Suicides sur ordonnance

Pour développer mon pénultième post, j’estime que ces gens qui militent pour l’euthanasie « remboursée par la Sécu », comme je la qualifie, veulent tous les avantages pratiques du suicide * sans les inconvénients moraux .

Étant assisté dans mon exécution – de fait, me donné-je réellement la mort ? là est la question – je n’ai pas à encourir le risque d’un dossier chargé au jour du Jugement Dernier : tout laïque incroyant que je suis, je mets quand même les chances de mon côté et, mine de rien, me décharge sur celui qui m’aura envoyé ad patres. Curieux comme certains principes moraux touchant à l’existence et à son caractère sacré ont la vie dure, même chez les plus publics des libre penseurs. Et quels meilleur moyen de s’en affranchir qu’en cherchant à légiférer sur leur abolition ?

Témoin sur France Inter, hier, au cours d’une émission dont il était l’invité, François de Closets qui a pu, sans contradicteurs, élever la voix et faire de grands gestes indignés avec les bras pour dénoncer le scandale de l’« agonie obligatoire ».

Selon lui, la morale commune voudrait que l’on ne sût mourir sans souffrir, ce qui expliquerait pourquoi une injection de chlorure de potassium encourrait des poursuite au Pénal pour fait d’euthanasie quand une sédation, dont les effets ne sont pas immédiats, l’en absoudrait. Au nom de quoi, en effet, sinon d’un obscurantisme médiéval je suppose, dénieront-on le droit de mourir en douceur ?

Ce « scandale » serait d’autant plus grand, poursuivait-il, qu’il aurait cours dans notre « République laïque » (sic). Je… fais plein de choses pas très propres sur celle-ci – tout en considérant, nolens, volens, qu’elle une évolution politique de facto de l’ histoire de notre pays : on peut être radicalement contre le régime républicain français, nier sa légitimité, on peut difficilement nier sa réalité – mais les questions d’éthique que Closets feint d’ignorer fussent-elles – et elles le sont toutes – des reliquats de la religion catholique, ne me semblent pas a priori incompatibles avec la République laïque. A moins de considérer qu’elle n’en est encore qu’à un stade juvénile de son développement totalitaire, ce que je crois, mais c’est un autre débat.

Quoi qu’il en soit, je ne connaissais pas l’existence de ce pseudo-précepte religieux sur les conditions de notre remise de l’âme à Dieu – nul n’a vocation au martyre, ni à souffrir de la sorte – mais je constate qu’on est en train de mettre sur le même plan le droit à la douceur dans tous les instants de la vie, surtout ceux qui échappent à notre contrôle, avec les avantages pratiques que confèrent l’amélioration du conditionnement des paquets de café. L’accès au Paradis garanti par l’ouverture facile, ça c’est de l’avancée ! Du reste, le même argument de confort prévaut pour le recours systématique à la péridurale, voire la césarienne. Ainsi, la souffrance serait obscurantiste, réactionnaire, misogyne et, n’ayons pas peur des mots utilisés à tort et à travers : catholique.

Je me permets de rappeler que si les douleurs de l’accouchement ont bien un fondement théologique – (Gn., 3, 6), mais puisqu’on ne croit pas en Dieu, hein ? – elles ont aussi une cause physiologique élémentaire dans lequel le Droit Canon n’y est pour rien – je ne vais pas vous faire un dessin. Pourtant, et je parle en toute connaissance de cause, subordonnée à une préparation, une mise en condition attentive, la douleur n’est ni une fatalité, ni une obligation. Bien accompagnée par une sage-femme qui sera présente et aux manettes le jour de l’accouchement – c’est encore un luxe mais, financièrement mieux prise en charge, ce serait une mesure plus incitatrice et utile que la thalassothérapie – une mère peut et sait s’en passer. Ensuite, s’il y en a qui préfère accoucher d’un enfant comme on télécharge un gros .pdf, c’est leur choix…

Pareil pour le passage de vie à trépas. S’il existait un procédé  imparable, absolu, garanti ou remboursé dix fois son prix, de tuer sans souffrance aucune un être humain, on l’aurait sans doute trouvé depuis le temps que l’homme exécute ses semblables par tous les moyens techniques, mécaniques, agricoles ou scientifiques dont il dispose. Enfin, tant qu’il ne s’agite pas dans tous les sens en hurlant comme un goret, les bonnes âmes sont rassurées : il n’a pas souffert. En tout cas, ça ne se voyait pas, et c’est tout ce qu’on lui demande.

J’ai assisté à l’agonie de ma grand-mère, j’étais présent quand un prêtre Basque lui a accordé l’extrême onction quelques heures avant sa mort, en lui parlant avec confiance de Dieu, de Jésus-Christ et de la Saint Vierge avec des mots apaisants, plein d’espoir et d’amour. Je ne sais si elle a souffert – je ne crois pas, étant sous morphine – mais je puis dire qu’elle est morte en paix avec infiniment plus de dignité que ceux qui préfèrent être piqués comme des animaux.

——————————————————————————————————————–

(*) Quitte à défendre ce droit, et être cohérents, que ne réclament-ils pas la levée de l’interdiction qui pèse toujours sur « Suicide, mode d’emploi » ? Assortie d’une interdiction de vente aux mineurs, cela va de soi. Ce sera toujours plus prudent et moins compliqué à mettre en œuvre que de leur ôter de l’esprit et de l’âme ce désespoir qui les pousse à se flinguer de toutes les manières, quitte à emporter quelques-uns de leurs camarades de Lycée au passage, comme cela tend à devenir la mode.

Publicités

Étiquettes : , ,

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :