Posts Tagged ‘ça vous fait quel âge ?’

Ochouitsse : un banal accident de la route

février 11, 2009

Non, ce n’est pas moi qui le prétend, ni un quelconque prélat traditionaliste dont on aurait ressorti une coupe au montage, gardée pour la bonne bouche, non, c’est seulement l’avocat d’une vieille dame qui se réveille soixante-cinq ans après et réclame plein de sous pour la déportation de son père.

« On demande simplement à être traité comme n’importe quel citoyen, victime de l’amiante ou d’un accident de la circulation, quand on subit un préjudice on demande à ce qu’il soit réparé », a poursuivi l’avocat…

Époque farce qui traîne d’une main au tribunal et si possible en prison quiconque avancerait l’hypothèse que les déportés seraient morts ailleurs et autrement que dans des chambres  à gaz, mais permet au détour d’une plaidoirie pour la bonne cause de ramener cela au rang d’un accident de vélib’.

C’est à se demander si Harendt ne s’était pas trompée de cible en théorisant sur la « banalité » du mal.

En tout cas, parti comme on l’est, les révisionnistes auront beau jeu d’arguer qu’ils ne font que remettre en question un constat automobile.

PS.

Oui, ça fait deux posts en en une semaine sur le même sujet, traités différemment, mais étant d’une génération pour qui cet épisode ne faisait pas encore partie des humanités obligatoires en maternelle mais constituait un élément de la jeunesse de nos parents au même titre qu’Hiroshima et Nagasaki, le 6 juin, la bataille du Vercors ou le Pont de la Rivière Kwai, donc du monde qui nous a immédiatement précédé, je ne cesse de m’épater de l’usage excessivement désinvolte que peuvent en faire ses gardiens attitrés.

C’est le problème général des franchises : Mc Do ou Louvre, dès qu’il y a de l’agent en jeu, on est tout de suite moins regardant…

« Tu n’es pas ton travail »… mais quand même…

mars 26, 2008

Une brève réflexion de Zentropa sur le boulot. Cavalier solitaire et élégant du ouaibefacho, allant son petit bonhomme de chemin, jamais un mot plus haut que l’autre, égrenant ses pages d’illustrations et de citations précieuses zé variées tel un petit poucet semant avec soin son savoir amassé, il a été l’une de mes plus anciennes étapes de pérégrin du clavier. Sa constance, en ces contrées où les villes champignons laissent parfois place aux villes fantômes avec la soudaineté d’une averse de grêle au mois de mars, me rassure.

Afin de ne pas me limiter à faire le coucou dans son article, j’ajoute que, pour ma part, et quels que soient les nombreux emplois sérieux ou estivaux que j’ai occupé, j’ai toujours eu à l’esprit de ne jamais avoir honte de ce que je pourrais faire. Je dois cependant confesser une incartade à ce principe, bien qu’à mon corps et ma volonté défendants. Pas même bachelier à l’époque, répondant à une annonce aussi brève qu’alléchante de boulot de vendeur faisant miroiter des pourcentages séoudiens, je me suis retrouvé à placer des héliogravures à des gens sans le sou que je bombardais de bobards, dans des cités HLM de villes de la grande banlieue parisienne aux noms chargés d’histoire. J’ai tenu une journée. Il m’est arrivé depuis de négocier et d’obtenir de très confortables salaires auprès d’employeurs qui en avaient les moyens pour des travaux qui ne les valaient peut-être pas – juste retour des choses par rapport à des situations contraires – mais je me suis juré de ne plus jamais gagner de l’argent en l’extorquant aux pauvres.

Sinon, de manière plus éthique encore, dans la présente voie qui est la mienne où je suis amené à relayer ou faire passer des « idées », je peux toujours, avec une certaine fierté, si, si…, me regarder dans la glace en me disant que pas une fois j’ai commis quelque chose, ou m’en suis rendu complice, qui soit contraire à mes principes.
Après, la vie, c’est autre chose, mais là-dessus, dans ce domaine au moins, non.

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« Le rendement prévu et le degré de risque ne peuvent être les seuls critères pour un investissement, le choix d’investir en un lieu plutôt que dans un autre, dans un secteur de production plutôt que dans un autre, est toujours un choix moral et culturel. » (Doctrine sociale de l’Eglise, « Epargne et consommation »)

« Si le martyre représente le sommet du témoignage rendu à la vertu morale, auquel relativement peu de personne sont appelées, il n’en existe pas moins un témoignage cohérent que tous les chrétiens doivent être prêts à rendre chaque jour, même au prix de souffrances et de durs sacrifices. » (Jean Paul II)

Ces deux sentences, qui peuvent aisément sortir du cadre de la religion et servir de préceptes à toute éthique militante, montrent bien que notre activité économique et donc professionnelle n’est pas, ne peut pas être, « neutre ».

