Archive for the ‘Mondanités sans lendemains’ Category

Whisky sour & picon bière

août 17, 2014

Dans un bistrot de mon quartier, je partage mon saucisson avec ma jolie voisine de comptoir * et ses potes : deux nanas halle-mandes et un moyen gros barbu. Pas barbe style étudiant de yeshiva loubavitch de Brooklyn hipster, non : barbe de dix jours sur une tête de con.

Étant donné l’heure tardive, la promiscuité, et le fait que lieu et contexte s’y prêtent, je squatte leur conversation qui a trait à un sujet d’actualité quasi fdesouchien : que fête-t-on le 15 août ? Fort de… mais fort de quoi au juste : qui ici n’aurait su répondre à la question qui ressort de la culture générale assez basique pour un Français de plus de trente-cinq ans ? Quoi qu’il en soit, le petit topo historico-religieux que je leur sers déclenche chez eux des aveux d’inculture, ou plutôt de déculturation, certains ayant même été au catéchisme et fait leurs communions. Ce n’est pas bien grave, enfin jusque là.

Je décroche pour discuter avec le barman, et quand je raccroche les wagons de la discute d’à-côté, celle-ci porte alors sur la « haine » dont aurait été témoin et victime le petit frère de la jolie voisine. Quid ? Commodo ? Photographe, il se serait fait sortir d’une des Manifs pour tous et aurait eu très peur. Il n’aurait jamais vu autant de haine ™ exprimée. Je fais part de mon étonnement : ayant fait pratiquement toutes les manifs officielles et quelques officieuses, celles-ci se sont surtout distinguées par l’absence de haine, précisément, à l’égard des pédés en tout cas. La fille me maintient ce que son frère lui a soutenu mordicus. J’essaie d’en savoir plus : a-t-il été tèj’ en sa qualité de journaliste (« collabo » ?..) mais alors à quel moment de la manif, en quelle circonstance ? À la toute fin, lors des bastons avec les CRS ?.. Et puis lors de laquelle ? Ça devient de plus en plus flou. Me parle de 30 000 personnes comme si c’était un nombre invraisemblable, je lui réponds qu’il y en a eu plus d’un million. Sentant alors une petite polémique sympathique à livrer, je pousse donc la discussion sur le mariage homo, et fait valoir mes raisons à être contre. Et c’est le drame.

Tête de con se met à couiner, à me parler de l’Église qui serait contre l’amour, que deux personnes ont le droit de s’aimer, et qu’est-ce que ça me fait, d’abord ? Et c’est l’avalanche de poncifs, la boîte à conneries qui dégueule et se répand en corne d’abondance. Le tout en reconnaissant qu’il n’est pas marié, pas payday, et n’a pas d’enfants. Avec évidemment les coup des valeurs ® qui sont forcément mieux transmises par un couple de poilus qui s’enculent que par papa et maman qui violent tous leurs enfants comme chacun sait. Je pose, lassé la question de la lignée, il me répond que ce n’est pas important. Alors je porte l’estocade et lui dit qu’il a de la chance de vivre à une époque où grâce à l’utérus artificiel et les dons du sperme anonymes, on se prépare une jolie trans-humanité, sans passé ni avenir… Le mec bafouille qu’il s’en fout du transhumanisme et que… Sa copine l’entraîne. Pour un peu, il en serait venu aux poings si je l’avais titillé à peine plus. C’est vrai que je suis downtown XVIIIe et que ce ne sont pas les plus finauds sur la question, mais bref, une fois encore, le preuve est faite que ce n’est pas avec des gauchistes qu’on peut réellement polémiquer.

« T’as claqué un Sieg en partant ? Ils en auraient eu pour leur argent. « , me demande un pote à qui je relate la chose. Et moi de poursuivre…

J’aurais dû, mais alors je serais devenu tricard dans ce bar que j’aime bien, tenus par deux jeunes que j’aime bien aussi. Le truc assez marrant, c’est que le lendemain, soit hier soir, alors que je venais de raconter au barman qui n’avait pas trop fait gaffe que j’avais eu une querelle sur les sujets qui fâchent (« ne jamais parler religion, ni politique… »), je me suis de nouveau embrouillé avec un gus (« putain, t’as l’art d’énerver les gens… » ) avec qui j’avais commencé par parler cinoche, puis littérature avant que j’enquille sur Obertone après que lui m’ait parlé de Houellebecq, ce qui a eu le don de le rendre amoq au prétexte qu’il n’y a pas de zones de non-droit en France et que la Police, si elle veut  (arf !..) peut pénétrer où elle veut. Le barman est sorti limite nous séparer parce qu’on, enfin l’autre, s’énervait et parlait fort (je restais calme, right side dandy style…) ; eh ben finalement c’est l’autre qui, bien qu’un peu abimé par l’alcool (et les drogues vu ses dents), n’est pas complétement con, a trinqué avec moi, m’a dit qu’il m’aimait bien tout compte fait, mais que je devais certainement être de droite.
« Anar de… » ai-je précisé.

