Archive for février 2009

Ochouitsse : un banal accident de la route

février 11, 2009

Non, ce n’est pas moi qui le prétend, ni un quelconque prélat traditionaliste dont on aurait ressorti une coupe au montage, gardée pour la bonne bouche, non, c’est seulement l’avocat d’une vieille dame qui se réveille soixante-cinq ans après et réclame plein de sous pour la déportation de son père.

« On demande simplement à être traité comme n’importe quel citoyen, victime de l’amiante ou d’un accident de la circulation, quand on subit un préjudice on demande à ce qu’il soit réparé », a poursuivi l’avocat…

Époque farce qui traîne d’une main au tribunal et si possible en prison quiconque avancerait l’hypothèse que les déportés seraient morts ailleurs et autrement que dans des chambres  à gaz, mais permet au détour d’une plaidoirie pour la bonne cause de ramener cela au rang d’un accident de vélib’.

C’est à se demander si Harendt ne s’était pas trompée de cible en théorisant sur la « banalité » du mal.

En tout cas, parti comme on l’est, les révisionnistes auront beau jeu d’arguer qu’ils ne font que remettre en question un constat automobile.

PS.

Oui, ça fait deux posts en en une semaine sur le même sujet, traités différemment, mais étant d’une génération pour qui cet épisode ne faisait pas encore partie des humanités obligatoires en maternelle mais constituait un élément de la jeunesse de nos parents au même titre qu’Hiroshima et Nagasaki, le 6 juin, la bataille du Vercors ou le Pont de la Rivière Kwai, donc du monde qui nous a immédiatement précédé, je ne cesse de m’épater de l’usage excessivement désinvolte que peuvent en faire ses gardiens attitrés.

C’est le problème général des franchises : Mc Do ou Louvre, dès qu’il y a de l’agent en jeu, on est tout de suite moins regardant…

Acheter des cigarettes un Dimanche

février 9, 2009

Café-tabac rue Chauchat, à l’angle de la rue Lafayette, tenu par des Chinois. Bientôt sept heures.

À ma commande d’un verre de Côtes-du-Rhône, la patronne qui porte un pull en V au logo Tommy Hilfiger discrêt demande confirmation par « un ballon de Côtes ? » dans le plus pur idiome limonadier.

Marbre pisseux, menuiseries brunâtres et appliques improbables dorées, la déco inchangée depuis une vingtaine d’année si ce n’est trente respecte les canons bistroquetiers d’un ordinaire oublié. Moitié d’Arabes Que des Français au zinc. Posé entre les bouteilles de Ricard et le panonceau à chaînette « Nos Sandwiches », un pécé portable crachotte à pleins poumons de la variète de restau viet.

Je bois mon verre en dépiautant machinalement mon paquet de cigarettes quand la patronne accueille en mandarin un aréopage de compatriotes débarquant  en terrain conquis dans ce troquet paisible. Je n’entendrai plus un mot de Français jusqu’à ce que je sorte de l’établissement.

On en est encore à recommander la lecture du Camp des Saints alors que Paris s’est déjà transformée en métropole cosmopolite ™ à la Blade Runner. L’avenir, c’est un remake d’Un Singe en Hiver, avec Chow Yun-Fat et Jackie Chan.

Nous en sommes parvenus à un point où l’on regretterait presque que Bruel n’ait pas incarné un jeune aristocrate fin de race pour y retrouver, tant bien que mal, l’image déformée d’un monde encore debout.

Bergen Bimbos

février 3, 2009

Aujourd’hui, petit exercice de photographie comparée.

J’entends d’ici les huuuuuurlements que pousserait le photographe de l’affiche du film si on lui mettait l’autre sous le nez avec un point d’interrogation.

Évidement que ce con, ou cette conne, n’y a pas pensé – n’est pas compositeur graphique de pochette d’album de techno nazi-pédée qui veut – c’était une « figure » qui traînait quelque part dans un coin de sa tête, tellement poussiéreuse qu’il en a oublié l’origine. Comme une pieta, une cène, un déjeuner sur l’herbe ou une place Tian-An-Men : une scène originelle dont le sens s’est perdu, devenue accessoire à force d’avoir trop servi.

Et encore, s’il les avait fait s’asseoir derrière une table, la productrice l’en aurait sans doute dissuadé, se remémorant un précédent source d’enquiquinements, sans trop bien se rappeler les motifs, il faudra qu’elle retrouve le numéro de Stratégies.

Bien que cela ne se fasse pas de penser à la place des gens, rien n’interdit de postuler que  cet artiste du sixième art ait eu envie de donner raison à la fois à Hitchcock qui aurait prétendu que les acteurs n’étaient que du bétail, et à d’autres qui estiment que les femmes ne sont que de la viande. Hypothèse gratuite, j’en conviens, avancée de la même manière qu’on peut aussi s’amuser, toutes proportions gardées (j’adore cette expression qui permet les pires horreurs et les à peu près les plus douteux…), à plaider les circonstances atténuantes à un serial killer. Encore que ce soit faire injure à cette corporation dont nombre de membres ont assumé leurs actes.

Notre époque amnésique pourtant obsédée de la Mémoire ™ aura donc permis la transmutation de charniers en composition glamour. Comme ça, gratuitement, sans même aucune intention de nuire, de choquer ou de susciter un éventuel débat sur la mort du cinéma français.

Et à mon avis, ce n’est pas fini…

bergen-bimbos

bergen-belsen

Légende :

en haut : tas de bimbos comédiennes semi anorexiques dont une enceinte posant pour le film « Le Bal des actrices », de Maïwenn. (Qui ?.. )

en bas : fosse commune de déportés à Bergen-Belsen, morts du typhus après leur libération par les Britanniques.