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Le lapin blanc du président

octobre 31, 2007

Revenu comme une baffe qui part sans prévenir en me regardant Président (le seul morceau rock de ce film dont la fin en queue de poisson m’a presque gâché ma soirée * ). C’est marrant parce que j’ai toujours été persuadé de ne rien connaitre de Jefferson Airplane or, cette chanson-là, j’ai l’impression qu’elle m’a accompagnée depuis ma naissance. Même si on s’était un peu perdu de vue.

« Trop connu », avait estimé un pote du virtuel. M’en fous, si l’on se contentait déjà de connaître tout ce qui est trop connu, on aurait acquis un bagage musical qui permettrait de voir venir.

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(*) Je vous l’épargnerai, mais il n’y a rien de pire que les fins qui n’assument pas la conclusion du récit. Ils l’ont écrit à deux plus une troisième. On appelle ça une collaboration, c’est soit pour pallier une panne, soit un docteur appelé après-coup pour une intervention pas toujours heureuse – mieux vaut accoucher dans une maternité, surtout quand il y a des complications, que dans un bus bondé avec le concours d’une infirmière qui se trouvait là – et, bien que le sujet évite et la trop bonne conscience, et le cynisme de bon aloi, cette fin à la con qui ne mène à rien, si ce n’est le faux suspens auquel on ne croit guère, et pour cause, sens très fort l’intervention de dernière minute, ou la concession arrachée à la fatigue.

Autrement, c’est plutôt fortiche dans la description de la mécanique du pouvoir politico-élyséen. Auparavant, et sans remonter jusqu’à l’autre Président, de Verneuil, dont ce n’était à proprement parler pas le sujet, on n’avait eu droit qu’au Promeneur du Champs de Mars, à la main et la calvitie de Mitterrand dans Operation Corned Beef, le reste du corps en version longue dans Le Bon Plaisir. Films dont le sujet – ou la silhouette – reposait sur la description d’une seule et même personne et qui, franchement, évoquaient peu le quotidien et la réalité de l’exercice du pouvoir présidentiel.

Une réalité cinématographique, équivalente dans mon esprit aux réalités littéraires ou artistiques : moins fondée sur l’exactitude des faits que sur leur vraisemblance. Une vraisemblance composée, selon une alchimie délicate, d’ on-dits notoires, de psychologie universelle, d’un minimum d’attention à ce qui est donné à voir dans le moindre reportage, et d’anecdotes qui ne peuvent pas avoir été inventées. Ou bien ce serait trop beau.

En l’espèce, je pense moins à la scène de la jeune comédienne qui débarque à poil dans la chambre du président, plus un cliché qu’autre chose – même si les clichés ne sont qu’une exploitation paresseuse et stéréotypée de faits avérés – qu’au culte révérencieux que rend Claude Rich à la liquette royale que portait Louis XVI en montant à l’échafaud, conservée pieusement et secrètement loin des regards de la populace – pour le cas où il lui viendrait des idées de Restauration ou, plus vraisemblablement, signe manifeste, car honteux, d’un remords fondamental, équivalent au trognon de pomme qu’aurait conservé Adam par-devers lui. Autre hypothèse encore : l’ultime trophée républicain analogue au cœur ou à la tête d’un ennemi vaincu, préservé telle une relique dans le Saint des Saints, illustration de la jalousie mal assumée que les franc-mac athées ont toujours entretenu vis-à-vis du sacré.

Enfin, un quotidien administratif, professionnel, de rapports humains, nécessairement trivial mais cohérent avec un milieu spécifique. Ce dont le cinéma français semble avoir perdu le secret, ou plutôt le contact, depuis que les réalisateurs sont formés à l’ENA du cinoche qu’est la FEMIS, mais que l’on retrouve néanmoins dans certains films tels que La Sentinelle, Les patriotes, ou Scènes de Crimes, aussi exceptionnel à la règle que cela soit de la part de Rochant ou Desplechin, compte tenu de leur cursus.

Dans le cas présent, on aura à l’esprit les scènes de discussions dans les lavabos, les pt’tits jeunes du Parti qui n’en veulent, les rapports avec la presse, le garde du corps rebeu – qui, étant donné sa discrétion, ne semble pas expressément répondre à une obligation de quota – ou le protocole bureaucratique à suivre avant d’obtenir une accréditation Secret-Défense.

Autrement, l’intrigue du film – l’entrée à l’Elysée en tant que conseiller d’un petit Mariton, ci-devant amoureux de la fille du locataire, au CV lourdingue d’X, fils de militant gauchiste suicidé en cellule, qui décidé opportunément de jouer les chevaliers blancs avant d’être re-conquis par la personnalité du chef de l’État – alterne faiblesses et réussites, mais parce qu’il ne semble pas , s’inspirer de situations et d’une figure éponyme réelles – navré, je n’y ai pas vu Sarko, même s’il se descend une fois une bonne piste de neige – le résultat est déjà en soi méritoire.

NB. Tout bien considéré, veuillez re-qualifier ce qui se situe au-dessus de la vidéo comme une note de haut de page…

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