Les métiers que nous occupons représentent, tout du moins en termes de temps consacré, une part considérable de nos jours. Comment pourrions-nous être autre chose que d’inutiles tartuffes si ces emplois contredisent radicalement, par leur nature, leurs expressions et leurs conséquences, les engagements et convictions que, parallèlement, nous prétendons avoir ? Quel sens autre que celui de ridicule gesticulation peut avoir le collage anticapitaliste ou la conférence sur la justice sociale du week-end si le reste de la semaine est consacré, plus de 40 ou 50 heures, à être le serviteur empressé de la finance ou de la publicité ?
Il n’y a pas d’efficacité politique sans cohérence personnelle.
« Il faut bien vivre ! » s’exclame le chœur des prétendus pragmatiques. Certes. Mais à qui fera-t-on croire qu’aujourd’hui en France la seule alternative possible est entre l’école de commerce et la misère noire, le master en marketing et le trottoir, la fusion-acquisition et la roulotte ?
Même si toute activité salariée est susceptible d’induire un certain nombre de compromis, il subsiste néanmoins indiscutablement des professions qui, à défaut d’être toujours absolument dignes, restent néanmoins décentes (enseignement, recherche, artisanat, agriculture, commerce individuel…) tandis que d’autres, participant activement à la défense et la consolidation du système, sont abjectes par nature et peuvent être assimilées à des actes de collaboration (publicité, finance, télévision, grande distribution…).

Pour être clair, on peut faire proprement ou salement de l’agriculture mais on ne peut faire que salement de la « vente de téléphonie mobile » ou du placement de « crédits à la consommation » puisque l’objet même de l’activité est ignoble.
Et qu’on ne vienne surtout pas parler « d’entrisme », ce mot inventé pour justifier son goût pour le confort et les dorures du système et qui n’a jamais eu d’autres résultats que le développement de l’embonpoint de ses promoteurs.
JesusFranco

Soirée cinoche à la téloche

novembre 16, 2007

Le service public nous gâte. Hier soir, France 3 nous contait avec Le Lien la – certainement – tragique mais édifiante histoire d’une femme, Eva qui, croyant sa fille morte à Ochouitsse (© GP), découvre qu’elle a été élevée par un ex-Milicien.

Je dis « certainement » parce que, sans l’avoir vu mais à la lecture d’un synopsis j’avais le vague pressentiment que le scénario ne s’était pas orienté vers un développement un tant soit peu original. La mère tombant amoureuse du père adoptif qui lui relaterait les joyeusetés de l’épuration, tandis que sa fille lui confierait que beaucoup de choses ont été dites sur les camps dont elle-même n’a jamais été témoin, voilà qui aurait renouvelé le genre. Cela étant, le choix d’un personnage de très jeune enfant ayant pu a priori survivre à la déportation, sans être de la science-fiction, était déjà à la limite de l’historiquement incorrect et l’on peut comprendre que le scénariste n’ait pas eu envie de pousser plus loin le bouchon *.

Par acquis de conscience, j’ai feuilleté les premières occurrences Gougueule et ai vérifié que le scénario exhalait une bonne conscience aussi subtile qu’un déodorant de ouatères. Ouf ! Les jeunes continueront donc à savoir quoi penser, et comment le faire.

Dans la même veine de la lampe de bureau braquée sur le spectateur, ce soir, c’est Arte qui régale en nous servant un Bousquet, sa vie, son œuvre, concocté par Laurent Heynemann cuisinant un Daniel Prévost qui, comme nombre d’acteurs comiques flirtant avec la ringardise, considère qu’un rôle de pète-sec constipé lui assurera une bonne nécro dans la remise à jour du Jean Tulard.

Je crains que ce ne soit un peu indigeste, mais je comprendrai que voir Prévost tenter de se faire passer pour Michel Bouquet puisse séduire les amateurs de naufrages.

En revanche, la double satisfaction – fromage et dessert – est venue, encore une fois, de Direct 8, la danseuse de Bolloré qui, fort de son audience nanométrique, se permet une programmation de films dont la qualité, ou la rareté, sont inversement proportionnelles au coût de leur diffusion. En particulier, les comédies françaises des années soixante-dix, quatre-vingt.

