Les Protocoles des Sages de l’Internet

avril 4, 2008 by Côte-Rôtie

[Chose promise... en post-scriptum et merci à GiPi pour avoir revêtu son costume de human Tipp-ex et m'obliger à me relire]

They’ll be watching Big Brother

1. Nous mettrons progressivement l’internet à la disposition du grand public, par paliers.

2. Comme toujours en pareil cas, nous ne permettrons qu’aux plus curieux, aux plus patients et aux plus ingénieux de s’approprier ce qui n’était alors qu’un moyen de communication militaire, puis universitaire.

3. Animés par le goût de l’aventure, le plaisir du jeu et l’orgueil d’être des pionniers, ces privilégiés joueront le rôle de défricheur et auront l’illusion de mettre à jour, dès les premières années, toutes les possibilités de ce nouveau média.

4. Les développements annoncés comme autant d’innovations et d’étapes franchies ne seront en fait que la mise en application et à disposition, sur une large échelle, de potentialités connues déjà contenues en germe.

5. L’un des premiers effets de sa mise à disposition du grand public sera d’entraîner une dépendance.

6. Nous saurons accroître cette dépendance en rendant les ordinateurs toujours plus performants et de moins en moins coûteux, allant à l’encontre des lois économiques immémoriales qui veulent que la nouveauté soit toujours plus chère.

7. La performance technologique sera inversement proportionnelle à l’usage qu’en feront ses utilisateurs.

8. Cette performance, et l’intelligence nécessaire à son développement, n’auront pour finalité que de favoriser les activités les plus médiocres, dites de loisir.

9. Les gens oublieront l’époque où les ordinateurs étaient rares, réservés aux bureaux et que, même alors, on y trouvait plus couramment de simples machines à écrire dont l’utilité était univoque et le pouvoir d’attraction proche de zéro, à l’exception des gens qui faisaient profession d’écrire.

10. Nous rendrons attrayant le futile et indispensable l’accessoire.

11. L’être humain, ordinairement attaché à sa petite personne et à ne découvrir chez autrui que ce qu’il ne connaît déjà, comprendra immédiatement que ce média est parfaitement apte à répondre à cela. Internet se peuplera alors très vite d’une multitude de sites où tout un chacun exposera aux curieux, aux intéressés comme aux égarés les morceaux choisis d’une existence dont l’intérêt sera infiniment moindre que le nombre potentiel de visites.

12. Nous transformerons le mythe Platonicien de la caverne en mode de vie. Ses habitants entravés, non contents de regarder passer des illusions en tentant d’y déchiffrer une signification, se verront offrir les moyens de contribuer eux-mêmes à ce spectacle par le renouvellement permanent et parfois répétitif des saynètes les plus indigentes, les plus inutiles comme les plus sujettes à caution.

13. Nous laisserons l’internet pénétrer au sein des familles en jouant sur la crainte de subir le fossé des générations, la segmentation des offres et la conviction intime que son usage vaut savoir.

14. Nous modifierons ce qui faisait le cœur et l’essence des relations humaines en amenant les gens à se rencontrer, se séduire, se marier et adopter des enfants grâce à l’internet.

15. Par effet de mode d’abord, d’intérêt économique ensuite, de convention grégaire enfin, les entreprises, les associations, les États et leurs administrations, ouvriront chacun un, voire plusieurs sites internet. Obligeant leurs clients, membres, citoyens ou administrés à s’équiper, ils réduiront d’autant les moyens qu’avaient ces derniers de s’adresser à un interlocuteur identifiable et d’obtenir d’eux qu’ils assument leurs responsabilités commerciales, civiles ou légales.

16. Pour la première fois dans l’histoire du commerce et de la bureaucratie, utilisateurs, usagers, clients se verront proposer de discuter entre eux de l’impossibilité d’avoir une réponse claire et fiable aux problèmes rencontrés, en échangeant sur des fora le peu d’informations dont ils disposent. Mieux, ils s’en satisferont.

17. Nous entretiendrons, à grand renfort d’images, de témoignages et de statistiques, l’illusion que le monde n’a jamais été aussi proche et appréhensible tandis que les gens s’enfermeront dans un autisme social.

18. Nous favoriserons la mise en commun entropique des ressources intellectuelles de chacun, veillant à ce que la voix du plus grand nombre soit prépondérante, étouffant ainsi sous son poids les avis éclairés.

19. Tout en laissant accroire l’idée qu’un jour l’intégralité du savoir humain sera disponible sur internet, nous inciterons au plus tôt ses utilisateurs à ne plus compter que sur cet outil pour trouver les réponses à leurs questions.

20. Nous favoriserons ainsi l’implantation d’ordinateurs dans les écoles, les lycées, les universités et les grandes écoles, et ferons perdre en quelques années des siècles d’apprentissage, de rigueur et de méthodologie dans les travaux de recherche.

21. Nous entretiendrons l’illusion que l’internet est un pouvoir exercé par ses contributeurs en y dépêchant à grand renfort de publicité hommes politiques, décideurs, scientifiques, artistes et écrivains qui viendront tenir un blog.

22. Nous pervertirons les principes de respect et de tolérance pour leur donner le sens universel d’acquiescement à toute opinion allant à l’encontre des siennes. Une netiquette sera édictée, donnant la part belle au respect de la médiocrité. La différence sera une vertu tant qu’elle n’entraîne aucune singularité.

23. Mises sur le même plan, tant technologique que factuel, les opinions se vaudront toutes.

24. L’une de nos plus grandes fiertés sera d’assister à l’épanouissement d’encyclopédies participatives où le dernier mot sera donné à des inconnus n’ayant pas à faire la preuve de leur légitimité dans les domaines où ils exerceront leur autorité. Nous ferons en sorte que leur taux de fréquentation soit inversement proportionnel à la qualité des informations.

25. Les mauvaises habitudes étant les plus rapidement acquises, toute référence mise en ligne vaudra foi tandis que son absence signifiera non-existence, de facto comme de jure.

26. Le public sera tenu au courant de projets de numérisation de bibliothèques entières que peu liront et dont personne n’ira vérifier dans le détail l’intégralité annoncée des items.

27. L’argument du gain de place et de la conservation entraînera la destruction physique de collections entières d’archives de journaux dont la lecture en ligne deviendra payante, et la consultation en totalité, incertaine.

28. Tandis que la paupérisation de la qualité des contenus disponibles sera de plus en plus répandue, des pans entiers de la culture savante comme populaire seront en voie d’extinction ou connaîtront un sort précaire puisque subordonnés à la bonne volonté, au temps, au savoir-faire de quelques passionnés.

