S’il te plaît, dessine-moi un déporté

Notre président bien-aimé a eu l’idée lumineuse, généreuse et surtout pas repentatoire de sommer les élèves de Septième – oui, je suis un vieux schnoque qui s’assume… – à endosser le souvenir de chacun des petits enfants juifs déportés depuis la Vrounze.

A l’heure où j’écris, on s’orienterait vers une application plus collective de l’opération de parrainage, à l’échelle d’une classe. D’ici à ce qu’on rebaptise des collèges… À mon avis, parti comme ça l’est, même les collèges franchisés Anne Frank ont du soucis à se faire parce qu’il y a des cas où la préférence nationale cesse d’être un gros mot pour devenir une grande cause prioritaire.

L’essentiel ayant été dit sur la pertinence, le bien-fondé et les bienfaits à attendre de cette décision – je renvoie à toutes fins utiles les lecteurs aux articles de MM. Nicolas von ILYS et Le bal des Dégueulasses – je m’interroge encore.

Passons pudiquement sur le dilemme schyzophrénique de la résolution de la quadrature morale du cercle vertueux que posera à des enfants perfusés à l’antiracisme depuis qu’ils sont en âge de dire « Bonjour maîtresse » la distinction entre les victimes, et posons-nous les bonnes questions.

Pourquoi le CM2 ? * En effet, pourquoi si tard ? Pourquoi pas dès le CP – ou Onzième… – par le biais de dictées tirée des listes de noms de famille ce qui, au passage, permettra de démontrer l’inanité de la méthode globale ?

Ou, mieux encore, dès la maternelle pour que, avant même qu’ils ne sachent lire et écrire, nos tiots nenfants qui croient encore au Père-Noël soient bien imprégnés de l’idée de mort, de souffrances, de cruauté et surtout, surtout, de culpabilité collective, au travers d’exemples ô combien représentatifs de leur propre vécu et certainement pas sélectifs ni abstraits tant leur compréhension des tenants et aboutissants de la Deuxième Géhèmme, sans parler de sa seule réalité historique mentale, est innée ?

Entre nous soit dit, c’est quand même une plus belle manière de s’ouvrir à l’autre en apprenant par cœur des noms imprononçables et des destins qui ne leur parlent pas, plutôt que d’écouter leur grand-père gâteux raconter, quand il a l’œil vague, les souvenirs familiaux de ce que lui avait vécu de la guerre. Les vieux, ça enjolive tout : la preuve, il ne serait pas là pour le dire, si cela avait été si dur. Quant aux histoires de Résistance, on sait bien ce qu’elles valent : ce ne sont quand même pas eux qui ont tué Hitler.

Ne leur encombrons pas l’esprit avec de notions compliquées ou des mots obsolètes comme exode, rutabagas, rationnement, maquis, prisonniers, queues, patrouilles, STO, rafle, Milice, Pétain, De Gaulle, Londres, Bir-Hakeim, Vercors, héroïsme, courage, peur, etc. Ils sont encore petits et auront toute la vie pour apprendre.

Restons simples : lâcheté, collaboration, étoile jaune, Police Française, Ochouitsse.

Et puis cela leur offrirait l’occasion de se perfectionner dans l’exercice imposé du bonhomme en y adjoignant de la couleur et de l’émotion. Et de meubler leur univers intérieur.

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Enfin, je laisse le dernier mot à l’une de mes connaissances qui n’est pas plus concernée que vous et moi. Si, un peu plus quand même, dans ce sens où si nous avions eu l’âge requis à l’époque, il aurait eu plus de chance que moi de prendre le train gare de l’Est avec un aller simple, ou alors il m’aurait fallu partager d’urgence ma chambre avec lui, ce qui ne m’aurait pas emballé outre mesure parce qu’il peut être prompt à se montrer pénible n’est pas toujours d’un commerce facile et qu’il aurait passé le reste de l’Occupation à m’expliquer que c’est aussi très difficile pour lui, voire plus, que c’est la guerre, tout cela… En plus, on ne partage pas les mêmes goûts musicaux.

Quand t’es vivant, on te fait chier ; quand t’es mort … on te fout pas plus la paix.

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(*) Deux neurones en éveil me tirent par la manche : en quel classe est le petit dernier – en date – de son altesse le prince de DisneylandParis ?

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