vérifier dans le détail l’intégralité annoncée des items.
27. L’argument du gain de place et de la conservation entraînera la destruction physique de collections entières d’archives de journaux dont la lecture en ligne deviendra payante, et la consultation en totalité, incertaine.
28. Tandis que la paupérisation de la qualité des contenus disponibles sera de plus en plus répandue, des pans entiers de la culture savante comme populaire seront en voie d’extinction ou connaîtront un sort précaire puisque subordonnés à la bonne volonté, au temps, au savoir-faire de quelques passionnés.
29. Les rares succès de mouvements d’opinion qui pourraient naître de ce nouveau média seront de courte durée, d’un effet limité dans l’espace et le temps, et appelés à être impitoyablement démentis par ce que les plus attentifs appellent le “système” , et qui n’est autre que la convergence d’intérêts privés et étatiques servant nos desseins, à laquelle ils n’appartiendront jamais.
30. Le corollaire à la révolution apportée par le courriel en tant que moyen gratuit, aisé et immédiat de correspondre par écrit avec quiconque en n’importe quelle partie du globe, sera la publicité volontaire, accidentelle ou malignement intentionnelle de la correspondance privée. De par sa structure numérique et l’éventail croissant des outils mis à disposition - où la reproduction illimitée du message le dispute en importance et en effets à la multiplication des destinataires - les conséquences dépasseront l’imagination.
31. Premier vecteur de transmission de virus informatiques comme de rumeurs et de fausses nouvelles, le courriel se distinguera par la signature indélébile de son expéditeur : son identité, le lieu d’où il l’a envoyé, le système et le type même d’ordinateur depuis lequel il l’a écrit.
32. Cette preuve d’authenticité assumée de bonne foi dans maints cas de correspondances commerciales ou professionnelles par exemple, sera, en toute circonstance et quelles que soient ses intentions, le meilleur moyen de retrouver la trace de son auteur. Quant aux clés de cryptage dont aucune n’est inviolable dans l’absolu, leur seule présence ne rendra que plus suspects ceux qui en auront fait usage.
33. Nous amènerons les internautes à nous confier machinalement leur identité, leur adresse, leurs coordonnées bancaires comme leurs secrets les plus inavouables. Nous nous assurerons que les plus méfiants le fassent par inadvertance.
34. En connectant l’internet, la télévision et le téléphone à un seul flux de communication, nous en saurons plus sur chaque membre d’un foyer que ce que chacun d’eux pris séparément pourrait connaître de l’autre.
35. Nous multiplierons les déclarations de bonne foi sur la préservation des données personnelles et leur caractère temporaire, tout en travaillant d’arrache-pied à rendre leur collecte toujours plus facile, vorace, et leur stockage, illimité dans l’espace et le temps. Nous ne rendrons aucun compte sur l’usage que nous en ferons, notamment leur revente à la découpe.
36. Après l’âge du texte, viendra celui de l’image fixe, puis de l’image animée.
37. Sans cesse retravaillées, honnêtement ou avec malice, dans le dessein d’informer, plaire, nuire ou amuser, les images perdront à jamais leur vérité ontologique, déjà relative.
38. Étant donné la disparité des équipements et liées aux possibilités offertes d’en corriger les défauts, tant à l’émission qu’à la réception, les reproductions d’images les plus célèbres comme les œuvres d’art atteindront de tels sommets dans la disparité des formes et des couleurs que nul ne saura distinguer l’original de la mauvaise copie faute d’avoir accès au mètre étalon.
39. De toute manière, selon le principe qui veut que ce qui ne se voit pas sur internet n’existe pas, la raréfaction en ligne des images originales, ou mêmes retouchées, portant sur un sujet donné par rapport à tous les dessins, tableaux, photographies, artefacts existants, en dépit de leur profusion apparente, entretiendra l’acculturation amnésique de la majorité des internautes.
40. Alors qu’ils quitteront peu à peu leurs habitudes télévisuelles, comme celle de lire en général, nous inciterons les internautes à passer du temps à regarder des vidéos.
41. Nous créerons de l’intérêt en alimentant internet par du contenu télévisuel daté à forte valeur émotionnelle - historique, politique ou populaire - qui suscitera de la nostalgie tandis qu’en parallèle les moyens numériques permettront à tous d’inonder le réseau d’images de soi, de ses proches ou de ses animaux.
42. Un point de non retour sera atteint lorsque les internautes commenteront des extraits d’émissions qu’ils auraient déjà pu regarder par eux-mêmes la veille à la télévision, sans l’avoir fait ni se donner la peine d’y jeter un œil, mais simplement en réaction aux propos d’autrui.
43. La numérisation de l’image et du son démocratisera dans un premier temps l’accès à la musique et aux films. Dans un deuxième temps, concomitant, la gratuité et la disponibilité sans cesse renouvelée habitueront quotidiennement les internautes à se satisfaire d’en écouter et en regarder dans les pires conditions visuelles et sonores possibles.
44. En diffusant couramment les films par bribes ou extraits d’une qualité d’enregistrement souvent médiocre, nous ferons, par effet de lassitude, perdre de vue l’importance de regarder une œuvre dans son intégralité.
45. Il en résultera une culture de catalogue où un échantillonnage disparate de piètre qualité aura valeur d’humanités.
46. Indépendamment de la valeur intrinsèque des documents, nous lancerons l’usage de noter ce que l’on voit, favorisant ainsi une habitude de compétition publicitaire basée sur la loi du plus grand nombre qui faussera encore davantage le jugement.
47. Plus rien ni personne n’étant à l’abri, et le droit à l’image si continuellement bafoué, que des principes autrefois primordiaux comme la fierté, l’honneur, la honte ou l’humiliation deviendront obsolètes. Ce prix à payer, consistant en l’abandon de sa dignité, apparaîtra bientôt bon marché pour que, personnalités comme anonymes, tous continuent à mener carrière et vie de tous les jours.
48. Nous veillerons par ailleurs à ce que les images plus plus crues, choquantes et dégradantes soient accessibles aux enfants en rendant les messages d’avertissement et les mesures de protection aussi poreux qu’attractifs.
