Archive for mai 2012

Ça faisait en réalité très longtemps qu’elle m’avait déjà lâché moi

mai 17, 2012

Il y a à peine une semaine, Xyr  publiait « C’est l’histoire d’un mec« , manifeste qui a connu un succès certain au point d’être repris çà et là.

Un des se lecteurs lui a répondu en pondant un texte analogue, tout aussi splendide avec cependant une nuance de taille : le sang-froid de celui qui sait précisément qui il est, d’où il vient, comment il en est arrivé là et n’a rien à prouver. La plume de Fromage+  trempée dans l’encre de Stag, si vous voulez. Ou d’autres – libre à vous de vous référer à vos éditorialistes imaginaires préférés qui, sans vous offrir des radio-réveils contre un abonnement, ni attendre un kopeck de votre temps de lecture, nous ont, par leur talent, leur rage et leur honnêteté, infiniment mieux accompagné dans le spectacle de dissection de notre époque que leurs homologues salariés de la presse dite écrite dont la tâche aura consisté à servir du bromure à des trépanés trente ans durant.

Le fait est qu’il ne s’agit pas d’un billet publié dans un bleaugue, mais d’une correspondance, d’où l’affranchissement des obligations scripturales publiques qui permet, quand on en a le talent – et le sien n’est pas donné tout le monde – , d’exprimer parfois avec plus de clarté ce que l’on a sur le cœur. 

L’autre singularité de ce texte, enfin, qui le distingue des  virages d’opinion habituels, est l’absence d’expérience traumatique qui a présidé au décillement de son auteur. À l’instar des comateux que ni choc, ni plongée dans l’eau froide ne pourront réveiller, il semblerait qu’il s’en soit sorti.. tout seul. C’est rassurant pour le présent – l’avenir, on aura le temps de voir.

Leur créature leur a échappé. Mieux, elle ne fait plus peur aux enfants…

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/* Email reçu après la publication de l’article « C’est l’histoire d’un mec… » */