29. Les rares succès de mouvements d’opinion qui pourraient naître de ce nouveau média seront de courte durée, d’un effet limité dans l’espace et le temps, et appelés à être impitoyablement démentis par ce que les plus attentifs appellent le “système” , et qui n’est autre que la convergence d’intérêts privés et étatiques servant nos desseins, à laquelle ils n’appartiendront jamais.

30. Le corollaire à la révolution apportée par le courriel en tant que moyen gratuit, aisé et immédiat de correspondre par écrit avec quiconque en n’importe quelle partie du globe, sera la publicité volontaire, accidentelle ou malignement intentionnelle de la correspondance privée. De par sa structure numérique et l’éventail croissant des outils mis à disposition - où la reproduction illimitée du message le dispute en importance et en effets à la multiplication des destinataires - les conséquences dépasseront l’imagination.

31. Premier vecteur de transmission de virus informatiques comme de rumeurs et de fausses nouvelles, le courriel se distinguera par la signature indélébile de son expéditeur : son identité, le lieu d’où il l’a envoyé, le système et le type même d’ordinateur depuis lequel il l’a écrit.

32. Cette preuve d’authenticité assumée de bonne foi dans maints cas de correspondances commerciales ou professionnelles par exemple, sera, en toute circonstance et quelles que soient ses intentions, le meilleur moyen de retrouver la trace de son auteur. Quant aux clés de cryptage dont aucune n’est inviolable dans l’absolu, leur seule présence ne rendra que plus suspects ceux qui en auront fait usage.

33. Nous amènerons les internautes à nous confier machinalement leur identité, leur adresse, leurs coordonnées bancaires comme leurs secrets les plus inavouables. Nous nous assurerons que les plus méfiants le fassent par inadvertance.

34. En connectant l’internet, la télévision et le téléphone à un seul flux de communication, nous en saurons plus sur chaque membre d’un foyer que ce que chacun d’eux pris séparément pourrait connaître de l’autre.
35. Nous multiplierons les déclarations de bonne foi sur la préservation des données personnelles et leur caractère temporaire, tout en travaillant d’arrache-pied à rendre leur collecte toujours plus facile, vorace, et leur stockage, illimité dans l’espace et le temps. Nous ne rendrons aucun compte sur l’usage que nous en ferons, notamment leur revente à la découpe.

36. Après l’âge du texte, viendra celui de l’image fixe, puis de l’image animée.

37. Sans cesse retravaillées, honnêtement ou avec malice, dans le dessein d’informer, plaire, nuire ou amuser, les images perdront à jamais leur vérité ontologique, déjà relative.

38. Étant donné la disparité des équipements et liées aux possibilités offertes d’en corriger les défauts, tant à l’émission qu’à la réception, les reproductions d’images les plus célèbres comme les œuvres d’art atteindront de tels sommets dans la disparité des formes et des couleurs que nul ne saura distinguer l’original de la mauvaise copie faute d’avoir accès au mètre étalon.

39. De toute manière, selon le principe qui veut que ce qui ne se voit pas sur internet n’existe pas, la raréfaction en ligne des images originales, ou mêmes retouchées, portant sur un sujet donné par rapport à tous les dessins, tableaux, photographies, artefacts existants, en dépit de leur profusion apparente, entretiendra l’acculturation amnésique de la majorité des internautes.

40. Alors qu’ils quitteront peu à peu leurs habitudes télévisuelles, comme celle de lire en général, nous inciterons les internautes à passer du temps à regarder des vidéos.

41. Nous créerons de l’intérêt en alimentant internet par du contenu télévisuel daté à forte valeur émotionnelle - historique, politique ou populaire - qui suscitera de la nostalgie tandis qu’en parallèle les moyens numériques permettront à tous d’inonder le réseau d’images de soi, de ses proches ou de ses animaux.

42. Un point de non retour sera atteint lorsque les internautes commenteront des extraits d’émissions qu’ils auraient déjà pu regarder par eux-mêmes la veille à la télévision, sans l’avoir fait ni se donner la peine d’y jeter un œil, mais simplement en réaction aux propos d’autrui.

43. La numérisation de l’image et du son démocratisera dans un premier temps l’accès à la musique et aux films. Dans un deuxième temps, concomitant, la gratuité et la disponibilité sans cesse renouvelée habitueront quotidiennement les internautes à se satisfaire d’en écouter et en regarder dans les pires conditions visuelles et sonores possibles.

44. En diffusant couramment les films par bribes ou extraits d’une qualité d’enregistrement souvent médiocre, nous ferons, par effet de lassitude, perdre de vue l’importance de regarder une œuvre dans son intégralité.

45. Il en résultera une culture de catalogue où un échantillonnage disparate de piètre qualité aura valeur d’humanités.

46. Indépendamment de la valeur intrinsèque des documents, nous lancerons l’usage de noter ce que l’on voit, favorisant ainsi une habitude de compétition publicitaire basée sur la loi du plus grand nombre qui faussera encore davantage le jugement.

47. Plus rien ni personne n’étant à l’abri, et le droit à l’image si continuellement bafoué, que des principes autrefois primordiaux comme la fierté, l’honneur, la honte ou l’humiliation deviendront obsolètes. Ce prix à payer, consistant en l’abandon de sa dignité, apparaîtra bientôt bon marché pour que, personnalités comme anonymes, tous continuent à mener carrière et vie de tous les jours.

48. Nous veillerons par ailleurs à ce que les images plus plus crues, choquantes et dégradantes soient accessibles aux enfants en rendant les messages d’avertissement et les mesures de protection aussi poreux qu’attractifs.

49. Les moteurs de recherche, dont la notoriété obéira aux lois de l’offre et de la demande tempérées par des disparitions ou apparitions aussi subites qu’incompréhensibles, comme tout ce qui touche à l’internet, donneront des résultats régulièrement changeants dont la pertinence ne pourra être prise en défaut puisque les milliers, millions voire milliards de réponses rendront la tâche insurmontable.

50. L’engouement pour iceux dû à leur facilité d’utilisation et l’assurance de trouver une réponse toute faite, commode et satisfaisante, conduira à une pratique quotidienne et ordinaire qui sera menée avec d’autant plus de naturel qu’elle suppléera à la perte de savoir et de réflexion croissante qu’entraînera son usage machinal.

51. Pour prétendre pallier l’absence d’orthographe, des dictionnaires à l’exactitude douteuse seront disponibles gratuitement, parfois même intégrés aux logiciels de navigation, en omettant délibérément la grammaire, contribuant ainsi à la destruction de la conjugaison, des accords, de la syntaxe, du langage.

52. Forts du fait que toute évolution nouvelle puisse être considérée comme un progrès, des internautes, parfois renommés, se chargeront d’eux-mêmes de vanter et promouvoir ce qu’ils qualifieront d’enrichissement de la langue.