49. Les moteurs de recherche, dont la notoriété obéira aux lois de l’offre et de la demande tempérées par des disparitions ou apparitions aussi subites qu’incompréhensibles, comme tout ce qui touche à l’internet, donneront des résultats régulièrement changeants dont la pertinence ne pourra être prise en défaut puisque les milliers, millions voire milliards de réponses rendront la tâche insurmontable.
50. L’engouement pour iceux dû à leur facilité d’utilisation et l’assurance de trouver une réponse toute faite, commode et satisfaisante, conduira à une pratique quotidienne et ordinaire qui sera menée avec d’autant plus de naturel qu’elle suppléera à la perte de savoir et de réflexion croissante qu’entraînera son usage machinal.
51. Pour prétendre pallier l’absence d’orthographe, des dictionnaires à l’exactitude douteuse seront disponibles gratuitement, parfois même intégrés aux logiciels de navigation, en omettant délibérément la grammaire, contribuant ainsi à la destruction de la conjugaison, des accords, de la syntaxe, du langage.
52. Forts du fait que toute évolution nouvelle puisse être considérée comme un progrès, des internautes, parfois renommés, se chargeront d’eux-mêmes de vanter et promouvoir ce qu’ils qualifieront d’enrichissement de la langue.
53. Les interfaces de clavardage et les messageries instantanées agrémentées de ouaibe cam réduiront la conversation à la principale dimension de se savoir vu en train de parler. Au début volontaire, cette exposition constante deviendra nécessaire puis normale.
54. Grâce aux émoticônes, les jeunes utilisateurs, friands d’accessoires simplificateurs, tendront à limiter leurs échanges en ne conversant que par des symboles prêts à l’usage indiquant à leur interlocuteur un état d’émotion aisément car communément intelligible.
55. Accessoirement, il est à envisager comme une perspective crédible le fait que les prochaines générations, habituées dès le plus jeune âge à l’utilisation d’un clavier, puissent connaître l’alphabet sans avoir jamais en avoir acquis la maîtrise scripturaire, au sens traditionnel du terme.
56. Le brouhaha des conversations sur un forum rendra sourds ceux qui avaient l’ouïe la plus fine.
57. Attachés aux détails, les internautes n’auront plus de vue d’ensemble de l’état du monde. Ils en conserveront néanmoins l’illusion dans le confort de retrouver des opinions divergentes sur un seul et même sujet ou la confrontation d’idées communes sur des sujets différents.
58. Les internautes se regrouperont en clans, chapelles, territoires de pensée dont le plus petit dénominateur commun sera généralement la pratique collective d’une activité sans conséquence ou autour d’un centre d’intérêt ne prêtant pas à polémique.
59. Les discussions politiques ne donneront lieu à aucune action concrète puisque la peur d’être repéré, plus forte que le besoin ou la nécessité exprimée d’agir, tempérera les ardeurs.
60. Les quelques audacieux qui iront s’aventurer chez l’ennemi ne remarqueront pas que son territoire est aussi clôturé que le leur, ni que celui-là est tout aussi convaincu de détenir les cartes les plus à jour.
61. Quand bien même s’en apercevraient-ils, cette mise à jour topographique ne leur sera d’aucune utilité dans l’univers en vase clos et tautologique qui sera le leur.
62. L’anonymat sera érigé en vertu cardinale de cette nouvelle forme de liberté d’expression.
63. Cette précaution, favorisant une distinction entre public et privé et garante d’une certaine licence de ton et d’opinion, sera propice à toutes les dissimulations. Elle entraînera toutes les dérives possibles d’usurpation de fausses comme de véritables identités dont la première des conséquences sera de douter systématiquement des propos d’autrui. Certains se feront passer pour ce qu’ils ne sont pas afin de mieux faire passer leurs idées auprès d’autres qui les entretiendront dans l’illusion contraire.
64. L’attrait et le pouvoir de séduction que procure une opinion hors-norme, décalée ou supposée subversive, et la possibilité de tenir des propos invérifiables, entraîneront l’éclosion de petits gourous dont l’écrasante majorité des disciples n’aura jamais vu le visage, ni ne pourra garantir l’authenticité d’un seul fait de leur biographie.
65. Il n’y aura plus une mais quantité de vérités, interchangeables, équivalentes, opposables.
66. Les citations autrefois dignes de foi varieront d’un adjectif à tout le sens d’une phrase, en passant par l’identité de son auteur.
67. Nous entretiendrons jusqu’à l’absurde cette prétendue tradition déontologique de “sourcer” ses dires alors que la multiplications de copies de documents repris, transformés, modifiés, de facture plus douteuse les uns que les autres, rendront impossible de remonter à l’origine d’une information, pût-elle s’avérer exacte ou infondée.
68. Les esprits les plus éveillés seront contraints de lâcher prise devant l’ampleur de la tâche qui consiste à contredire le mensonge manifeste. Ils ne feront plus l’effort d’apporter eux-mêmes depuis leur bibliothèque, à l’intention de leurs contradicteurs, des éléments pouvant étayer leurs argument mais se résigneront à les rechercher sur l’internet.
69. Par voie de conséquence, les mêmes faits, les mêmes situations, les mêmes personnages, les mêmes citations, les mêmes liens, vrais ou faux mais inlassablement recherchés puis repris comme argument dialectique ultime, seront immanquablement utilisées en référence, achevant de rendre vaine toute discussion pouvant déboucher sur la vérité.
70. Nous regarderons disparaître à loisir les rares sites intellectuellement subversifs, c’est-à-dire mettant en ligne, donc à disposition, des bases de données - documents, livres, textes, témoignages, illustrations, archives etc. - difficilement consultables autrement par les non-spécialistes.
71. Pour ce faire, nous nous reposerons sur les mesures de censure qu’établiront chaque État - les plus démocratiques étant les plus prompts et les plus habiles à légiférer en ce sens dès qu’il s’agit d’œuvrer pour la protection de l’individu ou la préservation des libertés.
72. Nous saurons aussi compter sur ces fidèles alliés que sont la paresse, l’ennui, le manque de considération, le désespoir, l’orgueil, la jalousie, la malveillance, la mort, la panne… Sans négliger les contingences financières qu’impliquent la location d’un serveur.