Toujours rester droit dans ses bottes.

…de saut ! aurait rajouté le Vieux…

 

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* cadeau !..

 

 

 

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Ragoût de sanglier et piquette

décembre 10, 2010

[Où il sera assez peu question de sanglier en définitive, mais le titre devait annoncer ma seule expérience et répondre à un vieux post avant que je ne m’aperçoive que tout le fil de cette conversation méritait de figurer ici. Grâce en soit rendue aux différents acteurs de ces navrants témoignages de la faiblesse humaine.

À leur santé !].

Tout les journaux là dessus, bordel… 10/15 cm de neige, et « Paris » est paralysé. Quelle bande de pattes à ressorts, ces parigots.

Un ami d’un voisin village était justement passé, hier…midi moins le quart…Je lui colle une anisette dans le gésier, et puis une autre, parce que sans être Rapy, le gaillard a une belle contenance.

Le groin en l’air, il hume la belle odeur de tripes que Mme le vieux, restée sur un échec cuisant (c’est le moins que l’on puisse dire ! ) la semaine passée, à voulu remettre au plat du jour. 10h qu’elles mijotent, et « il y gouterait bien »… (aux tripes, pas à Mme le Vieux).

J’essaie comme je peux de le dissuader en lui faisant remarquer que les tripes ne sont pas le fleuron de Mme le Vieux, mais, tact et délicatesse, qu’on n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise… Vexée comme un poux, Mme sort immédiatement une assiette supplémentaire. J’essaie encore en lui faisant remarquer qu’il s’est mis soudainement à tomber des flocons gros comme des vaches et si collants qu’ils « tiennent » immédiatement au sol ! « Tu es sûr que tu pourras rouler pour rentrer chez toi ? »… Comme il répond que « oui, bien sur » je l’invite bien volontiers à partager les audaces acharnées de Mme…

Pire que Côte-Rôtie ! il en reprend 3 fois, ce con…Il me mange tout mon repas de demain (encore meilleures réchauffées)…Perfidement, je lui sort une canette que nous avons depuis des années, non pour la faire vieillir, mais parce que personne ne s’est jamais décidé à gouter à un truc pareil…à ce « vinho alentejano tinto » made in Portugal. Le breuvage est entre la confiture de cassis et le madère. Il n’y a pas une seule autre canette à la maison, et « il préfère encore ça à de l’eau »… Le glouton a aussi droit à une morceau de fromage tout racorni par le chauffage qui turbine à fond la caisse; mais là encore, il souligne « que c’est l’intention qui compte » et que ca lui rappelle des petits crottins corses gros comme des pièces de 2 euros apres avoir sèché 10/12 ans !

Comme toute initiative un tant soit peu humaine est impitoyablement châtiée en ce bas monde, en représailles, il nous invite pour le lendemain soir, à bouffer chez lui… J’aime pas sortir le soir.

La couche de neige atteint maintenant 10 bons centimètres, lorsqu’il se remet au volant. Peut-être une toute petite chance d’échapper au repas de demain soir ? (il n’a pas de pneus « contact »)..
© Le Vieux

Envoie ton rouge portos je vais te dire ce que j’en pense.

La première fois que j’ai sifflé du rouquin portos c’était faute de mieux. J’arrive chez un pote, grosses moustaches, le quintal, solide culture classique, boxeur de haut niveau, bon musicien, plus ivrogne que moi à l’époque (quelques années) et lui dit, « Jojo j’arrive pas les mains vides ». Le pif nous a fait la première partie de l’apéro tant il passait bien.
Nous faisions des essais : pelures d’oranges vertes mises dans du whisky de seconde zone (Glenfidich). Bof.
On s’ennuyait ferme le dimanche. C’était boire ou baiser. Lui était marié moi pas. Il buvait plus que moi je baisais plus que lui.
Une impression de vide immense. Un truc à rendre fou, alcoolos, dépressifs les moins charpentés du bulbe.

Un jour nous avons trouvé un exutoire : la cueillette des ananas dans la brousse. Puis, un dimanche, autour d’un verre un troisième larron a prononcé le mot « chasse ». Un quart d’heure plus tard le nez piqué de vin, boîtes de bière dans les poches, flingues en main sommes partis tirer des pigeons et des chauve-souris.
Revenus bredouilles, plus cuits qu’au départ.