53. Les interfaces de clavardage et les messageries instantanées agrémentées de ouaibe cam réduiront la conversation à la principale dimension de se savoir vu en train de parler. Au début volontaire, cette exposition constante deviendra nécessaire puis normale.

54. Grâce aux émoticônes, les jeunes utilisateurs, friands d’accessoires simplificateurs, tendront à limiter leurs échanges en ne conversant que par des symboles prêts à l’usage indiquant à leur interlocuteur un état d’émotion aisément car communément intelligible.

55. Accessoirement, il est à envisager comme une perspective crédible le fait que les prochaines générations, habituées dès le plus jeune âge à l’utilisation d’un clavier, puissent connaître l’alphabet sans avoir jamais en avoir acquis la maîtrise scripturaire, au sens traditionnel du terme.

56. Le brouhaha des conversations sur un forum rendra sourds ceux qui avaient l’ouïe la plus fine.

57. Attachés aux détails, les internautes n’auront plus de vue d’ensemble de l’état du monde. Ils en conserveront néanmoins l’illusion dans le confort de retrouver des opinions divergentes sur un seul et même sujet ou la confrontation d’idées communes sur des sujets différents.

58. Les internautes se regrouperont en clans, chapelles, territoires de pensée dont le plus petit dénominateur commun sera généralement la pratique collective d’une activité sans conséquence ou autour d’un centre d’intérêt ne prêtant pas à polémique.

59. Les discussions politiques ne donneront lieu à aucune action concrète puisque la peur d’être repéré, plus forte que le besoin ou la nécessité exprimée d’agir, tempérera les ardeurs.

60. Les quelques audacieux qui iront s’aventurer chez l’ennemi ne remarqueront pas que son territoire est aussi clôturé que le leur, ni que celui-là est tout aussi convaincu de détenir les cartes les plus à jour.

61. Quand bien même s’en apercevraient-ils, cette mise à jour topographique ne leur sera d’aucune utilité dans l’univers en vase clos et tautologique qui sera le leur.

62. L’anonymat sera érigé en vertu cardinale de cette nouvelle forme de liberté d’expression.

63. Cette précaution, favorisant une distinction entre public et privé et garante d’une certaine licence de ton et d’opinion, sera propice à toutes les dissimulations. Elle entraînera toutes les dérives possibles d’usurpation de fausses comme de véritables identités dont la première des conséquences sera de douter systématiquement des propos d’autrui. Certains se feront passer pour ce qu’ils ne sont pas afin de mieux faire passer leurs idées auprès d’autres qui les entretiendront dans l’illusion contraire.

64. L’attrait et le pouvoir de séduction que procure une opinion hors-norme, décalée ou supposée subversive, et la possibilité de tenir des propos invérifiables, entraîneront l’éclosion de petits gourous dont l’écrasante majorité des disciples n’aura jamais vu le visage, ni ne pourra garantir l’authenticité d’un seul fait de leur biographie.

65. Il n’y aura plus une mais quantité de vérités, interchangeables, équivalentes, opposables.

66. Les citations autrefois dignes de foi varieront d’un adjectif à tout le sens d’une phrase, en passant par l’identité de son auteur.

67. Nous entretiendrons jusqu’à l’absurde cette prétendue tradition déontologique de “sourcer” ses dires alors que la multiplications de copies de documents repris, transformés, modifiés, de facture plus douteuse les uns que les autres, rendront impossible de remonter à l’origine d’une information, pût-elle s’avérer exacte ou infondée.

68. Les esprits les plus éveillés seront contraints de lâcher prise devant l’ampleur de la tâche qui consiste à contredire le mensonge manifeste. Ils ne feront plus l’effort d’apporter eux-mêmes depuis leur bibliothèque, à l’intention de leurs contradicteurs, des éléments pouvant étayer leurs argument mais se résigneront à les rechercher sur l’internet.

69. Par voie de conséquence, les mêmes faits, les mêmes situations, les mêmes personnages, les mêmes citations, les mêmes liens, vrais ou faux mais inlassablement recherchés puis repris comme argument dialectique ultime, seront immanquablement utilisées en référence, achevant de rendre vaine toute discussion pouvant déboucher sur la vérité.

70. Nous regarderons disparaître à loisir les rares sites intellectuellement subversifs, c’est-à-dire mettant en ligne, donc à disposition, des bases de données - documents, livres, textes, témoignages, illustrations, archives etc. - difficilement consultables autrement par les non-spécialistes.

71. Pour ce faire, nous nous reposerons sur les mesures de censure qu’établiront chaque État - les plus démocratiques étant les plus prompts et les plus habiles à légiférer en ce sens dès qu’il s’agit d’œuvrer pour la protection de l’individu ou la préservation des libertés.

72. Nous saurons aussi compter sur ces fidèles alliés que sont la paresse, l’ennui, le manque de considération, le désespoir, l’orgueil, la jalousie, la malveillance, la mort, la panne… Sans négliger les contingences financières qu’impliquent la location d’un serveur.

73. Nous ne nous donnerons pas la peine de supprimer les ouvrages subversifs qui resteraient accessibles aux plus opiniâtres : ils se plieront d’eux-mêmes à cette réalité selon laquelle les populations lisent peu et encore moins en ligne.

74. Les livres, qu’ils soient savants, populaires, interdits ou auto-publiés, se réduiront par la force des choses à des titres - éventuellement les seules mêmes citations - dont personne n’ira vérifier la pertinence ou la fausseté quand ils interviendront dans un débat. Au contraire, les internautes suivront le pli familier de commenter les commentaires d’autrui sur un ouvrage ou une œuvre que personne n’a lu ou vue.

75. Le caractère gratuit et immédiatement disponible de la plus grande part de tout ce qui est présent sur internet fera perdre le sens de l’effort, du travail rétribué, comme le respect de la valeur des choses, idées ou produits manufacturés.

76. Quant à la valeur fiduciaire de l’argent, déjà réduite à néant dans ce qu’il est convenu d’appeler l’économie réelle, nous lui porterons le coup de grâce en incitant chacun à confier à internet la gestion de ses revenus. Nous mettrons à sa disposition des moyens attrayants et faciles d’utilisation sur lesquels il n’aura aucun contrôle, et propices au piratage.

77. En laissant se développer des plates-formes de ventes aux enchères, nous élèverons l’acte de se débarrasser de ses cadeaux de Noël au rang d’activité sociale.

78. Nous promouvrons le mode de paiement électronique afin que les internautes ne quittent plus l’internet, et l’étendrons progressivement à l’ensemble des domaines - achats de biens et services, locations, dons, legs, transactions financières diverses, prostitution - qui demandaient naguère un contact physique avec le client.