73. Nous ne nous donnerons pas la peine de supprimer les ouvrages subversifs qui resteraient accessibles aux plus opiniâtres : ils se plieront d’eux-mêmes à cette réalité selon laquelle les populations lisent peu et encore moins en ligne.
74. Les livres, qu’ils soient savants, populaires, interdits ou auto-publiés, se réduiront par la force des choses à des titres - éventuellement les seules mêmes citations - dont personne n’ira vérifier la pertinence ou la fausseté quand ils interviendront dans un débat. Au contraire, les internautes suivront le pli familier de commenter les commentaires d’autrui sur un ouvrage ou une œuvre que personne n’a lu ou vue.
75. Le caractère gratuit et immédiatement disponible de la plus grande part de tout ce qui est présent sur internet fera perdre le sens de l’effort, du travail rétribué, comme le respect de la valeur des choses, idées ou produits manufacturés.
76. Quant à la valeur fiduciaire de l’argent, déjà réduite à néant dans ce qu’il est convenu d’appeler l’économie réelle, nous lui porterons le coup de grâce en incitant chacun à confier à internet la gestion de ses revenus. Nous mettrons à sa disposition des moyens attrayants et faciles d’utilisation sur lesquels il n’aura aucun contrôle, et propices au piratage.
77. En laissant se développer des plates-formes de ventes aux enchères, nous élèverons l’acte de se débarrasser de ses cadeaux de Noël au rang d’activité sociale.
78. Nous promouvrons le mode de paiement électronique afin que les internautes ne quittent plus l’internet, et l’étendrons progressivement à l’ensemble des domaines - achats de biens et services, locations, dons, legs, transactions financières diverses, prostitution - qui demandaient naguère un contact physique avec le client.
79. Le succès d’enseignes commerciales virtuelles, érigé en modèle économique, confirmé par des contre-exemples individuels soigneusement choisis, répandront l’espérance fallacieuse qu’il peut être viable au niveau de la micro-entreprise.
80. Le sexe sera favorisé de sorte que tout un chacun puisse découvrir en quelques minutes l’éventail exhaustif des pratiques sexuelles jusque-là ignorées de la majorité.
81. Nous banaliserons son accès jusqu’à proposer à quiconque d’accroître ses revenus en lui fournissant la gérance de sites pornographiques clefs en main.
82. L’abondance d’images pornographiques sera tellement rentrée dans les mœurs que la mise en ligne de scènes où l’on se montre soi-même se livrant à une activité sexuelle ne sera pas considérée comme plus impudique qu’une photo de famille.
83. Tout en affectant de militer pour la protection des mineurs, nous ferons occuper aux enfants une place de choix dans ce programme, tant en qualités d’acteurs que de spectateurs.
84. Le bien et le mal, le vice et la vertu, le vrai et le faux, le beau et le laid cohabiteront avec un bel ensemble dans cet univers où la médiocrité sera la norme, l’indigence, commune, et l’excellence, un hasard auquel il conviendra de remédier.
85. Le relativisme érigé en référence universelle sapera la foi des croyants fragiles. Dieu sera considéré sur internet comme une opinion parmi d’autres, ayant ses thuriféraires et ses détracteurs, et l’hypothèse de son existence, évaluée au prorata de ses occurrences sur les moteurs de recherche.
86. Les gens, ayant perdu le goût et l’effort de penser par eux-mêmes, se réfugieront alors dans l’habitude d’en écouter d’autres leur apprendre ce qu’ils savaient déjà.
87. Les mises en garde contre ses dangers et l’aliénation qu’il risque d’entraîner connaîtront l’effet limité et contre-productif que déclenchent les voix isolées.
88. Nous pourrons enfin contrôler l’humanité en lui ayant fait adopter un moyen de communication révolutionnaire qui l’aura conduite à sa perte.
Suicides sur ordonnance
mars 30, 2008Pour développer mon pénultième post, j’estime que ces gens qui militent pour l’euthanasie « remboursée par la Sécu », comme je la qualifie, veulent tous les avantages pratiques du suicide * sans les inconvénients moraux .
Étant assisté dans mon exécution - de fait, me donné-je réellement la mort ? là est la question - je n’ai pas à encourir le risque d’un dossier chargé au jour du Jugement Dernier : tout laïque incroyant que je suis, je mets quand même les chances de mon côté et, mine de rien, me décharge sur celui qui m’aura envoyé ad patres. Curieux comme certains principes moraux touchant à l’existence et à son caractère sacré ont la vie dure, même chez les plus publics des libre penseurs. Et quels meilleur moyen de s’en affranchir qu’en cherchant à légiférer sur leur abolition ?
Témoin sur France Inter, hier, au cours d’une émission dont il était l’invité, François de Closets qui a pu, sans contradicteurs, élever la voix et faire de grands gestes indignés avec les bras pour dénoncer le scandale de l’« agonie obligatoire ».
Selon lui, la morale commune voudrait que l’on ne sût mourir sans souffrir, ce qui expliquerait pourquoi une injection de chlorure de potassium encourrait des poursuite au Pénal pour fait d’euthanasie quand une sédation, dont les effets ne sont pas immédiats, l’en absoudrait. Au nom de quoi, en effet, sinon d’un obscurantisme médiéval je suppose, dénieront-on le droit de mourir en douceur ?
Ce « scandale » serait d’autant plus grand, poursuivait-il, qu’il aurait cours dans notre « République laïque » (sic). Je… fais plein de choses pas très propres sur celle-ci - tout en considérant, nolens, volens, qu’elle une évolution politique de facto de l’ histoire de notre pays : on peut être radicalement contre le régime républicain français, nier sa légitimité, on peut difficilement nier sa réalité - mais les questions d’éthique que Closets feint d’ignorer fussent-elles - et elles le sont toutes - des reliquats de la religion catholique, ne me semblent pas a priori incompatibles avec la République laïque. A moins de considérer qu’elle n’en est encore qu’à un stade juvénile de son développement totalitaire, ce que je crois, mais c’est un autre débat.