Le temps passant ça devenait sérieux. Un gars sur le toit de la cabine du pick-up toujours bourré, ça tirait de partout. Ça devenait compulsif. On s’arrêtait pour l’apéro du dimanche soir au gré des déplacements chez des hôtes complaisants connus pour aimer la bouteille.
© La Rapière

Je te la siffle à la paille, ta topette ! On fait, chez les Porcs Tout Gays, du rouge qui colle aux papilles comme du réglisse, l’image de la confiote est particulièrement bien trouvée tant c’est en trois dimensions. Du picrate pour bourrins, pas cher du tout, 0% de prestige, ça atteint facilement ses 14,5° – l’équivalent vinassier de l’Amsterdamer des pounques !
Mille fois ça plutôt que les Aloxe-Corton 2000 qu’on m’a offerts récemment, et qui n’auraient pas eu plus de personnalité, de complexité ou de finesse si on les avait reconverti en sangria !
Arrière, vile Bourgogne ! A moi, le Douro !
© Génération Perdue

Un peu pareil. Nous étions allé déjeuner dans un.. Comment définir l’endroit ? Une sorte de ferme auberge dont la spécialité était le sanglier qu’ils élevaient plus ou moins eux-même. Un semi bout du monde de Haute-Provence, la salle de restaurant était vaste et meublée de longues tables que l’on ne voit plus que dans le Seigneur des Anneaux, et ouvrait sur une vue splendide, mais en messieurs bien élevés nous en laissâmes la jouissance aux dames.

Dans le ragoût, noir comme du coke un soir sans lune, surnageaient de grosses rondelles de carottes dont l’orange se détachait telles des balises.

Nous commandâmes du vin, qui nous fut servi sans cérémonie dans des carafes de verre blanc. À la première gorgée, les messieurs s’étranglèrent et les dames tournèrent de l’œil.

J’ai déjà bu des vins dégueulasses (les Cévennes sont championnes en ce domaine), ou de la saloperie ordinaire de restaurants en chaîne spécialisés dans la boustifaille carnée avec des petits drapeaux dans l’assiette mais celui-ci était inouï.

Certes imbuvable au premier abord, du genre à créer un incident diplomatique lors d’un dîner d’étudiants fauchés autour de spaghetti à la carbonara ratées, j’ai fait fi de mes a priori et voulu en savoir plus. Le vin s’apparentait en fait à ces individus mal dégrossis, abîmés par l’existence mais entiers et sincères que le hasard de la vie peut vous faire rencontrer et apprécier le temps d’une soirée, dans un lieu improbable et souvent pourri. Il exhalait la même authenticité que Quasimodo : une bonne nature qui ne voulait de mal à personne et faisait du mieux qu’il pouvait malgré les tares qu’ils se trimballait depuis la naissance. Et à cet égard, s’est révélé bien plus sympathique que nombre des ses congénères élevés en batterie en fûts de chêne.

Le sanglier et lui ont pris langue, ils devaient se connaître parce qu’ils ne se sont rien dit de fâcheux et, tandis que je m’enivrais doucement tout en déjeunant, j’avais le sentiment de faire un repas moyenâgeux dans le fief d’un petit seigneur de province reculée.
© ma pomme…

Moi j’aime le résiné .
Djadjiki , tarama , souvlaki . 


Un coup d’Uzo et envoie le résiné … 

Je regarde les ânes qui trottent , un vieux compte son chapelet d’ambre en buvant du Mastic , le pélikan entre dans l’église , d’un coup d’ailes il éteint les cierges , le Pope le poursuit furieux . 


Un souvenir de jeunesse .
© Landru

Acheter des cigarettes un Dimanche

février 9, 2009

Café-tabac rue Chauchat, à l’angle de la rue Lafayette, tenu par des Chinois. Bientôt sept heures.

À ma commande d’un verre de Côtes-du-Rhône, la patronne qui porte un pull en V au logo Tommy Hilfiger discrêt demande confirmation par « un ballon de Côtes ? » dans le plus pur idiome limonadier.

Marbre pisseux, menuiseries brunâtres et appliques improbables dorées, la déco inchangée depuis une vingtaine d’année si ce n’est trente respecte les canons bistroquetiers d’un ordinaire oublié. Moitié d’Arabes Que des Français au zinc. Posé entre les bouteilles de Ricard et le panonceau à chaînette « Nos Sandwiches », un pécé portable crachotte à pleins poumons de la variète de restau viet.

Je bois mon verre en dépiautant machinalement mon paquet de cigarettes quand la patronne accueille en mandarin un aréopage de compatriotes débarquant  en terrain conquis dans ce troquet paisible. Je n’entendrai plus un mot de Français jusqu’à ce que je sorte de l’établissement.

On en est encore à recommander la lecture du Camp des Saints alors que Paris s’est déjà transformée en métropole cosmopolite ™ à la Blade Runner. L’avenir, c’est un remake d’Un Singe en Hiver, avec Chow Yun-Fat et Jackie Chan.

