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Un singe en hiver

juin 2, 2008

C’est inexact, mais c’était pour la beauté du titre. D’une part ce n’était pas en hiver, mais au mitant d’un printemps pourri, et puis ce n’était pas un singe; ou alors un vieux, de l’espèce des vieux gorilles solitaires à qui on n’apprend pas à faire des grimaces.(*) Sinon, pour la différence d’âge Bébel-Gabin, oui, ça pourrait coller – et c’est ainsi qu’on se froisse pour longtemps avec des potes.

On aimerait tous avoir la Ronde de nuit chez soi, à condition d’avoir de la place, mais c’est encore plus illusoire que de prendre le pouvoir sans coup férir à l’issue d’une égrégore bien menée. En revanche, une esquisse dédicacée du même artiste sur un coin de nappe en papier, c’est moins coûteux en assurance, ce n’est pas plus grand qu’un ex libris mais ça n’a pas de prix.
Voici donc l’anti-lettre de château que je me flatte d’avoir reçu de Mister T. pour me remercier de mon invitation sauvage.

J’ai rajouté deux lignes de conclusion apocryphes.

PS. Outre le fait qu’ « Un singe en hiver » [inexplicablement absent du premier volume (1945-1968 ) de « Le Cinéma Français », de Jacques Siclier] illustre l’exemple parfait de ces adaptations parfois supérieures au roman, mesurez maintenant le gouffre qui sépare cette œuvre populaire , livre comme film – comprenez non-intellectuelle et surtout sans putain de messages citoyens – de la fin des années cinquante à la dernière palme d’or.
Inspirez, expirez…
Tirez-vous une balle dans la tête, ou levez votre verre et trinquez à l’inévitable.

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J’attendais ce midi le passage d’un ami imaginaire comme dirait Gipi… Une relation de fora…
Le mec m’avait foutu un post du genre : Je passe dans ton coin, on pourrait peut être, etc. etc.
Moi, je lui avais répondu que : Oui, pourquoi pas…En fait, je suis toujours là sauf quand j’y suis pas, tu verras bien…
Ce matin, je me suis donc lavé la bite un grand coup (on sait jamais ) et puis j’ai mis du beau linge, histoire de ressembler un peu à quelque chose…
On a beau essayer d’imaginer la tronche d’un mec avec qui on galèje sur un forum, c’est comme à la radio…on est toujours à côté plus ou moins….
Je lui avais dit d’arriver de bonne heure, au mec…parce que moi, à huit heures le soir, j’étais couché. Ch’uis pas vraiment un noctambule exubérant.
Onze heures du mat’, ça m’allait bien… le temps de papoter devant un apéro avant de passer à table; et avec un peu de chance, je ne loupais pas Les Feux de l’amour
A dix heures trente, il m’a téléphoné grognon qu’il était embousé dans les embouteillages sur le périph’…ça commençait bien, notre guinguette.
Il a quand même fini par arriver. Les chiens se sont mis à gueuler et ma femme a compris que c’était ça, du fait qu’il ne vient jamais personne… Elle est sortie pour bien montrer qu’elle avait droit aux initiatives et qu’on était pas chez les bicots oû la femme se planque sous le plumard des qu’une paire de couilles franchit le perron. Je l’ai entendue qui disait des amabilités, alors, je suis sorti, moi aussi…
j’attendais une espèce de dandy genre anglo-saxon de l’espèce : c’était mieux avant… . Y’avait de ça…Bonne allure…
D’emblée, sans respirer, on s’est mit une bouteille dans le pif…un champ’ élevé en fût…10 ans d’âge au moins…un truc qui renardait un peu…faut aimer. Ça vous décrispe les préliminaires… c’est épatant…
Je lui avais dit aussi : tu m’épargnes le coup du bouquet de fleurs pour Madame, hein ?!.. Du coup, il est arrivé avec une saucisse à la main… Pas la sienne, quand même…non ! une saucisse du Perche…ou un truc du genre, parce que du Perche, finalement, il avait pas trouvé…un truc sans doute bien agréable à grignoter pour quelqu’un qui aurait des dents…
Outre une putain de terrine de lièvre et un pâté de foie maison ( « hallal ET casher ») ma femme avait fait un lapin avec un tas de fouillis de plantasses dedans…à s’en péter les durites !…
Moi, je peux vous dire que le mec, c’était un faux maigre !.. le coup de fourchette, putain !.. Il reprenait de tout, tout le temps !.. La cuisinière en était rosâtre de plaisir… S’sentait plus pisser, rapport aux compliments du glouton !.. Le Morgon était épatant, lui aussi…en dix minutes, rinçé !..
Avé le fromage, on s’est engourdi la tétine que notre hôte avait sous le bras en arrivant…
– c’est quoi, ce vin de bougnoule ?..
– Tu le connais pas le Côte Rôtie ?!..
Bien sur que si… je connaissais , mais j’ai quand même eu l’air un peu con sur ce coup là…même à rabâcher que pour moi, l’Algérie commençait sous la Loire, idem pour les Sidi Brahim… C’était de la pure mauvaise foi pour faire le mariole; parce qu’en guise de chasse cousin, putain…ça vous câline la glotte gentiment aussi, c’t’affaire…

On a même pas eu le temps de causer politique…à cause de la bouffe, des boulots, des digressions de ci de là…C’était pas plus mal, d’ailleurs.

