Bieng venu chez les cagôôôles

[C’est l’été, fait inutilement chaud. Retour sur un film qui n’en demandait pas tant en jouant sur un titre plus de saison]

J’ai vu « Bienvenue chez les Kabyles » la première semaine, à la suite d’une longue négociation avec un de mes enfants ( « Papa, pour une fois, PAS un film en Noir et Blanc !.. » ) sans me douter alors que je contribuerai à lui faire décrocher un record absolument injustifié, ni que je me rendais complice d’un phénomène de société, ayant juste subodoré que les extraits sur le ouaibe contenant les meilleurs morceaux.

À partir d’un argument pour téléfilm, le Daniel Boune en a fait… un téléfilm. On s’abstiendra de comparer « La Grande Vadrouille » aux « Ch’tis ». Ceux qui l’ont vu savent à quoi s’en tenir, les autres en auront lu suffisamment dessus.

***

Les films à accents, ça ne s’était pas vu depuis Pagnol qui en jouait comme d’une rente, seul maître à bord de ce marché captif. De ci, de là, des exceptions comme « Les vieux de la vieille », « Jour de fête » ou « Versailles, Rive Gauche » confirmaient la règle que si le cinoche français adore le terroir, la touche locale que confèrent les accents régionaux semblait réservée aux seuls figurants. Un peu plus de temps et de recherche permettraient de dresser une liste évidemment plus longue mais, en se limitant au cinéma contemporain – seul désormais autorisé à passer à la télé « gratuite » à un heure décente – il n’est que de comparer avec le cinéma brito-british pour constater que chez des cinéastes aussi différents que Stephen Frears, Ken Loach, Peter Watkins, Guy Ritchie, Terry Gilliam (& c°) ou Danny Boyle, un Écossais ne parle pas du tout comme un gars de Liverpool, dont le phrasé est sans rapport avec celui d’un cockney, a fortiori quand les trois se retrouvent dans la même scène, sans qu’ils aient besoin de se forcer ou qu’on ne nous le justifie par un quelconque « Welcome to… ».

On connaît tous le péché originel. Qu’un Kad Merad aka Philippe Abrams puisse incarner le « Français moyen » face à un Danny Boon représentant à lui tout seul la quintessence de l’esprit Picard ou du Boulonnais, fait mal au fondement – mais une critique réaliste de l’état des lieux de notre beau pays en ruine ferait répondre qu’on a échappé de peu à Omar et Fred. D’ailleurs, je pense qu’on ne perd rien pour attendre.

Quand de surcroît, les films qui sortent sont le fruit de la collaboration entre des producteurs, des metteurs en scènes, des comédiens sans passé, ni culture, ni vécu, et pour qui l’expérience de la province, quoiqu’ils se gardent bien de l’admettre, sont les publicités pour le camembert « Cœur de lion », on ne s’étonne plus de grand-chose. C’est d’ailleurs ce que relevait pour le déplorer le scénariste de Pascal Thomas dans le numéro double juillet-août du « Choc du mois », consacré à l’Irlande et au cinoche eud’chez nous.

Cela étant posé, l’attrait potentiel des Ch’tis se résumait à des données très simples : personnages positifs, de milieu pour le coup populaire, cultivant l’entraide dans un contexte provincial déterminé. Nul intellectualisme dedans. Il faut aussi reconnaître que sans les alter ego du sympathique postier, le film ne tenait pas debout une seconde. Ça tourne à la visite du zoo, mais il faut croire que le public préférait aller voir des pandas pelés et des rhinocéros sans corne exécuter des cabrioles plutôt que les poulets en batterie qu’on lui sert d’ordinaire.

L’ennui c’est qu’on nous présente ce film comme un chef-d’œuvre au motif qu’il compresse les clichés façon César. Allez, soyons juste : il y a une bonne idée de scénar dans le fait que le Besancenot du Nord soit aussi carillonneur. M’enfin, s’il voulait vraiment séduire sa belle en la faisant rire et rester cohérent, il aurait mieux fait de jouer « Un clair de lune à Maubeuge » plutôt qu’ « I just called to say I love you » qui ne passe même plus sur Chérie FM.

Bref, son succès ne m’étonne pas, en soi, c‘est son ampleur démesurée qui me désole. Parce qu’il est le signe que les gens n’ont plus que ça à se mettre sous la dent. Si on devait m’apprendre que le plat le plus consommé, et le plus apprécié en France est la blanquette de veau servie chez Flunch, ça me ferait le même effet.

En revanche, ce ne sera un paradoxe pour personne de rappeler que parmi les fines bouches qui ont dénigré le film, pour les mauvaises raisons, le rapport à la province se limite à une maison dans le Gers ou au Cap Ferret achetée à grand prix, parce que c’est là-bas qu’il faut être. Mais il ne faut pas trop les ennuyer avec les odeurs de vaches.

PS.

Sans vouloir tomber dans l’anti-intellectualisme primaire teinté d’une nostalgie de bon aloi – mais c’est une tentation qu’elle est bonne – et sachant qu’en ce domaine, la vérité est toujours relative, le fait est que les films des Charlots (oui : Les…) nous ont souvent adressé des cartes postales de la province, à une époque donnée, plus pittoresques que dans de nombreux Chabrol.

En conclusion, puisque l’été inspire les grands débats ineptes, je vous propose de débattre entre vous des mérites respectifs de ces deux raod-movies provinciaux ensoleillés que sont « Le Fanfaron » et « Le Triporteur ».

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Une Réponse to “Bieng venu chez les cagôôôles”

  1. kobus van cleef Says:

    je vais être cruel: le plat le plus consommé en france est la merdouille de chez sodexo
    (demandez à vos gamins ,s’ils vont à la cantine du collège )
    pour ce qui est du film le plus vu,du bouquin le plus lu et de la station de radio la plus écoutée ,je préfère ignorer
    vous aussi ,je suppose

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