Quoi qu’il en soit, je ne connaissais pas l’existence de ce pseudo-précepte religieux sur les conditions de notre remise de l’âme à Dieu - nul n’a vocation au martyre, ni à souffrir de la sorte - mais je constate qu’on est en train de mettre sur le même plan le droit à la douceur dans tous les instants de la vie, surtout ceux qui échappent à notre contrôle, avec les avantages pratiques que confèrent l’amélioration du conditionnement des paquets de café. L’accès au Paradis garanti par l’ouverture facile, ça c’est de l’avancée ! Du reste, le même argument de confort prévaut pour le recours systématique à la péridurale, voire la césarienne. Ainsi, la souffrance serait obscurantiste, réactionnaire, misogyne et, n’ayons pas peur des mots utilisés à tort et à travers : catholique.
Je me permets de rappeler que si les douleurs de l’accouchement ont bien un fondement théologique - (Gn., 3, 6), mais puisqu’on ne croit pas en Dieu, hein ? - elles ont aussi une cause physiologique élémentaire dans lequel le Droit Canon n’y est pour rien - je ne vais pas vous faire un dessin. Pourtant, et je parle en toute connaissance de cause, subordonnée à une préparation, une mise en condition attentive, la douleur n’est ni une fatalité, ni une obligation. Bien accompagnée par une sage-femme qui sera présente et aux manettes le jour de l’accouchement - c’est encore un luxe mais, financièrement mieux prise en charge, ce serait une mesure plus incitatrice et utile que la thalassothérapie - une mère peut et sait s’en passer. Ensuite, s’il y en a qui préfère accoucher d’un enfant comme on télécharge un gros .pdf, c’est leur choix…
Pareil pour le passage de vie à trépas. S’il existait un procédé imparable, absolu, garanti ou remboursé dix fois son prix, de tuer sans souffrance aucune un être humain, on l’aurait sans doute trouvé depuis le temps que l’homme exécute ses semblables par tous les moyens techniques, mécaniques, agricoles ou scientifiques dont il dispose. Enfin, tant qu’il ne s’agite pas dans tous les sens en hurlant comme un goret, les bonnes âmes sont rassurées : il n’a pas souffert. En tout cas, ça ne se voyait pas, et c’est tout ce qu’on lui demande.
J’ai assisté à l’agonie de ma grand-mère, j’étais présent quand un prêtre Basque lui a accordé l’extrême onction quelques heures avant sa mort, en lui parlant avec confiance de Dieu, de Jésus-Christ et de la Saint Vierge avec des mots apaisants, plein d’espoir et d’amour. Je ne sais si elle a souffert - je ne crois pas, étant sous morphine - mais je puis dire qu’elle est morte en paix avec infiniment plus de dignité que ceux qui préfèrent être piqués comme des animaux.
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(*) Quitte à défendre ce droit, et être cohérents, que ne réclament-ils pas la levée de l’interdiction qui pèse toujours sur « Suicide, mode d’emploi » ? Assortie d’une interdiction de vente aux mineurs, cela va de soi. Ce sera toujours plus prudent et moins compliqué à mettre en œuvre que de leur ôter de l’esprit et de l’âme ce désespoir qui les pousse à se flinguer de toutes les manières, quitte à emporter quelques-uns de leurs camarades de Lycée au passage, comme cela tend à devenir la mode.
Un sac de billes, la pelle, le seau et tout le landau
février 22, 2008Addendum au billet d’avant-hier
Quand j’avais suggéré à l’Etat un moyen de mutiler les consciences façon bonsaï, en les prenant en main dès la maternelle, j’en étais resté à cette annonce selon laquelle, à l’âge où nous essuyions les plâtres des maths modernes, nos enfants se coltineront la liste de Schindler. Je pensais, en faisant preuve d’une exagération de bon aloi, avoir atteint les limites de l’entreprise.
En fait non. J’étais en deçà. Il faut les prendre au berceau.
Il y a un square, dans le nord de Paris qui s’étend sur trois niveau en terrasses à cause d’un surplomb entre deux des rues qui l’encadrent. C’est un square de construction récente, de belle superficie pour le quartier, avec plusieurs aires de jeux : agrès pour les minots, araignée de cordage pour les plus alpinistes, tables de tennis du même nom, balançoires en pneus et un terrain de foot grillagé pour les djeunes. Il y a même un bassin d’eau trouble alimenté par une cascade qui se prolonge en canal au dessus duquel sautent les plus téméraires et tombent les moins dégourdis.
À l’entrée de ce square sans histoire - avec un petit comme un grand “h” - juste au croisement des allées, ce qui fait qu’on ne peut pas le manquer où qu’on aille, on a planté ces jours-ci un panneau. Un panneau de dimension surprenante ; du genre de celle qu’on ne voit jamais nulle part, sauf dans les westerns, à l’entrée des villes, ou dans les films de guerre pour avertir d’un champ de mines.
En substance, ce panneau visible par un aveugle déplore que sous l’Occupation, les parcs et jardins étant “interdits aux chiens et aux Juifs” , les enfants déportés, en particulier les tous petits, n’auraient de toutes les façons même pas eu le loisir d’y jouer.
Comme d’autre part ces petits enfants étaient trop jeunes pour être scolarisés et, de ce fait, figurer soixante ans plus tard sur les plaques commémoratives des écoles - plaques qui, bonne pâte, n’hésitent pas à accueillir en leur sein les inscriptions d’anciens élèves, voire, dans certains cas, d’enfants “habitant le quartier” - il fallait à tout prix combler cette brèche injuste dans le devoir de mémoire laïc et obligatoire.
Ainsi fut fait : grâce au concours d’une assoce subventionnée par la Mairie, on vient enfin d’ériger une stèle qui a la forme d’un monolithe de verre, avec des noms surmontés de deux mains de bébés gravées à la mode des faire-parts de naissance pour parents qui manquent d’imagination et de goût, tellement immonde que si j’étais de la famille, je leur ferais un procès pour outrage.
Des esprits chagrins et pointilleux feront remarquer qu’un tel monument doublé d’un rappel pédagogique rédigé à la truelle n’a peut-être pas tout à fait sa place, ni la légitimité d’être, dans un jardin public qui n’existait même pas, à l’époque. Ce serait faire injure à la mission formatrice, éducative - ludique, pourquoi pas ? - en un mot : gratifiante, de l’enseignement mémoriel appliqué à tous les âges de la vie. Si possible, dès le plus jeune.