79. Le succès d’enseignes commerciales virtuelles, érigé en modèle économique, confirmé par des contre-exemples individuels soigneusement choisis, répandront l’espérance fallacieuse qu’il peut être viable au niveau de la micro-entreprise.

80. Le sexe sera favorisé de sorte que tout un chacun puisse découvrir en quelques minutes l’éventail exhaustif des pratiques sexuelles jusque-là ignorées de la majorité.

81. Nous banaliserons son accès jusqu’à proposer à quiconque d’accroître ses revenus en lui fournissant la gérance de sites pornographiques clefs en main.

82. L’abondance d’images pornographiques sera tellement rentrée dans les mœurs que la mise en ligne de scènes où l’on se montre soi-même se livrant à une activité sexuelle ne sera pas considérée comme plus impudique qu’une photo de famille.

83. Tout en affectant de militer pour la protection des mineurs, nous ferons occuper aux enfants une place de choix dans ce programme, tant en qualités d’acteurs que de spectateurs.

84. Le bien et le mal, le vice et la vertu, le vrai et le faux, le beau et le laid cohabiteront avec un bel ensemble dans cet univers où la médiocrité sera la norme, l’indigence, commune, et l’excellence, un hasard auquel il conviendra de remédier.

85. Le relativisme érigé en référence universelle sapera la foi des croyants fragiles. Dieu sera considéré sur internet comme une opinion parmi d’autres, ayant ses thuriféraires et ses détracteurs, et l’hypothèse de son existence, évaluée au prorata de ses occurrences sur les moteurs de recherche.

86. Les gens, ayant perdu le goût et l’effort de penser par eux-mêmes, se réfugieront alors dans l’habitude d’en écouter d’autres leur apprendre ce qu’ils savaient déjà.

87. Les mises en garde contre ses dangers et l’aliénation qu’il risque d’entraîner connaîtront l’effet limité et contre-productif que déclenchent les voix isolées.

88. Nous pourrons enfin contrôler l’humanité en lui ayant fait adopter un moyen de communication révolutionnaire qui l’aura conduite à sa perte.

Ouaïte Poher

mars 31, 2008 by Côte-Rôtie

A force de parler du sexe des anges, l’on finit par couper les poils de cul en quatre.

Depuis que la question “Qu’est-ce qu’être Français ?” a été battue en brèche sous les effets concomitants d’un droit du sang perdu au profit de celui du sol, de “valeurs” républicaines dont le prix aura été de dévaluer mille cinq cents ans d’histoire et, last but not least, d’un relativisme ambiant tenant lieu de pensée dominante, la nationalité est accordée plus généreusement qu’un droit d’entrée dans une boîte de nuit, de nouveaux arrivants font valoir que leurs origines culturelles, ethniques, pourtant fort éloignées des nôtres, les prédisposent à être aussi Français que nous, et nos propres concitoyens certifiés AOC sont subitement pris d’un doute quant au bien-fondé de leur identité.

Depuis peu, le terrain de l’identité s’est déplacé - replacé serait plus exact - à un niveau régional. Idiots utiles de l’entreprise Européenne ™ de destruction des nations, les Zids jouent de cette carte ancienne qui a l’avantage de préserver un enracinement géographique et culturel dans un cadre appelé à disparaître. Avantage relatif quand on connaît la conception “régionaliste” d’un Breton fier de l’être comme Morvan Lebesque ou quand, à l’instar d’Alain Soral, on peut croiser un maghrébin se définir Berrichon sans l’ombre d’un sourire chez les deux interlocuteurs.

N’épiloguons pas sur le terreau culturel, historique, religieux, puisque on se fait fort de nous rappeler que, remué sans cesse depuis les origines, il a fatalement perdu tous ses minéraux d’origine. Se définir catho fait ainsi hausser les sourcils des parpaillots - qui ont pour eux le bon goût, et la prudence, de ne pas nous bassiner avec la Saint-Barthélemy - se gausser les païens fraîchement convertis - qui ne connaissent souvent de Stonehenge ce que leur octroie Gougueule image quand ils l’orthographient correctement - lever le doigt avec insistance les juifs - surtout d’Afrique du Nord - et pétitionner les athées laïcards - qui n’ont pas besoin d’être franc-mac pour savoir que c’est mal. Et n’oublions pas le premier accessit décerné aux mahométans qui savent depuis Chirac que “les racines de l’Europe sont autant musulmanes que chrétiennes”.

Que nous reste-t-il ? Être Français, qu’est-ce à dire ? Normands ? C’est la branche Provençale de la famille qui râle. Européens, alors ? Mais de quelle Europe, celle du Cap Nord à la Cappadoce ?..

Blancs, donc ?.. Passons sur les anicroches à la Henri Salvador, et admettons que c’est le plus petit dénominateur commun. Seulement viendra le moment où, face aux évidences, on nous demandera de nous déterminer par rapport à une mire et alors, adieu Berthe !

Enfin, quand cette question sera définitivement réglée, et qu’il n’y aura plus de nationalités, ni même de peuples, l’on peut s’attendre à ce que la nouvelle mode introspective s’attaque à l’identité sexuelle. Ayant pris conscience que nous étions des nomades apatrides sans le savoir, il sera temps de se demander si nous ne sommes pas des transsexuels qui s’ignorent.
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Exercice pratique de citoyenneté du monde.

Votre cousin Auvergnat en I est-il plus franco-européen que votre épicier Berbère en F ?

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“Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture greque et latine, et de religion chrétienne.”

“Pour moi, l’histoire de France commence avec Clovis, choisi comme roi de France par la tribu des Francs, qui donnèrent leur nom à la France. Avant Clovis, nous avons la préhistoire gallo-romaine et gauloise. L’élément décisif pour moi, c’est que Clovis fut le premier roi à être baptisé chrétien. Mon pays est un pays chrétien et je commence à compter l’histoire de France à partir de l’accession d’un roi chrétien qui porte le nom des Francs. “

Adolf H.

Charles De G.

Je sais, je sais (Jean M. alias Jean G.), il faut aussi tenir compte du fait que :

« L’homme blanc est mort à Stalingrad »

Louis-Ferdinand C.

Suicides sur ordonnance

mars 30, 2008 by Côte-Rôtie

Pour développer mon pénultième post, j’estime que ces gens qui militent pour l’euthanasie « remboursée par la Sécu », comme je la qualifie, veulent tous les avantages pratiques du suicide * sans les inconvénients moraux .

