Le Camp des Siens

Ou : A country for old men. Oui, « a ». Si cela avait été « no », il n’y aurait pas eu d’histoire. Pas la même, en tout cas.

Ceci n’est qu’un exercice de style de plus, un « à la manière de » – l’intéressé se reconnaîtra – qui, comme les jeux de rôles en tous genres, laisse inévitablement transparaître des travers, obsessions ou désirs personnels. Le paradoxe du comédien, même dans le cadre d’un jeu littéraire, est qu’il ne cesse jamais d’être lui-même. Peu importe la part de bagages intimes que j’y ai mis, le fait est qu’entre survivre, subir ou disparaître, l’option plateau des Glières à la sauce french redneck constituera une opportunité tout à fait valable.

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Mes amis,

Je vous écris depuis un cyber café en périphérie de la ville, les miens m’attendent dans le break.

C’est décidé, ma famille et moi nous partons. Loin. J’ai préparé mon coup tranquillou depuis un an. Je peux vous le dire : je n’avais pas de problème informatique, j’avais imposé à ma famille un stage de survie en milieu hostile : pas d’électricité, tous à à la lampe à huile, et obligation de se nourrir des fruits et légumes cultivés sur le balcon. Au revoir les cochons d’Inde (cuisinés en civet, c’est pas dégueu, mais faut pas espérer inviter tout l’immeuble) maintenant, on élève des lapins. Et des poules. Des voisins ont tenté de faire signer une pétition : je suis allé voir la concierge, à poil, hirsute, avec le torche-cul sur lequel ils avaient griffonné leurs patronymes de jean-foutre en lui faisant remarquer qu’avec les charges qu’on payait, ce n’était pas pour qu’elle laisse traîner du papier toilette sale dans le hall de l’immeuble. Depuis je n’ai plus de nouvelles.

La clef du tableau électrique dans une poche, la game boy du petit dans l‘autre pour commencer le sevrage, je suis parti faire mes repérages avec deux anciennes relations. Un ancien de l’Indo passé entre les mains de Boudarel à qui on ne la fait plus, et un rebouteux marchand de disques, un peu sourcier sur les bords.

Après avoir sillonné la moitié de la France, j’ai fini par découvrir mon Xanadu.

Une station météo désaffectée dans le *** , près du village de ***. Si on peut appeler « près » 80 bornes. Il y a une ancienne bergerie pas loin. J’ai récupéré le tout et mille hectares de terrain pour une bouchée de pain. Les gars de la Mairie croyaient que ça avait été rasé depuis les années soixante ; ils ne retrouvaient plus les papiers du cadastre. L’ensemble a vécu mais les murs sont sains et les fondations solides. Le temps de retaper les toitures, d’installer le système de chauffage de l’eau et de production de gaz par compost selon la méthode Jean Pain (c’est pas les boug*** qui auraient trouvé ça : pas cher, intelligent, efficace ; de toute manière, c’est ardu de faire du compost de branches broyées dans une région où les arbres n’existent que sous forme de papier relié en Coran ; faut pas trop leur en demander), de labourer quelques hectares pour les patates, les petit pois, les carottes, le potimaron, de faire venir des chèvres, des brebis, des poules, des lapins, des canards, des oies, un couple de dindons, deux poneys, une girafe récupéré à un propriétaire de zoo en faillite qui la cédait au plus offrant, quelques bricoles venant des arsenaux serbes et j’étais fin prêt . En rentrant chez moi après six mois d’absence, j’ai été braqué au couteau à pain par mon aîné. Le manque de lumière et une légère sous-alimentation avaient aiguisé leurs réflexes de défense. C’est de bon augure !

Depuis, j’attendais le moment opportun. La 807e panne ou piratage de Desouche a été un signe limpide : tout à l’heure, j’ai réveillé tout le monde au son de Peggy Sue.

Pour l’éducation des enfants, j’ai emporté le strict nécessaire : un Bled, un Bescherelle, un Grévisse, un Larousse illustré en sept volumes; tout Rabelais, Debord, Kerouak, Baudelaire et Sade pour quand ils seront plus grands. Quelques bouquins essentiels de science et le tour est joué : le moins assidu de mes mômes aura quand même dépassé le niveau d’un polytechnicien d’aujourd’hui. Et avec le rythme de vie de Chantiers de jeunesse en jamboree chez les Komsomols qu’ils se verront imposer au quotidien, ils devraient être parés pour le pire et le meilleur et ne plus craindre grand-chose .

J’ai rempli d’eau une vielle citerne en béton. Elle surplombe la vallée. Désormais, je jouerai les crapauds, les doigts de pieds en éventail, un canotier sur la tête, un famas dans la main, un daïquiri banana dans l’autre et les Stooges à fond la caisse sur ma chaîne qui tournera à l’énergie solaire.

Je vous quitte et vous salue gravement, amis de forum. Et bonne chance ! Que Dieu vous accompagne, nous nous retrouverons entre frères de race sur notre terre libérée. D’ici là, fini les conneries.

Votre *** qui pense à vous.

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