A la rigueur, les petites têtes blondes promenées par leur nounou ivoiriennes et les petites têtes brunes accompagnées de leur grand-mère fraîchement arrivées du bled, parviendront-elles à passer entre les gouttes, mais elles ne perdent rien pour attendre. Pour ce qui me concerne, mes enfants n’ont ni l’une, ni l’autre.
Le mot d’obscénité ayant été lâché par des voix plus autorisées et médiatiques que la mienne, je me contenterai d’ajouter que lorsque le viol des consciences va jusqu’à faire chier des mômes et leurs parents dans un square, toujours et uniquement dans le même sens, j’appelle cela de la pédophilie mémorielle.
PS.
S’il leur reste un peu de sous, je leur propose d’apposer un peu partout, devant les tabacs, les cinémas, les commerces, les marchands de journaux etc. des plaques rappelant qu’untel ne pourra plus jamais faire ses courses ici, ni s’en jeter un, ni voir un film, ni acheter son pain. Je leur fait même cadeau de l’argumentaire : une manière de renouer avec l’esprit de ces panneaux historiques et désuets qu’on trouve encore parfois en province et qui rappellent qu’ici, Napoléon a pissé contre un arbre en revenant de l’île d’Elbe.
S’il te plaît, dessine-moi un déporté
février 19, 2008Notre président bien-aimé a eu l’idée lumineuse, généreuse et surtout pas repentatoire de sommer les élèves de Septième - oui, je suis un vieux schnoque qui s’assume… - à endosser le souvenir de chacun des petits enfants juifs déportés depuis la Vrounze.
A l’heure où j’écris, on s’orienterait vers une application plus collective de l’opération de parrainage, à l’échelle d’une classe. D’ici à ce qu’on rebaptise des collèges… À mon avis, parti comme ça l’est, même les collèges franchisés Anne Frank ont du soucis à se faire parce qu’il y a des cas où la préférence nationale cesse d’être un gros mot pour devenir une grande cause prioritaire.
L’essentiel ayant été dit sur la pertinence, le bien-fondé et les bienfaits à attendre de cette décision - je renvoie à toutes fins utiles les lecteurs aux articles de MM. Nicolas von ILYS et Le bal des Dégueulasses - je m’interroge encore.
Passons pudiquement sur le dilemme schyzophrénique de la résolution de la quadrature morale du cercle vertueux que posera à des enfants perfusés à l’antiracisme depuis qu’ils sont en âge de dire “Bonjour maîtresse” la distinction entre les victimes, et posons-nous les bonnes questions.
Pourquoi le CM2 ? * En effet, pourquoi si tard ? Pourquoi pas dès le CP - ou Onzième… - par le biais de dictées tirée des listes de noms de famille ce qui, au passage, permettra de démontrer l’inanité de la méthode globale ?
Ou, mieux encore, dès la maternelle pour que, avant même qu’ils ne sachent lire et écrire, nos tiots nenfants qui croient encore au Père-Noël soient bien imprégnés de l’idée de mort, de souffrances, de cruauté et surtout, surtout, de culpabilité collective, au travers d’exemples ô combien représentatifs de leur propre vécu et certainement pas sélectifs ni abstraits tant leur compréhension des tenants et aboutissants de la Deuxième Géhèmme, sans parler de sa seule réalité historique mentale, est innée ?
Entre nous soit dit, c’est quand même une plus belle manière de s’ouvrir à l’autre en apprenant par cœur des noms imprononçables et des destins qui ne leur parlent pas, plutôt que d’écouter leur grand-père gâteux raconter, quand il a l’œil vague, les souvenirs familiaux de ce que lui avait vécu de la guerre. Les vieux, ça enjolive tout : la preuve, il ne serait pas là pour le dire, si cela avait été si dur. Quant aux histoires de Résistance, on sait bien ce qu’elles valent : ce ne sont quand même pas eux qui ont tué Hitler.
Ne leur encombrons pas l’esprit avec de notions compliquées ou des mots obsolètes comme exode, rutabagas, rationnement, maquis, prisonniers, queues, patrouilles, STO, rafle, Milice, Pétain, De Gaulle, Londres, Bir-Hakeim, Vercors, héroïsme, courage, peur, etc. Ils sont encore petits et auront toute la vie pour apprendre.
Restons simples : lâcheté, collaboration, étoile jaune, Police Française, Ochouitsse.
Et puis cela leur offrirait l’occasion de se perfectionner dans l’exercice imposé du bonhomme en y adjoignant de la couleur et de l’émotion. Et de meubler leur univers intérieur.
Enfin, je laisse le dernier mot à l’une de mes connaissances qui n’est pas plus concernée que vous et moi. Si, un peu plus quand même, dans ce sens où si nous avions eu l’âge requis à l’époque, il aurait eu plus de chance que moi de prendre le train gare de l’Est avec un aller simple, ou alors il m’aurait fallu partager d’urgence ma chambre avec lui, ce qui ne m’aurait pas emballé outre mesure parce qu’il peut être prompt à se montrer pénible n’est pas toujours d’un commerce facile et qu’il aurait passé le reste de l’Occupation à m’expliquer que c’est aussi très difficile pour lui, voire plus, que c’est la guerre, tout cela… En plus, on ne partage pas les mêmes goûts musicaux.
Quand t’es vivant, on te fait chier ; quand t’es mort … on te fout pas plus la paix.
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(*) Deux neurones en éveil me tirent par la manche : en quel classe est le petit dernier - en date - de son altesse le prince de DisneylandParis ?
Soirée cinoche à la téloche
novembre 16, 2007Le service public nous gâte. Hier soir, France 3 nous contait avec Le Lien la - certainement - tragique mais édifiante histoire d’une femme, Eva qui, croyant sa fille morte à Ochouitsse (© GP), découvre qu’elle a été élevée par un ex-Milicien.