Nous en sommes parvenus à un point où l’on regretterait presque que Bruel n’ait pas incarné un jeune aristocrate fin de race pour y retrouver, tant bien que mal, l’image déformée d’un monde encore debout.

Un singe en hiver

juin 2, 2008

C’est inexact, mais c’était pour la beauté du titre. D’une part ce n’était pas en hiver, mais au mitant d’un printemps pourri, et puis ce n’était pas un singe; ou alors un vieux, de l’espèce des vieux gorilles solitaires à qui on n’apprend pas à faire des grimaces.(*) Sinon, pour la différence d’âge Bébel-Gabin, oui, ça pourrait coller – et c’est ainsi qu’on se froisse pour longtemps avec des potes.

On aimerait tous avoir la Ronde de nuit chez soi, à condition d’avoir de la place, mais c’est encore plus illusoire que de prendre le pouvoir sans coup férir à l’issue d’une égrégore bien menée. En revanche, une esquisse dédicacée du même artiste sur un coin de nappe en papier, c’est moins coûteux en assurance, ce n’est pas plus grand qu’un ex libris mais ça n’a pas de prix.
Voici donc l’anti-lettre de château que je me flatte d’avoir reçu de Mister T. pour me remercier de mon invitation sauvage.

J’ai rajouté deux lignes de conclusion apocryphes.

PS. Outre le fait qu’ « Un singe en hiver » [inexplicablement absent du premier volume (1945-1968 ) de « Le Cinéma Français », de Jacques Siclier] illustre l’exemple parfait de ces adaptations parfois supérieures au roman, mesurez maintenant le gouffre qui sépare cette œuvre populaire , livre comme film – comprenez non-intellectuelle et surtout sans putain de messages citoyens – de la fin des années cinquante à la dernière palme d’or.
Inspirez, expirez…
Tirez-vous une balle dans la tête, ou levez votre verre et trinquez à l’inévitable.

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J’attendais ce midi le passage d’un ami imaginaire comme dirait Gipi… Une relation de fora…
Le mec m’avait foutu un post du genre : Je passe dans ton coin, on pourrait peut être, etc. etc.
Moi, je lui avais répondu que : Oui, pourquoi pas…En fait, je suis toujours là sauf quand j’y suis pas, tu verras bien…
Ce matin, je me suis donc lavé la bite un grand coup (on sait jamais ) et puis j’ai mis du beau linge, histoire de ressembler un peu à quelque chose…
On a beau essayer d’imaginer la tronche d’un mec avec qui on galèje sur un forum, c’est comme à la radio…on est toujours à côté plus ou moins….
Je lui avais dit d’arriver de bonne heure, au mec…parce que moi, à huit heures le soir, j’étais couché. Ch’uis pas vraiment un noctambule exubérant.
Onze heures du mat’, ça m’allait bien… le temps de papoter devant un apéro avant de passer à table; et avec un peu de chance, je ne loupais pas Les Feux de l’amour
A dix heures trente, il m’a téléphoné grognon qu’il était embousé dans les embouteillages sur le périph’…ça commençait bien, notre guinguette.
Il a quand même fini par arriver. Les chiens se sont mis à gueuler et ma femme a compris que c’était ça, du fait qu’il ne vient jamais personne… Elle est sortie pour bien montrer qu’elle avait droit aux initiatives et qu’on était pas chez les bicots oû la femme se planque sous le plumard des qu’une paire de couilles franchit le perron. Je l’ai entendue qui disait des amabilités, alors, je suis sorti, moi aussi…
j’attendais une espèce de dandy genre anglo-saxon de l’espèce : c’était mieux avant… . Y’avait de ça…Bonne allure…
D’emblée, sans respirer, on s’est mit une bouteille dans le pif…un champ’ élevé en fût…10 ans d’âge au moins…un truc qui renardait un peu…faut aimer. Ça vous décrispe les préliminaires… c’est épatant…
Je lui avais dit aussi : tu m’épargnes le coup du bouquet de fleurs pour Madame, hein ?!.. Du coup, il est arrivé avec une saucisse à la main… Pas la sienne, quand même…non ! une saucisse du Perche…ou un truc du genre, parce que du Perche, finalement, il avait pas trouvé…un truc sans doute bien agréable à grignoter pour quelqu’un qui aurait des dents…
Outre une putain de terrine de lièvre et un pâté de foie maison ( « hallal ET casher ») ma femme avait fait un lapin avec un tas de fouillis de plantasses dedans…à s’en péter les durites !…
Moi, je peux vous dire que le mec, c’était un faux maigre !.. le coup de fourchette, putain !.. Il reprenait de tout, tout le temps !.. La cuisinière en était rosâtre de plaisir… S’sentait plus pisser, rapport aux compliments du glouton !.. Le Morgon était épatant, lui aussi…en dix minutes, rinçé !..
Avé le fromage, on s’est engourdi la tétine que notre hôte avait sous le bras en arrivant…
– c’est quoi, ce vin de bougnoule ?..
– Tu le connais pas le Côte Rôtie ?!..
Bien sur que si… je connaissais , mais j’ai quand même eu l’air un peu con sur ce coup là…même à rabâcher que pour moi, l’Algérie commençait sous la Loire, idem pour les Sidi Brahim… C’était de la pure mauvaise foi pour faire le mariole; parce qu’en guise de chasse cousin, putain…ça vous câline la glotte gentiment aussi, c’t’affaire…

On a même pas eu le temps de causer politique…à cause de la bouffe, des boulots, des digressions de ci de là…C’était pas plus mal, d’ailleurs.