Étant assisté dans mon exécution - de fait, me donné-je réellement la mort ? là est la question - je n’ai pas à encourir le risque d’un dossier chargé au jour du Jugement Dernier : tout laïque incroyant que je suis, je mets quand même les chances de mon côté et, mine de rien, me décharge sur celui qui m’aura envoyé ad patres. Curieux comme certains principes moraux touchant à l’existence et à son caractère sacré ont la vie dure, même chez les plus publics des libre penseurs. Et quels meilleur moyen de s’en affranchir qu’en cherchant à légiférer sur leur abolition ?

Témoin sur France Inter, hier, au cours d’une émission dont il était l’invité, François de Closets qui a pu, sans contradicteurs, élever la voix et faire de grands gestes indignés avec les bras pour dénoncer le scandale de l’« agonie obligatoire ».

Selon lui, la morale commune voudrait que l’on ne sût mourir sans souffrir, ce qui expliquerait pourquoi une injection de chlorure de potassium encourrait des poursuite au Pénal pour fait d’euthanasie quand une sédation, dont les effets ne sont pas immédiats, l’en absoudrait. Au nom de quoi, en effet, sinon d’un obscurantisme médiéval je suppose, dénieront-on le droit de mourir en douceur ?

Ce « scandale » serait d’autant plus grand, poursuivait-il, qu’il aurait cours dans notre « République laïque » (sic). Je… fais plein de choses pas très propres sur celle-ci - tout en considérant, nolens, volens, qu’elle une évolution politique de facto de l’ histoire de notre pays : on peut être radicalement contre le régime républicain français, nier sa légitimité, on peut difficilement nier sa réalité - mais les questions d’éthique que Closets feint d’ignorer fussent-elles - et elles le sont toutes - des reliquats de la religion catholique, ne me semblent pas a priori incompatibles avec la République laïque. A moins de considérer qu’elle n’en est encore qu’à un stade juvénile de son développement totalitaire, ce que je crois, mais c’est un autre débat.

Quoi qu’il en soit, je ne connaissais pas l’existence de ce pseudo-précepte religieux sur les conditions de notre remise de l’âme à Dieu - nul n’a vocation au martyre, ni à souffrir de la sorte - mais je constate qu’on est en train de mettre sur le même plan le droit à la douceur dans tous les instants de la vie, surtout ceux qui échappent à notre contrôle, avec les avantages pratiques que confèrent l’amélioration du conditionnement des paquets de café. L’accès au Paradis garanti par l’ouverture facile, ça c’est de l’avancée ! Du reste, le même argument de confort prévaut pour le recours systématique à la péridurale, voire la césarienne. Ainsi, la souffrance serait obscurantiste, réactionnaire, misogyne et, n’ayons pas peur des mots utilisés à tort et à travers : catholique.

Je me permets de rappeler que si les douleurs de l’accouchement ont bien un fondement théologique - (Gn., 3, 6), mais puisqu’on ne croit pas en Dieu, hein ? - elles ont aussi une cause physiologique élémentaire dans lequel le Droit Canon n’y est pour rien - je ne vais pas vous faire un dessin. Pourtant, et je parle en toute connaissance de cause, subordonnée à une préparation, une mise en condition attentive, la douleur n’est ni une fatalité, ni une obligation. Bien accompagnée par une sage-femme qui sera présente et aux manettes le jour de l’accouchement - c’est encore un luxe mais, financièrement mieux prise en charge, ce serait une mesure plus incitatrice et utile que la thalassothérapie - une mère peut et sait s’en passer. Ensuite, s’il y en a qui préfère accoucher d’un enfant comme on télécharge un gros .pdf, c’est leur choix…

Pareil pour le passage de vie à trépas. S’il existait un procédé  imparable, absolu, garanti ou remboursé dix fois son prix, de tuer sans souffrance aucune un être humain, on l’aurait sans doute trouvé depuis le temps que l’homme exécute ses semblables par tous les moyens techniques, mécaniques, agricoles ou scientifiques dont il dispose. Enfin, tant qu’il ne s’agite pas dans tous les sens en hurlant comme un goret, les bonnes âmes sont rassurées : il n’a pas souffert. En tout cas, ça ne se voyait pas, et c’est tout ce qu’on lui demande.

J’ai assisté à l’agonie de ma grand-mère, j’étais présent quand un prêtre Basque lui a accordé l’extrême onction quelques heures avant sa mort, en lui parlant avec confiance de Dieu, de Jésus-Christ et de la Saint Vierge avec des mots apaisants, plein d’espoir et d’amour. Je ne sais si elle a souffert - je ne crois pas, étant sous morphine - mais je puis dire qu’elle est morte en paix avec infiniment plus de dignité que ceux qui préfèrent être piqués comme des animaux.

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(*) Quitte à défendre ce droit, et être cohérents, que ne réclament-ils pas la levée de l’interdiction qui pèse toujours sur « Suicide, mode d’emploi » ? Assortie d’une interdiction de vente aux mineurs, cela va de soi. Ce sera toujours plus prudent et moins compliqué à mettre en œuvre que de leur ôter de l’esprit et de l’âme ce désespoir qui les pousse à se flinguer de toutes les manières, quitte à emporter quelques-uns de leurs camarades de Lycée au passage, comme cela tend à devenir la mode.

Apprenons le geste qui sauve

mars 30, 2008 by Côte-Rôtie

Rappel de quelques petits principes de prudence élémentaire pour éviter de laisser des - trop grosses - traces de doigts partout :

- Ayez toujours une ou plusieurs adresses courriel alternatives, que vous utiliserez dès que vous envoyez de vos nouvelles à quelqu’un d’autre que papa-maman (gmail, yahoo, hotmail, la poste etc. en fournissent gracieusement) ;

- si vous devez vous inscrire à un forum, n’hésitez pas à abuser des adresses jetables (mailinator.com for instance) ;

- dans l’idéal, changez de service pour vos différentes adresses, ex. : monvrainom@truc.com et monpseudo@bidule.net ;

- les adresses de boulot ne concernent QUE le boulot. Même - et surtout… - si vous êtes l’unique employé d’une TPE ;

- n’enregistrez pas les mots de passe d’accès aux sites, fora, blogs persos sur votre ordinateur (évitez autant que faire se peut de les inscrire sur des post-it collés sur votre écran) ;

- ne rentrez pas votre nom de famille sur les sites de généalogie (demandez les informations directement à celle de vos tantes dont c’est le passe-temps) ;

- ne vous inscrivez pas à Fesse Bouc sous votre véritable patronyme. Même pour voir ;

- en règle générale, ne donnez aucun renseignement personnels exacts, pas même votre date de naissance, quand vous remplissez les champs d’informations ;

- supprimez vos cookies au moins une fois par jour (moyen mnémotechnique : avant de vous brosser les dents) ;