Je dis “certainement” parce que, sans l’avoir vu mais à la lecture d’un synopsis j’avais le vague pressentiment que le scénario ne s’était pas orienté vers un développement un tant soit peu original. La mère tombant amoureuse du père adoptif qui lui relaterait les joyeusetés de l’épuration, tandis que sa fille lui confierait que beaucoup de choses ont été dites sur les camps dont elle-même n’a jamais été témoin, voilà qui aurait renouvelé le genre. Cela étant, le choix d’un personnage de très jeune enfant ayant pu a priori survivre à la déportation, sans être de la science-fiction, était déjà à la limite de l’historiquement incorrect et l’on peut comprendre que le scénariste n’ait pas eu envie de pousser plus loin le bouchon *.
Par acquis de conscience, j’ai feuilleté les premières occurrences Gougueule et ai vérifié que le scénario exhalait une bonne conscience aussi subtile qu’un déodorant de ouatères. Ouf ! Les jeunes continueront donc à savoir quoi penser, et comment le faire.
Dans la même veine de la lampe de bureau braquée sur le spectateur, ce soir, c’est Arte qui régale en nous servant un Bousquet, sa vie, son œuvre, concocté par Laurent Heynemann cuisinant un Daniel Prévost qui, comme nombre d’acteurs comiques flirtant avec la ringardise, considère qu’un rôle de pète-sec constipé lui assurera une bonne nécro dans la remise à jour du Jean Tulard.
Je crains que ce ne soit un peu indigeste, mais je comprendrai que voir Prévost tenter de se faire passer pour Michel Bouquet puisse séduire les amateurs de naufrages.
En revanche, la double satisfaction - fromage et dessert - est venue, encore une fois, de Direct 8, la danseuse de Bolloré qui, fort de son audience nanométrique, se permet une programmation de films dont la qualité, ou la rareté, sont inversement proportionnelles au coût de leur diffusion. En particulier, les comédies françaises des années soixante-dix, quatre-vingt.
Mieux encore, cette prédilection pour les films à rouflaquette et vestes à carreaux, semble refléter autant des contingences budgétaires qu’un goût manifeste pour une programmation “cinéma de quartier”. Alternant avec des nanards certifiés, on découvre, ou redécouvre, des petits bijoux oubliés qui supporteraient à l’aise une première heure sur M6 - au fait, de quand date le dernier film en noir et blanc sur TF1, même publique ?
Hier soir, donc, je revois Les Gaspards, de Pierre Tchernia qui, à ma grande stupéfaction n’a pas pris une ride est s’est même bonifié avec l’âge. Petite ironie attendue de l’histoire, ce film qui hurle contre la modernisation et les grands travaux pompidolesques, notamment le trou des Halles et les voies sur berges, nous offre le panorama d’un Paris au quotidien en 1974 dont il ne reste plus grand-chose, depuis les clous jusqu’au métro, rames et affiches comprises. Les voitures sont bien entendu orange, les cheveux sous les képis, longs, et les robes, à fleurs.
Mais c’est surtout l’étonnement devant un film à la réalisation classique mais irréprochable, au scénario tout simplement écrit - avec Goscinny au dialogue - amoureux de chaque personnage jusqu’aux plus humbles, alors qu’il abonde en jeux de mots plus ou moins vaseux, comique de situation, gags visuels et autres hénaurmités, comme le Ministère dynamité qui gîte de 45 °, éléments qui semblent parfois incompatibles avec un talent de mise en scène.
Le travail sur les décors démontre, si besoin était, qu’on a presque définitivement oublié cet aspect d’un film dans les productions d’aujourd’hui, à moins de faire dans le film-de-genre-reconstitution-historique où l’on se borne à piller Defrise et Soubrier.
Pour les seconds rôles, Tchernia a fait son marché dans ce qui se faisait de mieux à l’époque, de Robert Rollis à Paul Demange en passant par Carmet, Depardieu, Jacques Legras et Conrad Von Borck. Pour ce qui est des acteurs principaux, c’est simple : il est incompréhensible qu’un film qui ait pu donner d’aussi beaux rôles à des comédiens à la cheville desquels n’arrivera jamais Jean Reno soit aussi peu cité dans leur filmographie.
Noiret, aristo vieille France qui décore son intérieur souterrain au gré de ses emprunts aux expositions du Grand Palais, ou dans les réserves du Louvre - quoique Le Sommeil, de Courbet ou La Grande Odalisque, d’Ingres, dans les réserves, euh… - préfigure de façon prémonitoire le régent de Que la fête commence. Serrault est Serraultissime sans verser dans le cabotinage, Galabru, commissaire allergique à la littérature, en permanence borderline , se rattrape à chaque fois du bon côté de la barrière, quant à Charles Denner, il campe un ministre des travaux publiques mégalo et très “haute fonction publique” absolument magistral.
Foncièrement anar de droite dans sa peinture d’épicuriens réacs rétifs à l’ordre établi quand celui-ci leur disconvient, Les Gaspards a la correction d’être une comédie tous publics qui ne prend pas ses spectateurs pour des cons.
Suivit Le Convoi, de Peckinpah. Western routier qui n’est rien d’autre qu’une version hard core de Cours après moi, Shérif, mâtinée d’implications politiques d’échelle strictement locale. Film horizontal d’un machisme résolument hétérosexuel, dans lequel les filles tombent amoureuses de gars à gros bras qui ne se croient pas obligés de leur coller un aller-retour pour faire viril, avec Kris Kristoffersen, toujours aussi lisse, Ali Mc Graw, on ne peut plus seventies quand elle était sagement sixties dans The Getaway, Ernest Borgnine qui parodie, en moins sympathique et plus névropathe, son rôle de La Horde Sauvage, scène de mitrailleuse finale à la clef, et pléthore de camions Mack en figurants raccords.
Néanmoins frais et passablement couillu, bien que terriblement daté, le plaisir de découvrir l’avant dernier film du grand Sam Jr - l’autre étant Fuller - a été complètement esquinté par une VF aux abonnés absents.
Sinon, il y avait aussi Docteur Folamour sur Arte, pour ceux qui avaient sept magnétoscopes et deux disques durs. En fait, la politique de concurrence entre les chaînes de télé c’est tout ou rien : soit le Désert des Tartares, soit quinze open bar à thèmes - ou quinze petites amoureuses disponibles - mais tous à la même heure et en des endroits différents.