Mieux encore, cette prédilection pour les films à rouflaquette et vestes à carreaux, semble refléter autant des contingences budgétaires qu’un goût manifeste pour une programmation « cinéma de quartier ». Alternant avec des nanards certifiés, on découvre, ou redécouvre, des petits bijoux oubliés qui supporteraient à l’aise une première heure sur M6 – au fait, de quand date le dernier film en noir et blanc sur TF1, même publique ?

Hier soir, donc, je revois Les Gaspards, de Pierre Tchernia qui, à ma grande stupéfaction n’a pas pris une ride est s’est même bonifié avec l’âge. Petite ironie attendue de l’histoire, ce film qui hurle contre la modernisation et les grands travaux pompidolesques, notamment le trou des Halles et les voies sur berges, nous offre le panorama d’un Paris au quotidien en 1974 dont il ne reste plus grand-chose, depuis les clous jusqu’au métro, rames et affiches comprises. Les voitures sont bien entendu orange, les cheveux sous les képis, longs, et les robes, à fleurs.

Mais c’est surtout l’étonnement devant un film à la réalisation classique mais irréprochable, au scénario tout simplement écrit – avec Goscinny au dialogue – amoureux de chaque personnage jusqu’aux plus humbles, alors qu’il abonde en jeux de mots plus ou moins vaseux, comique de situation, gags visuels et autres hénaurmités, comme le Ministère dynamité qui gîte de 45 °, éléments qui semblent parfois incompatibles avec un talent de mise en scène.

Le travail sur les décors démontre, si besoin était, qu’on a presque définitivement oublié cet aspect d’un film dans les productions d’aujourd’hui, à moins de faire dans le film-de-genre-reconstitution-historique où l’on se borne à piller Defrise et Soubrier.

Pour les seconds rôles, Tchernia a fait son marché dans ce qui se faisait de mieux à l’époque, de Robert Rollis à Paul Demange en passant par Carmet, Depardieu, Jacques Legras et Conrad Von Borck. Pour ce qui est des acteurs principaux, c’est simple : il est incompréhensible qu’un film qui ait pu donner d’aussi beaux rôles à des comédiens à la cheville desquels n’arrivera jamais Jean Reno soit aussi peu cité dans leur filmographie.

Noiret, aristo vieille France qui décore son intérieur souterrain au gré de ses emprunts aux expositions du Grand Palais, ou dans les réserves du Louvre – quoique Le Sommeil, de Courbet ou La Grande Odalisque, d’Ingres, dans les réserves, euh… – préfigure de façon prémonitoire le régent de Que la fête commence. Serrault est Serraultissime sans verser dans le cabotinage, Galabru, commissaire allergique à la littérature, en permanence borderline , se rattrape à chaque fois du bon côté de la barrière, quant à Charles Denner, il campe un ministre des travaux publiques mégalo et très « haute fonction publique » absolument magistral.

Foncièrement anar de droite dans sa peinture d’épicuriens réacs rétifs à l’ordre établi quand celui-ci leur disconvient, Les Gaspards a la correction d’être une comédie tous publics qui ne prend pas ses spectateurs pour des cons.

Suivit Le Convoi, de Peckinpah. Western routier qui n’est rien d’autre qu’une version hard core de Cours après moi, Shérif, mâtinée d’implications politiques d’échelle strictement locale. Film horizontal d’un machisme résolument hétérosexuel, dans lequel les filles tombent amoureuses de gars à gros bras qui ne se croient pas obligés de leur coller un aller-retour pour faire viril, avec Kris Kristoffersen, toujours aussi lisse, Ali Mc Graw, on ne peut plus seventies quand elle était sagement sixties dans The Getaway, Ernest Borgnine qui parodie, en moins sympathique et plus névropathe, son rôle de La Horde Sauvage, scène de mitrailleuse finale à la clef, et pléthore de camions Mack en figurants raccords.

Néanmoins frais et passablement couillu, bien que terriblement daté, le plaisir de découvrir l’avant dernier film du grand Sam Jr – l’autre étant Fuller – a été complètement esquinté par une VF aux abonnés absents.

Sinon, il y avait aussi Docteur Folamour sur Arte, pour ceux qui avaient sept magnétoscopes et deux disques durs. En fait, la politique de concurrence entre les chaînes de télé c’est tout ou rien : soit le Désert des Tartares, soit quinze open bar à thèmes – ou quinze petites amoureuses disponibles – mais tous à la même heure et en des endroits différents.

