Soirée cinoche à la téloche

Le service public nous gâte. Hier soir, France 3 nous contait avec Le Lien la – certainement – tragique mais édifiante histoire d’une femme, Eva qui, croyant sa fille morte à Ochouitsse (© GP), découvre qu’elle a été élevée par un ex-Milicien.

Je dis « certainement » parce que, sans l’avoir vu mais à la lecture d’un synopsis j’avais le vague pressentiment que le scénario ne s’était pas orienté vers un développement un tant soit peu original. La mère tombant amoureuse du père adoptif qui lui relaterait les joyeusetés de l’épuration, tandis que sa fille lui confierait que beaucoup de choses ont été dites sur les camps dont elle-même n’a jamais été témoin, voilà qui aurait renouvelé le genre. Cela étant, le choix d’un personnage de très jeune enfant ayant pu a priori survivre à la déportation, sans être de la science-fiction, était déjà à la limite de l’historiquement incorrect et l’on peut comprendre que le scénariste n’ait pas eu envie de pousser plus loin le bouchon *.

Par acquis de conscience, j’ai feuilleté les premières occurrences Gougueule et ai vérifié que le scénario exhalait une bonne conscience aussi subtile qu’un déodorant de ouatères. Ouf ! Les jeunes continueront donc à savoir quoi penser, et comment le faire.

Dans la même veine de la lampe de bureau braquée sur le spectateur, ce soir, c’est Arte qui régale en nous servant un Bousquet, sa vie, son œuvre, concocté par Laurent Heynemann cuisinant un Daniel Prévost qui, comme nombre d’acteurs comiques flirtant avec la ringardise, considère qu’un rôle de pète-sec constipé lui assurera une bonne nécro dans la remise à jour du Jean Tulard.

Je crains que ce ne soit un peu indigeste, mais je comprendrai que voir Prévost tenter de se faire passer pour Michel Bouquet puisse séduire les amateurs de naufrages.

En revanche, la double satisfaction – fromage et dessert – est venue, encore une fois, de Direct 8, la danseuse de Bolloré qui, fort de son audience nanométrique, se permet une programmation de films dont la qualité, ou la rareté, sont inversement proportionnelles au coût de leur diffusion. En particulier, les comédies françaises des années soixante-dix, quatre-vingt.

Mieux encore, cette prédilection pour les films à rouflaquette et vestes à carreaux, semble refléter autant des contingences budgétaires qu’un goût manifeste pour une programmation « cinéma de quartier ». Alternant avec des nanards certifiés, on découvre, ou redécouvre, des petits bijoux oubliés qui supporteraient à l’aise une première heure sur M6 – au fait, de quand date le dernier film en noir et blanc sur TF1, même publique ?

Hier soir, donc, je revois Les Gaspards, de Pierre Tchernia qui, à ma grande stupéfaction n’a pas pris une ride est s’est même bonifié avec l’âge. Petite ironie attendue de l’histoire, ce film qui hurle contre la modernisation et les grands travaux pompidolesques, notamment le trou des Halles et les voies sur berges, nous offre le panorama d’un Paris au quotidien en 1974 dont il ne reste plus grand-chose, depuis les clous jusqu’au métro, rames et affiches comprises. Les voitures sont bien entendu orange, les cheveux sous les képis, longs, et les robes, à fleurs.

Mais c’est surtout l’étonnement devant un film à la réalisation classique mais irréprochable, au scénario tout simplement écrit – avec Goscinny au dialogue – amoureux de chaque personnage jusqu’aux plus humbles, alors qu’il abonde en jeux de mots plus ou moins vaseux, comique de situation, gags visuels et autres hénaurmités, comme le Ministère dynamité qui gîte de 45 °, éléments qui semblent parfois incompatibles avec un talent de mise en scène.

Le travail sur les décors démontre, si besoin était, qu’on a presque définitivement oublié cet aspect d’un film dans les productions d’aujourd’hui, à moins de faire dans le film-de-genre-reconstitution-historique où l’on se borne à piller Defrise et Soubrier.

Pour les seconds rôles, Tchernia a fait son marché dans ce qui se faisait de mieux à l’époque, de Robert Rollis à Paul Demange en passant par Carmet, Depardieu, Jacques Legras et Conrad Von Borck. Pour ce qui est des acteurs principaux, c’est simple : il est incompréhensible qu’un film qui ait pu donner d’aussi beaux rôles à des comédiens à la cheville desquels n’arrivera jamais Jean Reno soit aussi peu cité dans leur filmographie.

Noiret, aristo vieille France qui décore son intérieur souterrain au gré de ses emprunts aux expositions du Grand Palais, ou dans les réserves du Louvre – quoique Le Sommeil, de Courbet ou La Grande Odalisque, d’Ingres, dans les réserves, euh… – préfigure de façon prémonitoire le régent de Que la fête commence. Serrault est Serraultissime sans verser dans le cabotinage, Galabru, commissaire allergique à la littérature, en permanence borderline , se rattrape à chaque fois du bon côté de la barrière, quant à Charles Denner, il campe un ministre des travaux publiques mégalo et très « haute fonction publique » absolument magistral.

Foncièrement anar de droite dans sa peinture d’épicuriens réacs rétifs à l’ordre établi quand celui-ci leur disconvient, Les Gaspards a la correction d’être une comédie tous publics qui ne prend pas ses spectateurs pour des cons.

Suivit Le Convoi, de Peckinpah. Western routier qui n’est rien d’autre qu’une version hard core de Cours après moi, Shérif, mâtinée d’implications politiques d’échelle strictement locale. Film horizontal d’un machisme résolument hétérosexuel, dans lequel les filles tombent amoureuses de gars à gros bras qui ne se croient pas obligés de leur coller un aller-retour pour faire viril, avec Kris Kristoffersen, toujours aussi lisse, Ali Mc Graw, on ne peut plus seventies quand elle était sagement sixties dans The Getaway, Ernest Borgnine qui parodie, en moins sympathique et plus névropathe, son rôle de La Horde Sauvage, scène de mitrailleuse finale à la clef, et pléthore de camions Mack en figurants raccords.

Néanmoins frais et passablement couillu, bien que terriblement daté, le plaisir de découvrir l’avant dernier film du grand Sam Jr – l’autre étant Fuller – a été complètement esquinté par une VF aux abonnés absents.

Sinon, il y avait aussi Docteur Folamour sur Arte, pour ceux qui avaient sept magnétoscopes et deux disques durs. En fait, la politique de concurrence entre les chaînes de télé c’est tout ou rien : soit le Désert des Tartares, soit quinze open bar à thèmes – ou quinze petites amoureuses disponibles – mais tous à la même heure et en des endroits différents.

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(*) D’autres n’ont pas eu cet excès de pudeur en rappelant que si l’on peut pleurer de tout, ce n’est pas une raison pour s’arrêter de vivre. Business as usual, en somme. Témoin, un site dédié aux jeunes qui a illustré scrupuleusement le titre de cette dramatique en bleutant un certain nombre de mots si anodins que l’on se demandait vers quels abysses de la pensée ces ancres pouvaient bien nous mener.

On n’a pas été déçu du voyage.

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« …faut-il dire la vérité à tout prix ? » (sic)

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Une Réponse to “Soirée cinoche à la téloche”

  1. Talmont Says:

    Vous vous êtes endormi devant la télé ?

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