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(*) D’autres n’ont pas eu cet excès de pudeur en rappelant que si l’on peut pleurer de tout, ce n’est pas une raison pour s’arrêter de vivre. Business as usual, en somme. Témoin, un site dédié aux jeunes qui a illustré scrupuleusement le titre de cette dramatique en bleutant un certain nombre de mots si anodins que l’on se demandait vers quels abysses de la pensée ces ancres pouvaient bien nous mener.
On n’a pas été déçu du voyage.

“…faut-il dire la vérité à tout prix ?” (sic)
Pour en finir avec Guy Machin, part II
octobre 27, 2007J’avais envie de prolonger cette querelle toute byzantine (1) sur le Gay Mocky, en restant sur un plan formel. D’une part parce que c’est l’objet du post et quitte à être futile autant se faire plaisir mais surtout parce que sur le ouaibe, à la télé et dans la presse, j’ai l’impression qu’on a fait le tour des arguments de fond. Même dans le détournement, c’est un peu comme pour Martine : de bonnes idées en appellent de plus convenues qui inspirent parfois des petits chef-d’œuvre, mais très vite, on sent que tout à été dit, d’une manière ou d’une autre. Beaucoup de trouvailles devant d’ailleurs beaucoup à l’actualité plus ou moins immédiate : il y a dix ans, au lieu d’Un 11 septembre peu ordinaire, quelqu’un aurait judicieusement titré Vol 714 pour Lockerbie.
Quant aux arguments du chœur des vierges venant nous mettre en avant des questions de calendrier des programmes scolaires chamboulés et le désarroi qui pourrait en résulter dans la tête de leurs analphabètes de lycéens, je les prendrai un peu plus au sérieux lorsque ils mettront la même énergie à refuser la visite de miraculés qui viennent asséner raconter à des élèves d’ école primaire combien la Guerre et l’Occupation ont été atroces pour une seule catégorie d’individus, avec force anecdotes d’étoiles, de trains, de poux et de policiers français aussi méchants que leur compatriotes civils…
Anyway, j’ai eu envie de revenir vous casser les couilles avec ce film après être tombé sur cet article. [libertesinternets.wordpress.com]. L’auteur, prof d’histoire, fait des manières et trouve que le premier de la classe tire un peu trop la couverture à lui. Parce que c’est bien gentil, mais il n’était pas tout seul. C’est vrai, il y avait Jean-Pierre Timbaud (dans le XIe, près d’Oberkampf, bars rock ou nases), Charles Michels (dans le XVe, c’est paumé, personne n’y va, c’est plus mort que le Bistrotenface, à ce qu’il se dit) et… et… Huyng-Kuhong An. L’Annamite ! Valeureux compatriote de l’Oncle Ho, prof de Français, de surcroît, et comme lui, 100% Coco. (2)
Inutile de vous dire que c’est le seul qu’il cite sur les 26 autres… (3)
Comme Guy et ses petits camarades, il a donc écrit une lettre (4) (sera-t-elle lue aux élèves des Collèges de mécanique de Hanoï ? l’histoire ne le dit pas). Elle nous intéresse pour une phrase : “Nous sommes enfermés provisoirement dans une baraque non habitée, une vingtaine de camarades, prêts à mourir avec courage et avec dignité.”.
En clair, on les a isolés en salle d’attente avec du papier et un crayon. Point. Et un prêtre pour faire joli. Ou pour ceux qui auraient la foi athée défaillante. Comme quoi, à l’époque, on avait encore le sens des convenances et de l’essentiel : si la peine de mort devait être réintroduite aujourd’hui, il y a toutes les chances que les condamnés se voient accorder, leur dernière heure venue, le secours d’une cellule psychologique.
Quel intérêt de se repasser un clip à la moviola, me direz-vous ? Ce n’est qu’un putain de clip. Justement ! Un clip de propagande où chaque plan compte, chaque plan est pensé, tourné (pas si mal du reste), monté avec le même soin qu’un film de pub, pour qu’on nous enfonce ce putain de message désincarné dont la finalité est de nous faire chialer sur le sort d’un pauvre garçon, en instillant une bonne dose de repentine.
Mais quand pour faire plus vrai, plus authentique, on va jusqu’à tricher sur des détails de la réalité à l’aide d’accessoires soigneusement agencés, choisis, mis en scène, on n’est plus dans l’évocation vaguement héroïque, on est dans le mensonge pur et simple.
Je le sentais depuis le début, j’en ai la confirmation.
Je peux me coucher serein.
‘Scusez pour le linge qui sêche, on nous avait pas dit qu’il y aurait les Actualités.
Hier, c’était bon, on a eu des rutabagas sauce gribiche. J’en ai repris deux fois.
Pensez à changer l’eau des fleurs.
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(1) C’est-a-dire, par allusion historique, ce crépâge de chignon idéologique sur un sujet qui aurait dû moins encore prêter le flanc à la controverse, tant les données sont limpides et on ne peut plus concrètes pour quiconque a précisément dépassé le niveau de la troisième, tandis que les Turcs répètent leur future intégration à notre belle Union en mettant un peu d’animation dans la ville de son siège social.
(2) “[…] né à Saigon, dans ce Vietnam que les colonialistes s’obstinaient alors à appeler Indochine, il était venu en France, à Lyon, pour y poursuivre des études. Qu’il réussit brillamment, au point de devenir professeur stagiaire de français. Non sans s’investir à fond dans la vie politique française. Membre du PCF, Secrétaire des Etudiants communistes de la région lyonnaise, il milite beaucoup, en particulier au sein des Amis de l’Union soviétique aux côtés de son amie et compagne Germaine Barjon. En 1939, après l’interdiction du PCF, il participe à la vie clandestine de son Parti.” (et sic !)