Juste avant son départ, on est allé faire un tour au jardin…La mini uzi, il ne connaissait pas vraiment. 1200 prunes minute, ça décoiffe…On était censés arroser le carré de poireaux qui montaient en graine, histoire de faire un peu de sport…il s’est retrouvé en 3 secondes avec le bras en l’air, pile à l’équerre de sa position initiale de tir…

– Fais gaffe…tu vas me butter un écureuil !..

– Oh, ça va ! Fais pas chier ! Tu as peur pour ton cheptel de viande d’hiver ?.. qu’il m’a répondu.
Bon, c’était pas tout, mais j’avais me sieste à faire, et l’autre parigot s’incrustait et commençait à crocheter mon meuble bar, alors je lui ai glissé que son copain – oui, parce que je n’étais qu’une étape régionale dans sa tournée de mondanités – s’impatientait peut-être. Il a fini par décamper et présenter ses hommages à ma Dame sans vomir partout – faut lui reconnaître qu’il sait se tenir – mais quand je l’ai vu démarrer avec ses trois grammes cinq, je me suis dit que, Dieu ou Dieux, il y avait un ange gardien pour les poivrots.

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(*) Erratum : c’est évidemment le jeunot de l’histoire qui incarne le singe en hiver.

[…] Avec ce merveilleux instinct des enfants qui savent où il faut frapper, Marie sut se faire plus petite qu’elle n’était, au bon moment :
– Raconte-moi une histoire, demanda-t-elle en se blottissant un peu.
Fouquet ne savait pas d’histoires.
– Inventes-en une. Tu le faisais quand j’étais jeune, insista-t-elle comiquement.
C’est alors qu’il lui raconta celle du singe en hiver.
– Elle est vraie, dit-il, mon ami de tout à l’heure me l’a apprise, il n’y a pas longtemps : aux Indes, ou en Chine, quand arrivent les premiers froids, on trouve un peu partout des singes égarés là où ils n’ont rien à faire. Ils sont arrivés là par curiosité, par peur ou par dégoût. Alors, comme les habitants croient que même les singes ont une âme, ils donnent de l’argent pour qu’on les ramènent dans leur forêt natale où ils ont leurs habitudes et leurs amis. Et des trains remplis d’animaux remontent vers la jungle.
– Il en a vu des singes comme cela ?
– Je crois bien qu’il en a vu au moins un.
– Le singe imite l’homme, fit-elle machinalement.
– Qu’est-ce que tu dis là ?
– Ce qu’on dit entre camarades pour se faire enrager.
De grands pans de mur obscurcirent les vitres. Après s’être faufilé entre les aiguillages, à travers un taillis de colonnades électriques, le train s’enfonçait dans les tranchées par où s’annoncent les gares de banlieue.
– Notre forêt s’approche, dit Fouquet. […]

Antoine Blondin, Un singe en hiver.

Un thé chez Grand-Mère

avril 26, 2008

Dans mon entourage, les mecs de droite, pour les plus politisés, sont devenus des Sarkozystes sans conviction, les cathos serrent les dents et veillent sur leur progéniture, les autres, sans enfants, ont pris l’option scoot, boulot, teuf semi jet-set, ceux de gauche râlent tout en admettant qu’on n’a pas encore rouvert les stades, quant aux authentiques fachos , ils ont viré anarcho-babacools (…mais ne dédaignent pas s’offrir un flingue « de collection », quoique les balles à tête creuses sont d’un modèle on ne peut plus récent).

Autrement, ces temps-ci, je suis cerné par les bobos. Des vrais. Des qui vivent dans le VIe, le IXe ou le Ier, gagnent très confortablement leur vie (certains ont bossé pour, cela dit, mais sont tout de même nés avec la moitié de l’argenterie dans la bouche. Ça aide…), et me regardent bizarrement dès que je pose que le multiculturalisme n’est pas la panacée.

Je ressors de quelques expériences douloureuses, surtout pour ma chère et tendre qui en marre de payer les pots cassés.