- pour les très grands paranos, n’envoyez et ne consultez les courriels de votre adresse bis qu’en ligne (ne configurez pas ce compte sur votre ordi par apple mail, windows mail, entourage, thunderbird…) et via un anonymyzer ou un proxy. Depuis un cyber café c’est encore mieux ;

- le nec plus ultra étant encore de ne pas se servir du ouaibe…

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Connectés comme nous le sommes via une box ™ unique, il est patent que nos Fournisseurs d’Accès à Internet et à la Boîte À Cons peuvent établir le relevé détaillés de nos connexions, comme de notre zapping, sans rien dire des coups de fils passés. Je ne me suis pas penché sur la question, j’imagine que ça doit encore coincer aux entournures à cause de ce Judenrat des libertés informatique qu’est la CNIL, mais il est évident qu’à terme, si ce n’est déjà fait, Médiamétrie et consorts n’auront plus besoin d’équiper leurs panels d’équipement spécifiques : leur propre télécommande suffira amplement, pour prendre un exemple trivial. Quant à toutes les autres conséquences, en terme de discrétion de plus en plus relative des communications que nous pouvons espérer preserver par l’entremise des services de GrandFrèreTelecom, je vous laisse le soin d’y songer tous seuls. Vous êtes grands.

Me fait penser que j’ai un brouillon qui traîne sur les dangers du ouaibe, concernant l’addiction, l’illusion platonicienne de la réalité et l’accès spectaculaire à l’information. Quand je viendrai à bout de ma cossardise, je mettrai alors la dernière main à cet exercice de style conspirationniste que j’ai déjà intitulé “Protocoles des Sages de l’Internet”. Le titre claque bien et me permet de prendre date, le cachet du post fera foi en cas de litige ou plagiat (Tu parles, Charles !).

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Godwin *, bientôt prix Nobel de médecine ?

mars 26, 2008 by Côte-Rôtie

Petite information apprise sur le forum de Desouche. Je vous épargnerai les mauvaises comparaisons sur le thème d’une n’ième histoire Belge : cette variation dans le “débat” sur l’euthanasie - dont les discussions ont pris un tour européen ™ - n’est que la bande-annonce d’un futur projet de loi. Ou, restons optimistes, n’est qu’un franchissement de borne pour mieux asseoir la nécessité de légiférer en faveur de l’euthanasie des vieux.

L’Open Vld annonce de nouvelles initiatives en vue d’étendre la loi sur l’euthanasie aux enfants et aux personnes âgées en état de démence, éventuellement avec une majorité de rechange. C’est ce qu’indiquent mardi les journaux De Standaard, Het Nieuwsblad, Het Volk et De Morgen. Le Premier ministre Yves Leterme (CD&V) ne les arrêtera pas.

Le week-end a été marqué par des critiques émanant du monde catholique, notamment via l’homélie de Mgr Danneels, à la suite de l’euthanasie dont à bénéficié l’écrivain flamand Hugo Claus. Après qu’Etienne Schouppe (CD&V) ait laissé entendre qu’il existe un gentleman’s agreement au sein de la majorité pour ne pas polémiquer sur des dossiers éthiques, le chef de groupe Open Vld à la Chambre, Bart Tommelein lui a répondu qu’il n’y a rien dans l’accord gouvernemental sur ces questions. “Nous chercherons, en tant que groupe libéral, des majorités parlementaires là où c’est nécessaire”. M. Tommelein pense à une extension de la législation sur l’euthanasie aux mineurs et aux déments.

Le porte-parole du Premier ministre, Yves Leterme, a admis que le CD&V ne peut rien contre la recherche d’une majorité alternative par les libéraux en vue d’une extension de cette loi. Paul Wille (Open Vld) annonce d’ores et déjà qu’il sortira du tiroir au Sénat les propositions sur une extension de l’euthanasie aux mineurs et aux personnes en état de démence. “Je ferai de mon mieux pour convaincre aussi des sénateurs CD&V”, précise-t-il. (belga)

(Suivez la direction de la baguette de sourcier)

(*) Le Godwin du point éponyme, bien entendu.

« Tu n’es pas ton travail »… mais quand même…

mars 26, 2008 by Côte-Rôtie

Une brève réflexion de Zentropa sur le boulot. Cavalier solitaire et élégant du ouaibefacho, allant son petit bonhomme de chemin, jamais un mot plus haut que l’autre, égrenant ses pages d’illustrations et de citations précieuses zé variées tel un petit poucet semant avec soin son savoir amassé, il a été l’une de mes plus anciennes étapes de pérégrin du clavier. Sa constance, en ces contrées où les villes champignons laissent parfois place aux villes fantômes avec la soudaineté d’une averse de grêle au mois de mars, me rassure.

Afin de ne pas me limiter à faire le coucou dans son article, j’ajoute que, pour ma part, et quels que soient les nombreux emplois sérieux ou estivaux que j’ai occupé, j’ai toujours eu à l’esprit de ne jamais avoir honte de ce que je pourrais faire. Je dois cependant confesser une incartade à ce principe, bien qu’à mon corps et ma volonté défendants. Pas même bachelier à l’époque, répondant à une annonce aussi brève qu’alléchante de boulot de vendeur faisant miroiter des pourcentages séoudiens, je me suis retrouvé à placer des héliogravures à des gens sans le sou que je bombardais de bobards, dans des cités HLM de villes de la grande banlieue parisienne aux noms chargés d’histoire. J’ai tenu une journée. Il m’est arrivé depuis de négocier et d’obtenir de très confortables salaires auprès d’employeurs qui en avaient les moyens pour des travaux qui ne les valaient peut-être pas - juste retour des choses par rapport à des situations contraires - mais je me suis juré de ne plus jamais gagner de l’argent en l’extorquant aux pauvres.

Sinon, de manière plus éthique encore, dans la présente voie qui est la mienne où je suis amené à relayer ou faire passer des “idées”, je peux toujours, avec une certaine fierté, si, si…, me regarder dans la glace en me disant que pas une fois j’ai commis quelque chose, ou m’en suis rendu complice, qui soit contraire à mes principes.
Après, la vie, c’est autre chose, mais là-dessus, dans ce domaine au moins, non.

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“Le rendement prévu et le degré de risque ne peuvent être les seuls critères pour un investissement, le choix d’investir en un lieu plutôt que dans un autre, dans un secteur de production plutôt que dans un autre, est toujours un choix moral et culturel.” (Doctrine sociale de l’Eglise, “Epargne et consommation”)

“Si le martyre représente le sommet du témoignage rendu à la vertu morale, auquel relativement peu de personne sont appelées, il n’en existe pas moins un témoignage cohérent que tous les chrétiens doivent être prêts à rendre chaque jour, même au prix de souffrances et de durs sacrifices.” (Jean Paul II)

Ces deux sentences, qui peuvent aisément sortir du cadre de la religion et servir de préceptes à toute éthique militante, montrent bien que notre activité économique et donc professionnelle n’est pas, ne peut pas être, « neutre ».