(3) Une bonne fois pour toutes :
* Auffret Jules, 39 ans, de Bondy, conseiller général communiste de la Seine
* Barthélémy Henri, 58 ans, de Thouars, retraité de la SNCF
* Bartoli Titus, 58 ans, de Digoin, instituteur honoraire, militant communiste
* Bastard Maximilien, 21 ans, de Nantes, chaudronnier
* Bourhis Marc, 44 ans, de Trégunc, instituteur, militant communiste trotskiste
* David Émile, 19 ans, de Nantes, mécanicien-dentiste
* Delavacquerie Charles, 19 ans, de Montreuil, imprimeur
* Gardette Maurice, 49 ans, de Paris, conseiller général de la Seine,
* Granet Désiré, 37 ans, de Vitry-sur-Seine, secrétaire général de la Fédération CGT des Papiers et Cartons
* Grandel Jean, 50 ans, maire communiste de Gennevilliers, conseiller général communiste, secrétaire de la Fédération postale Postale de la CGT.
* Guéguin Pierre, 45 ans, de Concarneau, professeur, maire communiste de Concarneau et conseiller général du Finistère, communiste critique, puis trotskiste
* Huyng-Kuhong An dit Luisne, 29 ans, de Paris, professeur
* Kérivel Eugène, 50 ans, de Basse-Indre, capitaine côtier (marin pêcheur)
* Laforge Raymond, 43 ans, de Montargis, instituteur, militant communiste
* Lalet Claude, 21 ans, étudiant
* Le Panse Julien, 34 ans, de Nantes, peintre en bâtiment
* Lefebvre Edmond, 38 ans, d’Athis-Mons, métallurgiste
* Michels Charles, 38 ans, de Paris, député communiste de la Seine, secrétaire de la Fédération CGT des Cuirs et Peaux
* Môquet Guy, 17 ans, de Paris, étudiant, militant communiste, fils du député de la Seine Prosper Môquet
* Pesqué Antoine, 55 ans, d’Aubervilliers, docteur en médecine
* Poulmar’ch Jean, 31 ans, d’Ivry-sur-Seine, secrétaire général de la Fédération CGT des Produits Chimiques
* Pourchasse Henri, 34 ans, d’Ivry-sur-Seine, employé de Préfecture, responsable de la Fédération CGT des Cheminots
* Renelle Victor, 53 ans, de Paris, ingénieur-chimiste
* Tellier Maurice, 44 ans, d’Amilly, imprimeur
* Ténine Maurice, 34 ans, d’Antony, docteur en médecine, militant communiste
* Thoretton Georges, 25 ans, de Gennevilliers, militant communiste
* Timbaud Jean-Pierre, 31 ans, de Paris, secrétaire général de la Fédération de la Métallurgie
* Vercruysse Jules, 48 ans, de Paris, secrétaire général de la Fédération CGT des Textiles
(4) S’il n’y a pas un créneau éditorial à prendre avec ça…
Pour en finir avec Guy Machin
octobre 27, 2007Lonely days are gone
I’m going home;
My baby just wrote me a letter
The Box Tops The Letter
Mirez ! Mirez !
Lundi soir, l’ORTF nous a diffusé la bande-annonce du film “Guy Môquet, l’enfance brisée d’un jeune homme qui soixante ans plus tard fera oublier le nom de Jean Moulin ou même celui de Jean-Pierre Timbaud qui était pourtant à ses côtés”. *
Ce petit bijou de néo Qualité Française tourné avec des moyens conséquents démontre qu’en matière de propagande nous avons dépassé nos glorieux aînés du cinéma Stalinien. Petit problème, le réalisateur, n’est pas Eisenstein. Ni même Capra pour rester dans le registre patriotique pompier empreint de savoir-faire. Non, dans la forme, on la joue prudent et préfère puiser dans le catalogue des clichés immémoriaux.
Comment était habillé le héros du film, le jour de sa mort ? Les portables des prisonniers étant confisqués à leur arrivée dans les camps, on a peu de documents. En fait aucun. Qu’à cela ne tienne, coco, on n’a qu’à prendre une des rares photo qu’on a de lui, peu importe la date, et composer exactement le même costume. Ce qui me fait ouvrir une parenthèse et conseiller aux futur fusillés, avant de vous engager dans le tractage, de veiller à détruire les photos de vous-même prises lors d’une soirée limite, si vous ne voulez pas que la postérité vous immortalise en drag queen alcoolisée, faute de mieux. De même, évitez le portrait torse nu sur la plage, même flatteur, si vous ne voulez pas que le film de votre exécution ressemble à Tarzan contre les Nazis… (aka Le Triomphe de Tarzan).
Cette question réglée, on peut alors s’en donner à cœur joie. Au lieu de tomber d’un coup sur eux-mêmes comme des vieilles merdes (c’est pas glamour, mais c’est une réalité physique), les fusillés meurent en faisant le saut de l’ange, les mains des témoins saignent en s’agrippant d’émotion aux barbelés, l’officier SS à la tête de cauchemar semble sorti de Hell Boy (au fait, étaient-ce bien des SS qui composaient le peloton ? C’est pas grave, on ne va pas se mettre à chipoter. Et puis c’est pour la bonne cause), “Schnell !” et “Raus !” alternent avec les “Allons Enfants…”, le prêtre tourne en rond l’air désolé, les visages sont graves, et les gendarmes français ont des têtes de fumier. Signalons quand même cette prise de liberté folle avec les canons du genre : pas un figurant ne porte LA canadienne sans laquelle on ne saurait produire un bon film sur la Résistance ©
Le carton de fin cite, à travers leur logos, la vingtaine de partenaires commerciaux. Là où ils ont manqué d’audace ou de jugeotte, c’est de ne pas faire sponsoriser le clip par un annonceur choisi. Les cahiers Clairefontaine ou les Stylos Waterman présentent : “La lettre”, c’eût été carrément vendeur…
Vous me direz qu’il y a pourtant La Poste, mais elle a fait sa timide.

Guy Môquet l’a échappé belle

Un officier Allemand tout en nuances
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(*) La veille, sur France 5, Daniel Piccouly, la fille de la Carrère d’Encausse et quatre autres nanas avaient lu la dernière lettre de Jean Moulin Honoré d’Estiennes d’Orves Jean Prévost un maquisard des Glières un Milicien Nicolas Sarkozy Guy Machin
Toute polémique mise à part, ça s’apparentait à le fusiller une deuxième fois.