La dernière en date a eu lieu lors d’une réunion de (belle-) famille. En verve, et forte de l’autorité que lui confère une nature sur laquelle l’âge a peu d’emprise, la maîtresse de maison, ma (belle-)grand-mère, aristo « de gauche » mais très vieille France, pour ceux qui voient le genre, lance à ses proches voisins, dont ma pomme, un joyeux : « Venez, discutons un peu politique » et attaque, songeuse, sur le fait qu’un président d’ascendance Hongroise, quand même…

« Et d’origine israélite, de surcroît », ajouté-je pour faire bonne mesure. Jusque-là, du banal, du convenu : l’idée n’est pas de soulever une polémique, à peine de faire lever les yeux au ciel aux mieux-pensants, et surtout de me marrer gentiment avec un (beau-) cousin, coutumier du genre.

Mais la conversation dérape tout doucement quand il déclare, et là, très sérieusement, que c’est très rafraîchissant d’avoir un Président d’origine Hongroise, en insistant : « Ça nous change de tous ces Mitterrand, Pompidou, Chirac…, tellement …Franco-Français ». Je garde mon calme : que le Nain soit Magyar n’est ni bon, ni mal en soi, mais que le chef d’état d’un pays soit originaire de cette terre depuis des temps immémoriaux ne me paraît pas davantage inconvenant. C’est même plutôt légitime. « Ah non, au contraire, c’est bon signe, ça prouve que la France s’ouvre ». Très bien ! Dans ces conditions, ouvrons-nous tous, métissons-nous les uns les autres, puisque c’est la mode sauf que, bizarrement, l’Asie et l’Afrique accusent un certain retard et que, s’ils veulent bien nous refourguer leur trop-plein, ils semblent en revanche plus réticents à la réciproque : on risque d’attendre encore un certain temps l’élection d’un président Suédois au Gabon ou d’un Premier Ministre Sénégalais à Singapour…

Il recule sa chaise ; il a peur de ne pas comprendre ; en fait s’il ne me connaissait pas, il trouverait mes propos extrêmement douteux. Le fait est qu’il me connaît assez mal, et seulement parce qu’on partage un même goût pour la provoc. À la différence que celle-ci est chez lui un excès, quand elle est chez moi, une modération…

Il cherche l’ouverture en m’expliquant que le mélange des cultures est une richesse : « Prends une commode Louis XVI et une Ming, c’est la même… ». Super, sauf qu’on n’est plus à Versailles, et que la réalité de tous les jours pour ceux qui ne vont pas se meubler Quai Voltaire, c’est Conceptua : des meubles de qualité médiocre, de style vaguement asiatique ou marocain, adaptés aux canons français inspirés de chez Conforama, débités au kilomètre dans du teck qui ne va pas repousser dans la semaine, et qui encombreront les Emmaüs dans cinq ans. En résumé, relativement moches, mais suffisamment impersonnels avec toutefois une touche d’exotisme (*) pour que ceux qui l’achètent aient l’illusion de s’ouvrir aux autres cultures, là où il ne font qu’endosser la fusion des médiocrités présentée comme le nec plus ultra du goût. Passer du faux Henri II au furnituring universel (comme on parle de « fooding ») ne me paraît pas un progrès, sauf pour les déménageurs. Et encore, cet attrait pour la fonte douloureuse et les angles aigus est une source permanente de danger, pour les membres comme les murs.

Mauvaise pioche : y connait pas ce genre de boutiques… Je tape dans le haut de gamme, voyez-vous. Je résume en expliquant que la recherche de l’authentique, coûteuse ou bon marché, qui anime ces voyageurs de magasins ne s’applique qu’aux contrées situées hors de nos frontières, exception faite des enseignes de garage en plaques émaillées, et qu’un plat à tajines tourné dans l’année sera toujours plus attrayant, à défaut de faire meilleur effet, qu’une faïence de Gien centenaire.

Foin de digression sur les arts ménagers, je conclue ma tirade par mon étonnement devant ces gens qui louent tellement le mélange et qui pourtant hésitent à mettre leurs enfants dans des écoles Porte de la Chapelle. « Ah, mais je n’ai rien contre les pauvres… », proteste ce brave garçon qui n’a décidément rien compris. Je lui épargne l’humiliation de me citer ses relations dans le besoin qui doivent au moins végéter au double smic, quand ils sont chômeurs, et lui précise : brassage culturel. Il me brandit son atout : la double nationalité Franco-transalpine de ses enfants, élevés en bilingue. Ayant moi-même des origines européennes par deux grands parents – aux 3/8e pour être précis, avec quelques retours Francs – je ne saurais lui donner tort sur le principe, mais je lui demande si plutôt qu’épouser une européenne de son milieu, ayant grandi en France et parlant la même langue, donc peu risqué, culturellement et socialement parlant, il l’aurait fait aussi volontiers avec une Marocaine, une Malienne, voire une Thaï, et si les enfants de ces unions auraient été aussi intégrés que les siens, élevés aux meilleures écoles. Je lui demande alors en quoi le cas particulier des mariages mixtes – comprendre, ce qu’il fait sans peine, interraciaux – devraient être un exemple à suivre, et un bienfait pour la France, l’Europe et le monde entier, du reste. Enfin, s’il sera lui-même si heureux que cela quand les racines italiennes de ses enfants dont il est si fier se seront diluées dans une union nettement plus méridionale, puisqu’il est entendu que toute entrave à ce type de projet ne pourrait être que xénophobe.