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(*) D’autres n’ont pas eu cet excès de pudeur en rappelant que si l’on peut pleurer de tout, ce n’est pas une raison pour s’arrêter de vivre. Business as usual, en somme. Témoin, un site dédié aux jeunes qui a illustré scrupuleusement le titre de cette dramatique en bleutant un certain nombre de mots si anodins que l’on se demandait vers quels abysses de la pensée ces ancres pouvaient bien nous mener.

On n’a pas été déçu du voyage.

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« …faut-il dire la vérité à tout prix ? » (sic)

Souvenirs d’enfance, souvenirs d’en France

novembre 9, 2007

Fête des Morts, lendemain de la Toussaint, j’emmène mes enfants fleurir la tombe de leur arrière-grand-mère. Ça leur fait prendre l’air tout en sacrifiant au culte des ancêtres. Tandis que je ferai une prière, mes enfants s’en iront jouer dans les allées entre les caveaux à l’abandon qui ressemblent à des églises de contes gothiques.

[Contrairement à une idée reçue, c’est le 2 novembre, jour de la Fête des Morts, qu’il est de coutume de prier pour le salut de l’âme de nos proches défunts et, par voie de conséquence, de fleurir leurs tombes, et pas la veille, à la Toussaint.

Contrairement à une autre idée reçue, la Toussaint, fête d’obligation, est une fête joyeuse en dépit du temps de chien qu’il fait habituellement lors de sa célébration : l’Église, ses lieux de culte, ses prêtres et ses fidèles, se fait alors belle pour célébrer le souvenir de ses Saints.]

Ma grand-mère est enterrée dans un caveau familial qui date de la fin du siècle précédent le denier *. Il a la forme d’un catafalque en marbre blanc, recouvert de noms gravés au fur et à mesure de leur inhumations. Les tous premiers, ainsi que le nom de la famille, une devise et la croix l’ont été en relief. C’est sobre, assez chic, ça a même une gueule certaine

Près d’elle, et parmi les derniers occupants, reposent ma tante, résistante, et son mari, prisonnier de guerre évadé. Mon grand-père est enterré sur la Côte d’Azur, près de la mer. Il y a eu un cafouillage, ou un mauvais suivi, et il n’a jamais reçu sa pierre tombale. Au lieu de trouver ça sordide, je me dis que mon grand-père, avec juste une croix en bois flanquée d’une plaque en cuivre plantée sur un tumulus, a une tombe de cow-boy. Quand on voit les monstruosités que proposent aujourd’hui les pompes funèbres, il est loin d’avoir perdu au change. Mes deux autres grands-parents ont été inhumés en provence, au nord, à l’autre extrémité, dans leur caveau familial, en granit gris, sous des cyprès géants. Le premier à gauche, en s’engageant dans l’allée centrale de l’ancien cimetière.

A peine la grille franchie, des volontaires du Souvenir Français m’alpaguent font la quête contre un reçu autocollant. Le badge est une cocarde mods inversée – aux couleurs françaises, donc – avec un zigouigoui au centre : une main brandissant un glaive devant l’Arc de triomphe, dont le rendu esthétique est désastreux. Même si on devine l’intention.

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Petit, j’étais plus familier avec Les Gueules Cassées et Les Ailes Brisées. On croisait régulièrement des gens qui vendaient des dixièmes de la Loterie Nationale ou tenaient des guérites de tir à la carabine à leur enseigne. Les Ailes Brisées, symbolisées par trois avions, n’évoquaient pas grand-chose, sinon des Boildieu retraités marchant lentement avec une canne, ou lisant dans leur salon assis sur une chaise roulante, en robe de chambre, une écharpe autour du cou. Et encore, à condition de faire un effort d’imagination. En vérité, l’association d’idées était essentiellement mécanique : on avait davantage en tête l’image de biplans détruits dans les combats. Au pire, des hangars oubliés occupés par des avions au rebut. Les Gueules Cassées en revanche, outre la délicieuse licence qu’elles offraient de pouvoir exprimer des gros mots, charriaient avec elles des souvenirs terribles et mal perçus de la Guerre de 14. On croyait ces figures disparues dans un passé mythique quand il ne s’agissait que d’un manque de vocabulaire. On les prenaient pour d’autres.