Salut.
Je me permet de te tutoyer, on a peut-etre le même age, à quelques années près.
Je les découvre après la bataille tes textes.. C’est bien écrit, ta sincérité, ta colère prend aux tripes, j’aurais pu en écrire certains paragraphes au mot près, il y a quelques années… C’est toujours très étrange de se reconnaitre dans les mots, dans le vécu d’un autre. Je ne vais pas m’étendre, mais l’enfance gauchiste, les manifs anti-lepen, tes références culturelles, sociales, c’est de l’ultra familier pour moi. Et puis j’ai débarqué à Paris Nord et j’ai vécu la. Trop longtemps.
Y a deux ans, j’avais envie de tout défoncer, j’écrivais des tas de textes comme le tien (en moins bien surement, mais avec la même colère).
Depuis quelques mois, je m’en fous. J’ai pris le parti d’attaquer le seau de pop-corn en attendant tranquillement le point de non-retour, tout en prenant soin de me mettre à l’abri, c’est bien la seule chose de concrète à faire. J’ai même définitivement renoncé à ouvrir ma gueule en public sur le sujet, ça ne sert à rien.
Aucun compte à rendre hein, aucun. Tu sais quoi ? Plus je lis les éditorialistes et les sociologues nous dresser le portrait type du « facho » qui vote pas comme il faut, et plus je me marre, car j’en suis très probablement l’antithèse la plus absolue, mon boulot, mon apparence, mes gout, mon style de vie, ma bibliothèque et mes opinions même, rien de rien, ne me rapproche de près ou de loin des conneries qu’on lit ici et la…C’est une force, sans doute que d’être mésestimé à ce point, et je les emmerde. ON les emmerde. A vrai dire c’est presque une jouissance que de les voir se planter autant. Et d’imaginer qu’ils se prendront un jour toutes les réalités qu’ils nient dans la gueule, comme un boomerang.
Aucun compte à rendre.
Se justifier de « pas etre facho » ? Ça sert à rien. L’imbécile se raccroche à ce mot comme le chien hargneux à son nonos, le mot en lui-même fait office d’argument pour celui qui en manque cruellement par ailleurs. Le débat est stérile. T’as forcément perdu, t’es pas d’accord avec l’imbécile, t’es un facho. CQFD Ca sert à rien de rentrer la dedans.
Se justifier de fréquenter Fdesouche ? Ça sert à rien non plus. Sur ce site, y a de tout, des bas du front à qui on ne confierait même pas un poisson rouge à garder, et des gens épatants, so what ? L’imbécile ne comprend pas que c’est la nature même des espaces de liberté que d’y rencontrer de tout, puisque la liberté, il connait pas. Il est vain d’expliquer à l’imbécile qu’un peu d’esprit critique et de raison, permet de s’y retrouver, de faire le tri et d’y prendre et d’y rejeter ce qu’on veut, autant dans les articles que des les commentaires. Car l’imbécile qui n’est doté ni de l’un ni de l’autre n’y parvient pas, alors il s’obstine à censurer, parce que c’est plus simple. L’imbécile est persuadé que s’il casse le thermomètre, la fièvre s’en ira. Il en est persuadé.
Se justifier de trouver que la vie a Multikultiland c’est pas si enrichissant que ça, mais c’est un peu beaucoup naze en fait ? Ça sert à rien. Le bien-pensant de service te fera un superbe collier en perles de morale, enfin pas longtemps, parce qu’a quatre heures faut pas qu’il rate le train, il visite une chouette maison, dans l’est de Paris, ouais ouais, il quitte le 18ème, parce que tu vois, avec la p’tite qui rentre à l’école et tout ça, enfin tu vois quoi. Mais si tu vois, arrête tes sous-entendus, avec Cécile, on adooorait la vie à Barbès, c’est juste que… oh et puis tiens… Dis donc t’es pas un peu facho sur les bords toi ? Hein ? Hein ?
L’habitude. On s’y fait, a ces gens-la, comme au reste. J’ai appris à en rire, vu que je suis littéralement cerné. L’hypocrite dans ce genre-la, finalement, c’est un gars ou une nana qui ressens les choses comme toi, mais qui n’assume pas encore, parce que le déclic est pas arrivé.
Faut pas se justifier, ça ne sert plus à rien. Le fossé se creuse.
Fous-toi à l’abri tranquillement mais surement, assures-toi un avenir, ici ou ailleurs, parce que c’est à ça que ça sert, d’ouvrir les yeux. Blinde-toi des remarques, des cons, prend la vie avec humour, parce qu’a ce degré de connerie générale, vaut mieux en rire qu’en pleurer et je te passerais les pop-corn.