Juste avant son départ, on est allé faire un tour au jardin…La mini uzi, il ne connaissait pas vraiment. 1200 prunes minute, ça décoiffe…On était censés arroser le carré de poireaux qui montaient en graine, histoire de faire un peu de sport…il s’est retrouvé en 3 secondes avec le bras en l’air, pile à l’équerre de sa position initiale de tir…

– Fais gaffe…tu vas me butter un écureuil !..

– Oh, ça va ! Fais pas chier ! Tu as peur pour ton cheptel de viande d’hiver ?.. qu’il m’a répondu.
Bon, c’était pas tout, mais j’avais me sieste à faire, et l’autre parigot s’incrustait et commençait à crocheter mon meuble bar, alors je lui ai glissé que son copain – oui, parce que je n’étais qu’une étape régionale dans sa tournée de mondanités – s’impatientait peut-être. Il a fini par décamper et présenter ses hommages à ma Dame sans vomir partout – faut lui reconnaître qu’il sait se tenir – mais quand je l’ai vu démarrer avec ses trois grammes cinq, je me suis dit que, Dieu ou Dieux, il y avait un ange gardien pour les poivrots.

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(*) Erratum : c’est évidemment le jeunot de l’histoire qui incarne le singe en hiver.

[…] Avec ce merveilleux instinct des enfants qui savent où il faut frapper, Marie sut se faire plus petite qu’elle n’était, au bon moment :
– Raconte-moi une histoire, demanda-t-elle en se blottissant un peu.
Fouquet ne savait pas d’histoires.
– Inventes-en une. Tu le faisais quand j’étais jeune, insista-t-elle comiquement.
C’est alors qu’il lui raconta celle du singe en hiver.
– Elle est vraie, dit-il, mon ami de tout à l’heure me l’a apprise, il n’y a pas longtemps : aux Indes, ou en Chine, quand arrivent les premiers froids, on trouve un peu partout des singes égarés là où ils n’ont rien à faire. Ils sont arrivés là par curiosité, par peur ou par dégoût. Alors, comme les habitants croient que même les singes ont une âme, ils donnent de l’argent pour qu’on les ramènent dans leur forêt natale où ils ont leurs habitudes et leurs amis. Et des trains remplis d’animaux remontent vers la jungle.
– Il en a vu des singes comme cela ?
– Je crois bien qu’il en a vu au moins un.
– Le singe imite l’homme, fit-elle machinalement.
– Qu’est-ce que tu dis là ?
– Ce qu’on dit entre camarades pour se faire enrager.
De grands pans de mur obscurcirent les vitres. Après s’être faufilé entre les aiguillages, à travers un taillis de colonnades électriques, le train s’enfonçait dans les tranchées par où s’annoncent les gares de banlieue.
– Notre forêt s’approche, dit Fouquet. […]

Antoine Blondin, Un singe en hiver.

Le foutage de gueule permanent

novembre 5, 2007

Dans le Parisien de dimanche, Christine Lagarde, ci-devant Ministre de l’Economie, des Finances et de l’Emploi, a déclaré à propos des mesures à prendre face au baril à 100 $ que les Français n’avaient pas de pétrole, mais des idées ; qu’elle leur recommandait de se mettre à la bicyclette ; que nous avions de la chance d’avoir un Euro fort : avec un taux de change moins favorable, nous la sentirions autrement passer à la pompe, l’augmentation du pétrole ; et que, non, le gouvernement ne modifiera pas la TIPP : on n’avait plus de fric, il ne fallait pas déconner. Enfin, que « nous » avions pris contact avec les pays producteurs de pétrole qui doivent encore être terrorisés de l’entretien.

Elle n’a pas rajouté que les Français pouvaient aller se la mettre bien profond parce qu’elle ne s’exprime pas comme Fadela Amara, mais le cœur y était.

A la rigueur, qu’elle prenne ses concitoyens pour des cons n’est pas un précédent en soi, même si elle le fait sans prendre de gants. En revanche, qu’elle ait l’air aussi incompétente sur le domaine que le Ministre de l’Agriculture Albanais sur celui des sous-marins nucléaires, ne fait a priori pas partie de l’exercice.

 

martine-ch-lagarde.jpg

The dope around the corner

octobre 30, 2007

J’ai été témoin d’un joli coup de filet, ce soir.

Trois types dont un qui faisait davantage natif de Belfort que des Tropiques semblent en grande conversation autour d’une berline, coffre ouvert. D’un bref appel de phare je leur rappelle qu’ils sont en train de palabrer devant une entrée de parking. Le plus pâle des trois – quatre en fait, en comptant le passager que je n’avais pas vu – sort nonchalamment et sans un regard un brassard orange fluo plié en quatre, l’agite dans ma direction avec la même conviction que Jake Blue son paquet de Chesterfield à l’entrée de la boîte, avant de se le passer au bras.

Je laisse ce représentant de l’ordre vaquer à ses occupations, et part faire un tour. Sur Campus, on passe du rap ricain audible, sur Courtoisie, la Menhirette (© GP) est interviouvée par un Monsieur qui aurait besoin de prendre des cours de diction ou de changer d’occupation.

À mon retour, la place est libre. En remontant ma rue à pied, je croise des collègues de mon flic en train de serrer trois autres lascars. Propre, net, sans bavure.

Pas de quoi casser trois pattes à un canard, ni a priori de donner lieu à post sur un blog débutant.

Seau ouate ?

En fait, la probité voudrait que j’édite la chanson infra pour en supprimer une strophe, seulement j’ai une confiance limitée dans le caractère durable de ce genre de développement policier.

Alors je vais quand même attendre.