Et c’est là qu’il m’a répondu par cette formule que je ne croyais réservée qu’aux débats télévisés : « Je crois qu’il vaut mieux mettre un terme à cette discussion ». Depuis, nos rapports sont distants : courtois mais sans hypocrisie. Pas assez proche pour qu’il me déteste. Avec son cousin, en revanche, qui avait suivi la conversation sans y prendre part mais sans en perdre une miette – paradoxe sémantique de l’observateur – et avec qui je n’ai jamais relancé le débat, nos relations sont plus chaleureuses

Dans la fausse vie, peuplée d’amis imaginaires selon l’expression de Gipi qui tend à devenir consacrée, on pousse d’hivernales et simiesques gueulantes, on détruit méthodiquement son adversaire en commençant par l’écorcher pour enfin épandre son cadavre encore tiède à même le sol en lui roulant dessus avec un rouleau compresseur. Dans la vraie aussi, mais moins souvent qu’on ne le voudrait, par convention, pour préserver ces liens sociaux qui, pour être dérisoires, sont parfois le dernier signe de civilisation qui nous reste et valent rarement la peine d’être irrémédiablement détruits. Vos conjoints vous en savent gré. Mieux vaut attendre ces opportunités que la vie offre sur un plateau avec l’indifférence affectée d’un serveur stylé qui ne vous fera aucune reproche manifeste sur votre conduite. Les éventuels regrets seront seuls juges de la justesse de nos actes. Et puis on ne s’engueule durablement qu’en famille ou avec ses proches amis. Le reste n’est que diversion mondaine.

(*) Exotisme dont les canons correspondent tout bêtement aux plus courues des destinations de séjour dits lointains. Que ce soit aux pieds de l’Atlas en hôtel-club, ou au Maldives dans un lodge de luxe qui fait passer la plus infâme bicoque de colon pauvre pour l’expression la plus achevée de l’esthétisme colonial.

Haricot de mouton et fronsac

octobre 27, 2007

Dîner dans un restaurant de très bonne tenue. Une adresse devant laquelle on passe des années durant en se promettant d’y venir un soir. L’occasion se présente, inopinée, sous les dehors d’un mouvement à suivre, initié par le père d’un pote. Celui-ci nous régalera de l’addition, ce qui ne gâche rien, d’autant qu’on s’est fait plaisir, c’est-à-dire sans excès inutiles, mais en écoutant attentivement son appétit et ses envies. Le vin, c’était du Château Villars 2001. Pas dégueu : on se surprend même à boire de l’eau minérale en accompagnement, pour ne pas avoir à se désaltérer au fronsac, mais ne garder celui-ci que pour le goût et l’ivresse.

La cuisine est délicieuse. J’ai opté pour un haricot de mouton parce que, comme je l’explique, je n’en ai jamais mangé au restau, et que ce plat à des relents cinématographiques autant que littéraires : le genre de plat qu’on s’attendrait à voir servi à un invité de dernière minute dans un film d’Audiard, de Tavernier première époque, un roman de Jacques Perret ou une nouvelle d’Henri Calet. Moins goûtu que le gigot de sept heures, mais moins galvaudé que le pot-au-feu (j’ai failli louper le mien, il y a deux semaines, en étant trop généreux avec les clous de girofles. Si en cuisine, mon adage personnel tend à me faire dire « Dans le doute, rajoutes-en », il y a certains domaines qui ne prêtent pas le flanc à la déconnance, et le clou de girofle en fait partie…) qui, à la carte, fait un malheur chez les bobos qui, chez eux, se régalent de surgelés signés Robuchon cuits au micro-ondes .

Service prévenant et à l’ancienne, attentif au moindre détail, allant jusqu’à trop en faire comme le téléphone sur la carte de visite de l’établissement qui se paie le luxe de n’indiquer que l’indicatif en toutes lettre (genre : TURbigo 2112, mais ce n’est pas Turbigo… Ni 2112). Une bonne adresse, mais devenue, pour le commun des mortels, trop chère pour ce que c’est, à l’image de ces artisans rempailleurs qui ne travaillent plus que pour une clientèle de luxe, si éprise d’authentique, mais qu’il faudrait menacer de mort pour qu’elle consente à venir consommer un oeuf mayo maison dans un bistrot un peu plus cradingue, mais non moins institutionnel.

