Posts Tagged ‘envie de rien foutre’

Manifeste pour l’Art Contemporain

mai 26, 2008

Je voulais dire tout le mal – du bien déguisé – que je pensais du Grand Charles, en particulier sa faculté à passer d’une réflexion sur le hold-up du sacré par la République à une critique de cinoche en passant par des choses plus futiles. J’avais commencé un brouillon dans lequel, de coq-à-l’âne en digressions, j’ai suivi des sentiers de chèvres et gagné d’autres paysages. Le fait est qu’il était loin d’être terminé et que je ne sais plus où je l’ai mis dans le foutoir pas virtuel du tout de mon ordinateur. J’ai tendance, comme dans la vraie vie, à faire des cartons étiquetés « Bureau à la date du tant » et les ranger dans un hangar. Ce n’est pas perdu mais ça s’accumule et, pour corser le tout, j’ai plusieurs hangars.

Maintenant, ami lecteur, si je t’apprends qu’Andy Warhol faisait lui aussi, mais réellement, table rase de son bureau en rangeant régulièrement tout, carnets compris, dans des boites à chaussures * qu’il datait et classait, ce n’est pas pour le seul plaisir de faire des longues phrases, ni par goût du name droping, mais parce que ce parrainage prestigieux autant que pêteux me donne une transition toute trouvée pour introduire l’article de Landru, accompagné d’illustrations originales de Piotr, infra, qui remplira nettement mieux ce vide annoncé.**

Je n’ai touché à rien, hormis les e dans l’o (œ), parce que je ne me lasse pas de les taper depuis que j’ai appris la commande (alt+o), et précisé la dédicace (à l’origine le texte courait sur deux posts). Pour le reste, les points qui s’enfuient et les virgules collées au mot qui suit constituent une signature adn de l’auteur que je me garderai bien de modifier.

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* Les boîtes à chaussure sont ce que l’homme a conçu de mieux pour le petits rangements. Sensiblement inférieures à une feuille au format A4 (21×29,7) elles vous consolent de cette limite de surface en vous rappelant que vous ne pourrez jamais ranger carnets, photographies, stylos, outils de bureaux, couteaux et bricoles diverses dans une chemise ou un classeur.

** Une intervention de Bitru chez Gipi qui relaie un autre du même m’a rappelé que cette publication faisait partie de ma liste CAF (choses à faire), et ce depuis le début d’Un dernier verre quand j’envisageai – mais de façon ‘achement suivie et régulière, n’en doutez pas… La preuve : il y a même une catégorie pour ça – de publier des gens dont j’apprécie le travail.

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Je pense que la prochaine étape de l’ Art Contemporain consistera ,après que l’ on se soit affranchi successivement de la technique et du savoir faire , de l’ esthétique et du sens , du sujet et du support, puis de l’ objet lui même ( virtualisation et surtout la récente mode de la dématérialisation de l’œuvre : Actuellement ll y a des gens qui achètent les droits sur une installation non réalisée et pas forcément destinée à l’être , et cette « enveloppe » , déposée chez un notaire , EST l’œuvre elle même !) , la prochaine étape , donc ,sera de se débarrasser de l’ artiste lui même et par la même occasion du discours qui va avec .

Puisque , clairement , c’est le flux d’argent , public ou privé ,qui crée l’œuvre , qu’elle ne nait plus que par les interactions d’un marché constitué de spéculateurs ignares , de mécènes richissimes en rut de niches fiscales ,de blanchisseurs professionnels ,de gogos ébahis ,de critiques obscurs et de fonctionnaires mondains ,l’interet pour le Capital de maintenir la rémunération et le satut social d’un  » artiste » apparait faible .

La logique financière , à laquelle se réduit désormais la création officielle ,voudrait qu’après l’ avoir délocalisée ( vogue actuelle des artistes chinois et africains), on s’ en passe , tout simplement .

Et comme on a déjà supprimé l’ œuvre ( voir supra) à laquelle on a substitué le discours sur l’ absence d’ œuvre , un critique étant un domestique moins cher qu’un artiste et plus facile à licencier, il ne sera même pas utile de passer par le stade de la robotisation de l’artiste ,stade logique de la fordisation du marché , il ne sera même pas nécessaire de le remplacer par quoi que ce soit .

Ainsi on aura amené l’Art Contemporain à son expression ultime et à sa vérité pleine et entière , un simple mouvement d’argent vers un quelconque paradis fiscal . Les vrais artistes , qui sont désormais les acheteurs ,verront leur nouveau talent reconnu , ce qui ne manquera pas de flatter leur égo déjà surdimensionné et de leur offrir, enfin directement ,cette aura actuellement usurpée par des sous-fifres . Monsieur Pinault pourra ajouter « Génie » sur sa carte de visite ou même « Picasso » si ça lui chante et nos oligarques auront enfin acheté , à force de le brader, la seule chose qu’il ne pouvaient s’offrir, ou du moins ses apparences , ce qui de nos jours est exactement pareil .