Les métiers que nous occupons représentent, tout du moins en termes de temps consacré, une part considérable de nos jours. Comment pourrions-nous être autre chose que d’inutiles tartuffes si ces emplois contredisent radicalement, par leur nature, leurs expressions et leurs conséquences, les engagements et convictions que, parallèlement, nous prétendons avoir ? Quel sens autre que celui de ridicule gesticulation peut avoir le collage anticapitaliste ou la conférence sur la justice sociale du week-end si le reste de la semaine est consacré, plus de 40 ou 50 heures, à être le serviteur empressé de la finance ou de la publicité ?
Il n’y a pas d’efficacité politique sans cohérence personnelle.
« Il faut bien vivre ! » s’exclame le chœur des prétendus pragmatiques. Certes. Mais à qui fera-t-on croire qu’aujourd’hui en France la seule alternative possible est entre l’école de commerce et la misère noire, le master en marketing et le trottoir, la fusion-acquisition et la roulotte ?
Même si toute activité salariée est susceptible d’induire un certain nombre de compromis, il subsiste néanmoins indiscutablement des professions qui, à défaut d’être toujours absolument dignes, restent néanmoins décentes (enseignement, recherche, artisanat, agriculture, commerce individuel…) tandis que d’autres, participant activement à la défense et la consolidation du système, sont abjectes par nature et peuvent être assimilées à des actes de collaboration (publicité, finance, télévision, grande distribution…).

Pour être clair, on peut faire proprement ou salement de l’agriculture mais on ne peut faire que salement de la « vente de téléphonie mobile » ou du placement de « crédits à la consommation » puisque l’objet même de l’activité est ignoble.
Et qu’on ne vienne surtout pas parler « d’entrisme », ce mot inventé pour justifier son goût pour le confort et les dorures du système et qui n’a jamais eu d’autres résultats que le développement de l’embonpoint de ses promoteurs.
JesusFranco

Lundi de…

mars 24, 2008 by Côte-Rôtie

 

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Mais l’ange prit la parole et dit aux femmes :

“Ne craignez point, vous : je sais bien que vous cherchez Jésus, le Crucifié.

Il n’est pas ici car il est ressuscité, comme il l’avait dit.”

Mt., 28,  6-7

Maths modernes et matières premières

mars 13, 2008 by Côte-Rôtie

Sachant qu’un baril de pétrole brut dont le prix tourne autour de 100 $ contient grosso modo l’équivalent de 300 pintes et que le litre de super est servi 1,50 € à la pompe ; sachant d’autre part que le porc sur pied se négocie à à 1,20 € les deux livres et que le jambon en tranche se vend dans une fourchette de 20 à 40 € le kilo, il ressort, sur la base d’1 € à 1, 50 $,  que le jambon a un coût de fabrication 26 à 53  fois plus élevé que le litre de carburant après raffinage, pour un prix de matière première au départ égal à un peu moins du double.

Il y a certainement une morale à tirer de cela, je ne l’ai pas trouvée, et je m’en fous un peu. Mais ça fait quand même cher…

Le visage de Vercingétorix a été reconstitué!

mars 2, 2008 by Côte-Rôtie

Sub est en mode « VIP » depuis presque un an, c’est à dire que seuls les détenteurs de la carte de membre qui n’ont pas effacé leur cookies sont habilités à poster. Conditions de plus en plus draconiennes qui, rajoutées au manque de contradicteurs, refroidissent plus d’une ardeur.

À la suite d’une fausse manœuvre ou d’un acte de repentance nostalgique, le Bureau de Sub a levé la grille quelques jours, au tournant du mois de Mars. Trois trolls et autant de vieux habitués ont joué à l’anesthésiste avec ce forum plongé dans un coma végétatif. L’expérience n’ayant pas été jugée concluante, le ménage a été fait et les catacombes rescellés. Par précipitation ou manque de discernement, un post de Néron en a fait les frais. Un post à sa manière, plein de haine, d’ironie et de jonglage adroit avec les sujets d’actualité qu’il eut été regrettable d’abandonner aux limbes.

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Après des années de recherche, Yves Coppens et Marek Halter sont parvenus à reconstituer le visage de Vercingétorix.
Faisant suite à la diffusion officielle du portrait robot de notre héros national, le président Sarkozy a réuni une commission chargée de restaurer dans la conscience populaire notre négritude bafouée par deux mille ans de colonisation gréco-latine. Après avoir initialement protesté contre l’enseignement obligatoire du wolof, Simone Veil s’est dite finalement convaincue du bien fondé de cette mesure, à condition que locuteurs du lingala ne se sentent pas exclus par une réforme aussi abrupte. Pour faire bonne mesure, les émissions des chaînes publiques seront donc sous-titrée dans cet idiome tant apprécié dans les quartiers populaires.
Rama Yade s’est elle aussi emparée du dossier et a convoqué sans délai l’ambassadeur d’Italie afin d’exiger réparation pour le calvaire infligé à son ancêtre gaulois. Face à l’urgence, Louis Schweitzer, président de la Haute Autorité pour la Lutte contre les Discriminations et l’Exclusion a mandaté Dieudonné pour aller faire du testing dans les pizzerias de la capitale. La chaîne de restauration “Le Bistrot Romain” a été condamnée pour incitation à la haine raciale et va devoir changer d’enseigne. Carole Bouquet et Gérard Depardieu se sont proposés pour racheter l’ensemble des établissements pour un euro symbolique.
Par ailleurs, l’ouvrage révisionniste “La guerre des Gaules” a été saisi et passé au pilon. La FNAC l’avait déjà retiré de ses rayons dès les premières rumeurs. Son auteur qui n’est autre que Julius Caesarius est en fuite. Un mandat international a été lancé à son encontre par madame Carla del Ponte. L’arrestation de quelques 3287 professeurs de latin n’a pas encore permis de retrouver sa trace, tant les témoignages divergent. Serge Klarsfeld, a entrepris de traquer le criminel de guerre, de manière totalement désintéressée puisque la prime promise pour sa capture sera intégralement reversée à une fondation d’aide aux avocats nécessiteux que préside son épouse. Après avoir visionné en compagnie d’experts l’accablant documentaire « deux heures moins le quart avant Jésus-Christ », le célèbre justicier a démontré que les allégations de Tite-Live ne sont qu’une ruse grossière destinée à dissimuler la cavale de l’empereur déchu sous une abracadabrante histoire de parricide.
A l’occasion de sa nomination comme secrétaire perpétuel de l’Académie Française, Stéphane Pocrain, fondateur du Comité Représentatif des Associations Noires, a annoncé la suppression immédiate des sinistres pages roses du dictionnaire, dont “les maximes latines sont l’écho d’une domination culturelle intolérable”. Christiane Taubira a renchéri en réclamant que l’ensemble de l’ouvrage soit passé au crible afin d’effacer toute trace de la langue de l’ancien occupant. A l’issue de cette indispensable cure de jouvence, il devrait nous rester près de cent vingt mots d’usage courant, ce qui est plus que suffisant pour retrouver un niveau de civilisation compatible avec notre lignage et facilitera l’apprentissage du français par les nouveaux immigrants.
En visite au Parc Astérix en compagnie du couple présidentiel, Madame Condoleeza Rice a procédé à l’inauguration d’un mémorial que les enfants des écoles devront impérativement visiter pour voir leurs études validées. Ces dernières seront d’ailleurs raccourcies à trois ans, ce qui permettra de réduire le nombre d’enseignants et livrera sur le marché du travail une main d’oeuvre apte à relancer la croissance sans attendre ce que Jacques Attali appelle “cette première vieillesse qu’est la puberté”. Ce dernier a félicité le président Sarkozy pour le nouvel élan qu’il a su insuffler à « une France décomplexée qui renoue avec ses belles racines humanistes ».