Conversation molle et sans intérêt ; malgré les traits d’union que l’on pourrait tirer entre nous neuf (belle-famille de belle-famille et réciproquement), et en dépit d’un tronc commun, les gens viennent d’horizons trop divers et ne se connaissent pas assez pour se risquer à évoquer les sujets qui fâchent. Et puis l’occasion ne s’y prête pas. Mon seul moment de vérité consistera à partager des appréciations de caféinomane avec mon voisin de gauche (géographiquement parlant). C’est vous dire l’épaisseur du fil du rasoir : un vrai tasseau.

Et alors !?… Ça y est, Côte-Rôtie nous a raconté son dîner. Mais putain, c’est quoi la morale ?.. La chute, bordel !..

J’y viens, j’y viens, mais elle est à l’image de ce dîner entre gens qui, sans être intimes – enfin, pas tous – s’apprécient suffisamment pour faire l’effort de se rappeler leurs prénoms quand ils se revoient.

Je tente une ouverture sur le mode jovial en annonçant le divorce princier présidentiel (oui, je sais, c’est franchement minable, mais on peut pas toujours lancer une conversation sur le mode : « Tout de même, si Pétain était resté au pouvoir après-guerre, on n’aurait peut-être pas tous ces emmerdes, non ? Qu’est-ce que vous en pensez ?.. »). Ça tombe un peu à plat, chacun se faisant un devoir d’affirmer que ça ne l’intéresse pas mais ça permet une certaine ouverture dans la discussion. Les propos se maintiennent sur un mode intello-convenu et se bornent à échanger des opinions contradictoires sur des sujets éculés qui n’appellent qu’un match nul jusqu’au moment où le nom de « BHL » est lancé par un type que je n’ai jamais eu l’occasion de cerner, tout en le soupçonnant d’être à l’antithèse de moi-même et qui, ce soir, commence à sérieusement me gonfler avec sa manière de rustre de se servir de pinard et de conserver la bouteille par devers lui. Qu’on s’entende bien : je n’ai rien contre les ploucs en tant que tels, mais j’abhorre les péteux précieux qui se comportent comme n’oseraient le faire les derniers des péquenots. A moins d’être seul entouré de Quakers, une bouteille de vin reste et se repose au milieu de la table, c’est en deçà du minimum de savoir-vivre. Quasiment de l’ordre de ne pas boufer avec ses doigts au restau. Ou bien retourne dans ta jungle, mais auparavant vire-moi tes pulls en cachemire. Bref, le con, je l’avais déjà dans le nez, aussi je profite de l’occase pour monter au filet et affirmer que Guaino mériterait l’ordre national du mérite pour l’avoir traité de « petit con prétentieux ». Ça coince. Un peu. Je n’ai pas lâché un pet, mais ce n’est pas loin. Pire : je suis en train de prendre parti contre… L’autre se reprend et me répond que BHL a démontré qu’il y avait des passages racisssstes dans le discours de Dakar, du dit Guaino. Fort bien, lui rétorqué-je, mais il y à boire et à manger dans ce discours, on y trouve ce qu’on veut, même que deux paragraphes plus loin, le même Guaino mettra en garde les Africains contre la tentation de la race pure et les enjoindra à se métisser… Et vive le mélange des races dans l’universalité globalisée !.. Le con me rétorque que BHL tente de « sauver la gauche ». C’est sûr que ce rentier milliardaire héritier d’un trafiquant de bois qui oeuvrait à l’époque où la reconnaissance des droits sociaux des nwârs d’Afrique était un gros mot, ou une occasion de se fendre la gueule, est le mieux placé pour donner des leçons de social …isme. J’ajoute que j’ai plus de respect pour l’œuvre sociale du comité des forges dont les effets ont été plus avérés que les dégueulis d’un type dont le fond de commerce a été de chier sur son pays. Il tente de botter en touche en ramenant BHL à sa figure convenue, donc inévitable de son point de vue, d’intellectuel politico-médiatique. Là, je porte l’estocade en rétorquant que, à l’image de son exemple, le monde intellectuel politico-médiatique est mort depuis au moins trente ans, en France. Sous-entendu, que BHL n’est ni plus ni moins qu’une sorte de zombie malfaisant. A bout d’argument, et avant d’embrayer avec sa voisine de table sur un sujet plus consensuel, il me lâche qu’il y a quand même du racisssme dans le discours de Dakar. Point.

Point que je lui laisse. Discuter avec des cons me fatigue. Je me console comme je peux en remarquant que mon voisin de droite (toujours par rapport au plan de table), bien qu’extrêmement choqué, à l’époque, par mon aveu naturel d’avoir voté le Cyclope au premier tour et de m’être abstenu au second, m’apprécie humainement de plus en plus.