C’est pourquoi , afin de frapper un grand coup de ranger dans la termitière du marché de l’Art Contemporain , je propose à tous les camarades bistrotiens , d’ organiser dans un local adéquat , lors de la prochaine Biennale l’installation suivante .

Sous l’œil bienveillant de grandes photographies en noir et blanc de nos mécènes , une batterie de lessiveuses en ligne brassera des piles de biftons ( yens , euros , dollars …) , tandis que deux ouvriers en salopettes blanches passeront à la céruse ou à la chaux , inlassablement les murs , parquets et planchers de la pièce .

Au centre , dans une vitrine blindée , entourée de deux gorilles en costumes noirs et oreillettes ,parfaitement statiques , sera exposé un chèque d’un milliard de Dolls tiré sur une banque des Iles Caymans et viré sur une société panaméenne .

En fond sonore passera en boucle un air stupide et abêtissant , on hésitera entre Born to be alive ou Pop corn .

Nota .

Le titre de l’exposition sera « Pour une organisation rationelle du Marché de l’Art »
et sous titrée par un court Manifeste :

« Il est temps d’ en finir avec l’ exception Contemporaine , dernier marché à ne pas etre organisé de façon verticale et horizontale , crucifions l’Art une fois pour toutes sur l’ abcisse du Commerce et l’ordonnée de la Production. Rendons l’œuvre à ses vrais auteurs , ceux qui l’achètent et à sa vraie fonctionnalité, aérer leur argent !

Assez d’ artistes capricieux et d’œuvres incompréhensibles , l’œuvre véritable c’est la transaction elle meme et plus encore ses motivations profondes.Par un geste libérateur nous exposons cette vérité et restituons leur statut de vrais créateurs aux vrais acteurs du Marché , les Financiers .  »

Ce post est dédicacé à mon ami Tursiops .

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Veuillez nous excuser pour cette interruption momentanée de l’image et du texte

février 19, 2008

Mon dernier post date du 16 novembre…

Qu’ai-je donc bien pu foutre tout ce temps ?

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Faisons le compte : écrit un roman, mis en scène un opéra, terminé deux scénarios, rédigé une demi-douzaine de courts essais – je ne compte pas les dizaines d’articles publiés sur papier – engendré un nouvel enfant, parrainé quatre autres, visité la totalité des musées parisiens, traversé un continent et demi – l’Asie et une grosse partie de l’Afrique – en alternant guest-houses et palaces, me suis mis à la pratique de l’orgue et de la flûte traversière, lu près d’une centaine de livres, construit une maison intégralement de mes mains, effectué un pèlerinage en Terre Sainte et trois retraites en Europe, participé à des fouilles archéologiques au Groenland, bu ou rebu la totalité des grands crus de Bordeaux, commencé à me débrouiller dans le pilotage d’hélicoptère, appris la technique du vitrail depuis le soufflage de verre jusqu’au travail du plomb, cassé les codes de sécurité de la base de Baïkonour, découvert le tricot, la broderie, la tapisserie et le tannage du cuir, révisé mon japonais ancien, traduit Dante, perfectionné la visée de mon mortier et amélioré Firefox. Je crois que j’ai fait le tour.

Autant dire rien…
Allez, au travail ! Rouvrir ce blogue. Remettre du charbon dans la chaudière. Rallumer le feu. Remettre la machine en route. Penser à faire des phrases courtes, maintenant. Surtout des phrases courtes. Sans verbe s’il le faut. Les phrases courtes sont devenues la norme. La seule manière d’être lu. Éventuellement repris *.

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Il paraît que les gens ne lisent pas, n’ont jamais lu les textes longs à l’écran. Enfin, c’est ce qu’il se dit depuis le début du ouaibe très grand public, à l’époque où on ne le numérotait pas – autrement, ça devait correspondre à la version 1.5.9. Permettez-moi d’en douter quand je discute avec d’autres internautes, rencontrés en vrai, qui me confient avoir découvert certains livres en .pdf et ne m’ont jamais parlé des heures passées en impression et des fortunes dépensées en cartouche pour les lire à l’ancienne. Rouleau électronique vs. codex Xerox. Il se peut aussi que nous soyons qu’une minorité de cintrés. Surtout aux yeux – en meilleur état – de ceux qui, considérant sans doute que Ouiquipédia est trop ardu, s’en vont parfaire leur culture générale en lisant les réponses aux questions Iahou. En attendant, je ne sais pas si les gens lisent moins, mais qu’est-ce qu’ils écrivent…

Je sens que ça va être dur de m’y tenir. Aux phrases courtes. Là, je fais un effort surhumain. Au-delà de ce qu’on peut attendre d’un catholique pratiquant pour le Carême. Mieux vaut me contenter de ce que je sais faire, de ne pas forcer ma nature et d’appliquer la règle des quatre « D » – dérisoire, dilettante, dandy et désabusé – la seule marque de fabrique que je revendique.