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Much ado about nothing

février 23, 2008 by Côte-Rôtie

ou : pensez-vous sincèrement que cet effet d’annonce ainsi que le barouf ordinaire et téléphoné qui l’accompagne va changer le cours des choses ?..

Petit commentaire d’un article du Monde, paru ce jour.

 La gauche et des associations s’opposent à la remise en cause du droit du sol à Mayotte

Les déclarations du ministre de l’outre-mer, Christian Estrosi, interrogé sur France 2 vendredi 22 février, ont suscité de vives critiques de la part de l’opposition et des associations. M. Estrosi a proposé de remettre en cause le droit du sol à Mayotte, une “décision exceptionnelle qui fasse que tout enfant né de parents en situation irrégulière ne puisse plus réclamer son appartenance à la nationalité française”. Il entend ainsi lutter contre l’immigration clandestine sur cette île française de l’océan Indien où “30 % de la population est en situation clandestine, irrégulière” et qui pourrait “être majoritaire dans dix ans”. [La population est composée d'un tiers de clandestins. Un tiers. Et le robinet est grand ouvert. Faut-il rajouter un commentaire à cet état des lieux ou les gens ne savent-ils pas lire ?]

Le député apparenté PS de l’Aisne René Dosière s’est insurgé contre “cette remise en cause du droit du sol” qui est à la fois “inefficace, irresponsable et dangereuse”.  [M. Dosière doit être du genre à préconiser l'installation d'un rideau anti-mouche en lamelles de plastique à l'entrée des bijouteries de la Place Vendôme pour lutter de manière "efficace, responsable et prudente" contre les vols à main armé.]  ” Profondément scandalisée” par cette annonce, Eliane Assassi, sénatrice communiste de Seine-Saint-Denis, a dénoncé des déclarations “qui ouvrent une brèche dans la remise en cause du droit du sol, lequel a pourtant été au fondement de la République et de la société française”.  [Fondement, mon cul !]  Mme Assassi s’inquiète d’une éventuelle “extension” de ce projet “à d’autres territoires français, voire à la France métropolitaine”.  [D'autres auraient tendance à s'en réjouir, mais pas de faux espoirs : le jour où un gouvernement prendra l'initiative d'un référendum sur la question, le bambara, l'arabe et le... - quelle langue parle-t-on à Mayotte et dans les parages ? - seront majoritairement les langues maternelles de nos concitoyens.]

“SUSPENDRE LA LÉGALITÉ RÉPUBLICAINE”

Du côté des associations, les réactions sont aussi vives. Dans un communiqué, France Terre d’asile a qualifié de “provocations” les propos de M. Estrosi qui touchent au “sacré de la République, le droit du sol”.  [ Machinalement, quand on associe les mots "sacré et "sol", me viennent à l'esprit des couplets d'une vieille chanson d'autrefois où il était question d'une flamme sacrée qui montait du sol natal, mais pas du droit des peuples à disposer d'un passeport français par la grâce d'une sage-femme.] Elle a fustigé la stigmatisation “de l’immigré, éternel fraudeur, abusant de l’hospitalité (…) détournant les lois” que M. Estrosi “espère sans doute productive à quelques encablures des élections municipales”. [Si c'est le miracle de la "stigmatisation" qui la gêne, je suis d'accord pour la remplacer par des actions plus rationnelles telles que "clouer au pilori", puis "éjecter sans autre forme de procès".]  SOS-Racisme a fait part de son “indignation” et a demandé au gouvernement de “renoncer” à cette proposition “intolérable” de M. Estrosi.  [La publication d'un communiqué dans un quotidien doit obéir à des mots-clefs. "Indignation", "intolérable", scandale", "valeurs de la République", "sos racisme", "comme c'est triste" font d'évidence partie de la liste.]  Selon SOS-Racisme, cette mesure “ne répond en rien au problème de l’immigration (…), occulte ce qui serait une vraie solution : le codéveloppement (…) et revient, ni plus, ni moins, à suspendre la légalité républicaine”.  [En l'occurrence, elle est tout sauf "occulte", ce serait plutôt sa trop grande "visibilité", le soucis.]

Le président du MoDem, François Bayrou a, lui, reconnu qu’il fallait trouver “une autre règle”. Il a appelé à “ne pas en faire un sujet passionnel” bien qu’il faille “trouver une solution pour éviter que ces déséquilibres s’accroissent” à Mayotte.  [Très bien. Mais quelle règle, quelle solution, propose-t-il, alors ? Allo ?.. Toujours fascinant, ces gens qui ambitionnent de diriger le pays et sont capables de parler pour ne rien dire sans se liquéfier de honte. Ni que personne ne leur lance des pierres. Ou des tomates.] Le juriste spécialisé en droit constitutionnel, Guy Carcassonne, a jugé qu’un aménagement du droit du sol n’était pas “contraire à la Constitution”. M. Carcassonne a rappelé que “le droit du sol [avait] été reconnu par les lois de la République, mais ce n’[était] pas du tout un principe constitutionnel”. “Ce droit a été fait en 1889 pour répondre aux exigences de la conscription dans l’idée d’une revanche contre l’Allemagne.”  [ Merci, M. Carcassonne, pour ce rappel constitutionnel qui donnera de quoi alimenter les pages "débats" de nos colonnes, vous pouvez regagner votre bocal à formol.]