Témoin, ce vieux monsieur souriant du village familial qui n’avait plus de menton et passait ses journées à s’essuyer la bouche avec un grand mouchoir. J’ai longtemps cru que ce n’était qu’une affaire de dentier. Mince, sec et se tenant relativement droit, il portait un béret et, ce que n’améliorait pas son handicap, parlait avec un accent cévenol à couper au Laguiole. Parmi les vieux de sa génération, je me souviens d’une vieille dame qui lui a survécu des années. Mes père et oncles la surnommaient le théorème de Pythagore parce qu’elle était courbée à angle droit. Cela n’a pas vraiment de rapport, mais je ne vois pas où j’aurais pu la placer, sinon.

La mission du Souvenir Français a pour objet d’entretenir les tombes des soldats morts pour la France, de célébrer leur souvenir, de transmettre aux générations successives l’amour de la Patrie, les valeurs de la République, et plus généralement, de conserver la mémoire de de celles et ceux qui sont morts pour la France, ou qui l’ont servi, dans la gloire ou dans l’ombre, afin de préserver la liberté et les droits de l’homme (comprendre : le S. F. est une assoc’ trois points).

Morts pour la France… Nos villages sont remplis de monuments qui donnent une assez bonne indication de la densité de population locale à l’époque. Ils font partie du paysage, et semblent moins inspirer les artistes peintres que les cimetières civils. Y a-t-il eu des morts contre la France ; des soldats français qui auraient combattu contre leur pays, sous uniforme étranger ? Rien n’est impossible : la statistique historique est riche en découvertes surprenantes, même si les données s’avèrent, dans certains cas, infinitésimales.

Des morts par la France, cela étant, il y en eu quelques-uns, sans parler des mutins. Les plus – disons-le très vite – célèbres ont même bénéficié d’une citation respectueuse, du moins digne, en tout cas appuyée de la part de Audiard fils dans Un héros très discret d’après le roman de Deniau. Du reste, si l’on fait attention aux plans de visages de collabos tabassés, assis sur un banc, dans un couloir, on sent qu’on est passé un peu au-delà de la simple anecdote. Ça change, un film sur l’Occupation qui ne dénonce pas.

Ceux-là ont eu droit à un monument en Allemagne. Un monument made in Germany, cela va de soi. Pas sur le lieu de leur exécution même même. Plus loin. Dans le village de Bad Reichenhall.

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(Le carton noir est d’origine, sur la photo. En revanche, les douze impacts représentés sur la plaque disent bien ce qu’ils veulent dire. Ce n’est pas que décoratif)

L’on ne s’attend pas à ce que le Souvenir Français le fleurisse ou l’entretienne, ce n’est pas son objet, ce serait même déplacé. En revanche, on aimerait beaucoup qu’ils se bouge sérieusement le cul avant que le cimetière de Mers-El-Kebir n’achève de ressembler à une carrière de gravats. Mais peut-être que tout cela n’a aucune importance. Qui se souvient de Douaumont, de Mers-El-Kebir, de Bad Reichenhall ? Qui se souvient de ce qui n’a pas été dûment et très récemment célébré avec pompes et circonstances ? Qui se souvient de ce qui autrefois faisait partie de la mémoire commune ? Les vieux, les obsédés de la question, et les honnêtes gens – pluriel paritaire pour « honnête homme » ?

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 Mers-el-Kebir 2005

Le souvenir fait partie de l’éducation, de la transmission ; participe de la relation entre passé et présent qui pérennise la vivacité d’un patrimoine. Un pays qui ne souvient plus est un pays qui meurt. En tant que Nation, du moins. En France, l’alzheimer national est entretenu par des commémorations de moins en moins en phase avec la mémoire collective, ou qui la neutralisent, à l’instar de Jeanne Calment, à qui l’on demandait sans cesse de se remémorer une seule et même période de sa vie.

Forcer les gens à se souvenir à coups de lois, selon une orientation donnée, est le meilleur moyen de les en dégoûter. Dans une paire d’années, les collégiens de France ne sauront même plus pourquoi, Guy Machin a été fusillé…

[edit : dans son édition du 9 novembre, Rivarol signale que le monument établi sur le lieu même de leur exécution a été détruit par les autorités bavaroises au prétexte que les commémorations étaient devenues des « manifestations politiques d’extrême droite ». Voilà une mesure qu’elle est finaude : on devrait démolir tous les monuments dont les visites pourraient être considérées comme politiques, on libèrerait ainsi une bonne partie du territoire.]

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(*)Le soucis avec le passage à l’an Mille Neuf Cent Deux Mille, c’est que le XIXe a cessé du jour au lendemain d’être le siècle dernier, sans devenir foncièrement plus lointain pour autant. A contrario, employer ce terme quand on évoque les années quatre-vingt dix, rebute. Ou fait précieux.