T’as fais des études, t’as un bon job ? Pars… Va à la rencontre des peuples européens, et tu verra, que les identités sont fortes, vivaces, qu’elles sont aimées, revendiquées… Tu entendra, partout la même rage, partout la même colère, partout les mêmes inquiétudes de la Finlande à La Grèce, de la Lituanie à l’Espagne, et tu mesurera ce que les débats franco-francais ont de ridicule, de borné, a quel point les médias, les intellectuels, les politiques sont à coté de la plaque. Les mêmes débats partout, les mêmes. L’islam, l’immigration, la violence, la régression sociale, culturelle, partout… C’est à la fois vertigineux et terriblement fascinant. Ce qui se passe est inédit par l’ampleur, c’est pas une putain d’anecdote dans notre histoire, c’est fondamental, et ça dépasse de très loin le cadre de nos frontières à nous. Les imbéciles qui ramènent la question au FN n’ont rien compris, le FN c’est rien, c’est une goutte d’eau… Le multikulti ne prend pas, nulle part, personne n’en veut. La propagande ne fonctionne pas, les hypocrites font semblant, mais ils n’en veulent pas non plus, surtout pas pour eux, ni pour leurs enfants. Le décalage est trop fort, ça craque de partout.
Le postulat de départ « méconnaissance = peur = rejet » est faux, archi_faux, c’est l’imposture ultime. On peut savoir et connaitre et rejeter en même temps. On prend les gens pour des cons, le mépris est immense.
Encore une fois, c’est étonnement sans fin pour moi, que de les voir se planter autant. Les discours, les éditos, les articles, c’est du vent, déconnectés des réalités, de l’idéologie pure dont personne ne veut pour soi. Du vent. Du vent terrifiant, mais du vent. Les donneurs de leçons se lisent entre-eux, se parlent entre-eux, le peuple s’en fout et le décalage est immense. Mieux vaut en rire, pour l’instant, tellement c’est grotesque.
Une erreur dans le système, j’aime la formule, mais s’ils savaient, le nombre d’erreurs dans le système…
Je continue de lire Desproges avec passion, de remplir ma bibliothèque de BD de Gotlib et d’Edika, ma discothèque de musique psychédélique et punk en même temps, de vivre pied-nus, à la baba-cool parce que j’aime ça, de fumer un joint de temps en temps pour me détendre, pas trop souvent, de me marrer devant la classe américaine si typique de l’esprit canal qui a bercé mon enfance, de me gaver des grands artistes soul (et noirs !) américains que je vénère, de me passer un disque des Clash, ou de NTM quand j’ai envie, de lire Fluide Glacial et les vieux numéros de Hara-Kiri que ma mère m’a refilé, d’écouter Renaud de passer du temps sur le web, à regarder films et séries, plutôt que devant une télé que j’ai jeté depuis des années. Je n’ai aucun ouvrage traitant de la seconde guerre mondiale dans ma bibliothèque, à part le journal d’Anne Frank. Je les emmerde, j’emmerde la gauche, j’emmerde les donneurs de leçons, j’emmerde les bien-pensants. On peut me traiter de n’importe quoi et même du pire, plus rien ne m’atteint, je sais ce que je suis, je sais ou j’en suis, je sais précisément ce que je veux, et ce que je ne veux plus. Je veux vivre et élever mes enfants dans la culture occidentale, moderne, nourrie d’idéaux de progrès, de sérénité, d’égalité, et de respect. Je veux me tenir loin des fanatiques, des idéologues, des totalitaires, des censeurs, des puritains. Et des faux-culs.
J’ai grandi dans une famille ou on m’aurait allongé une baffe direct si j’avais osé dire une phrase de travers sur un noir ou un arabe. J’ai passé huit ans de ma vie dans un quartier « multiculturel » ou j’ai entendu un nombre incalculable de saloperies inimaginables sur les femmes, les homos, les juifs… Comme jamais auparavant je n’en avait entendu dans ma vie. C’est aussi cette bêtise crasse, cette violence gratuite, cette mentalité abrutie et rétrograde avec laquelle je ne me sens rien en commun que je fuis, que je vomis, et je n’en ai pas honte.
Les vieux cons ultra-conservateurs et vétérans de la cause qui se la jouent sur Fdesouche, on s’en tape aussi. L’important c’est d’être conscient, de savoir, de pas être un putain de mouton, mais de regarder les choses en face pour s’y préparer.
J’ai lâché la gauche le jour ou j’ai réalisé qu’elle ne regardait plus les choses en face, mais ça faisait en réalité très longtemps qu’elle m’avait déjà lâché moi.
Bref. Au plaisir de te lire encore sur ce blog.
Bonne continuation.

Perdu pour perdu

mai 2, 2012

…autant se faire plaisir

[© Loyola, avec la touche de savoir-faire de Tursiops]

Il paraît que ça s’appelle un mème, sans accent circonflexe *, d’après la presse écrite en ligne qui continue de penser qu’internet  ça va, ça vient, mais comme on ne peut plus faire sans, on fera avec mais qui continue de pontifier sur des pratiques vieilles comme le post avec la fatuité d’un scientifique qui pense que l’objet de sa recherche n’existait pas tant qu’il ne l’avait pas découverte, ni ne lui avait donné de nom.

* Mes différents dicos intégrés ne connaissent pas (‘ faut dire que même « courriel » leur a longtemps semblé un gros mot). Peut-être qu’il figurera dans la v. 15 de Firefox…