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(*) Ceux qui prétendent aspirer au contraire me font doucement rigoler: si tel était le cas, ils ouvriraient une application texte, écriraient leurs lignes du jour puis rangeraient leur journal virtuel quelque part au fond de leur disque dur. Par-dessus le marché, s’ils avaient le goût des belles choses, ils écriraient à la main, avec du papier – carnet, cahier, copies, feuilles volantes, pur vélin – et un stylo – Parker, Shaeffer, Pelikan, Pilot retractable, après ce n’est plus dans mes moyens…

Pour en finir avec Guy Machin, part II

octobre 27, 2007

J’avais envie de prolonger cette querelle toute byzantine (1) sur le Gay Mocky, en restant sur un plan formel. D’une part parce que c’est l’objet du post et quitte à être futile autant se faire plaisir mais surtout parce que sur le ouaibe, à la télé et dans la presse, j’ai l’impression qu’on a fait le tour des arguments de fond. Même dans le détournement, c’est un peu comme pour Martine : de bonnes idées en appellent de plus convenues qui inspirent parfois des petits chef-d’œuvre, mais très vite, on sent que tout à été dit, d’une manière ou d’une autre. Beaucoup de trouvailles devant d’ailleurs beaucoup à l’actualité plus ou moins immédiate : il y a dix ans, au lieu d’Un 11 septembre peu ordinaire, quelqu’un aurait judicieusement titré Vol 714 pour Lockerbie.

Quant aux arguments du chœur des vierges venant nous mettre en avant des questions de calendrier des programmes scolaires chamboulés et le désarroi qui pourrait en résulter dans la tête de leurs analphabètes de lycéens, je les prendrai un peu plus au sérieux lorsque ils mettront la même énergie à refuser la visite de miraculés qui viennent asséner raconter à des élèves d’ école primaire combien la Guerre et l’Occupation ont été atroces pour une seule catégorie d’individus, avec force anecdotes d’étoiles, de trains, de poux et de policiers français aussi méchants que leur compatriotes civils…

Anyway, j’ai eu envie de revenir vous casser les couilles avec ce film après être tombé sur cet article. [libertesinternets.wordpress.com]. L’auteur, prof d’histoire, fait des manières et trouve que le premier de la classe tire un peu trop la couverture à lui. Parce que c’est bien gentil, mais il n’était pas tout seul. C’est vrai, il y avait Jean-Pierre Timbaud (dans le XIe, près d’Oberkampf, bars rock ou nases), Charles Michels (dans le XVe, c’est paumé, personne n’y va, c’est plus mort que le Bistrotenface, à ce qu’il se dit) et… et… Huyng-Kuhong An. L’Annamite ! Valeureux compatriote de l’Oncle Ho, prof de Français, de surcroît, et comme lui, 100% Coco. (2)

Inutile de vous dire que c’est le seul qu’il cite sur les 26 autres… (3)

Comme Guy et ses petits camarades, il a donc écrit une lettre (4) (sera-t-elle lue aux élèves des Collèges de mécanique de Hanoï ? l’histoire ne le dit pas). Elle nous intéresse pour une phrase : « Nous sommes enfermés provisoirement dans une baraque non habitée, une vingtaine de camarades, prêts à mourir avec courage et avec dignité. ».

En clair, on les a isolés en salle d’attente avec du papier et un crayon. Point. Et un prêtre pour faire joli. Ou pour ceux qui auraient la foi athée défaillante. Comme quoi, à l’époque, on avait encore le sens des convenances et de l’essentiel : si la peine de mort devait être réintroduite aujourd’hui, il y a toutes les chances que les condamnés se voient accorder, leur dernière heure venue, le secours d’une cellule psychologique.

Quel intérêt de se repasser un clip à la moviola, me direz-vous ? Ce n’est qu’un putain de clip. Justement ! Un clip de propagande où chaque plan compte, chaque plan est pensé, tourné (pas si mal du reste), monté avec le même soin qu’un film de pub, pour qu’on nous enfonce ce putain de message désincarné dont la finalité est de nous faire chialer sur le sort d’un pauvre garçon, en instillant une bonne dose de repentine.

Mais quand pour faire plus vrai, plus authentique, on va jusqu’à tricher sur des détails de la réalité à l’aide d’accessoires soigneusement agencés, choisis, mis en scène, on n’est plus dans l’évocation vaguement héroïque, on est dans le mensonge pur et simple.

Je le sentais depuis le début, j’en ai la confirmation.

Je peux me coucher serein.

‘Scusez pour le linge qui sêche, on nous avait pas dit qu’il y aurait les Actualités.‘Scusez pour le linge qui sêche, on nous avait pas dit qu’il y aurait les Actualités.

Hier, c’était bon, on a eu des rutabagas sauce gribiche. J’en ai repris deux fois.Hier, c’était bon, on a eu des rutabagas sauce gribiche. J’en ai repris deux fois.

Pensez à changer l’eau des fleurs.Pensez à changer l’eau des fleurs.

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(1) C’est-a-dire, par allusion historique, ce crépâge de chignon idéologique sur un sujet qui aurait dû moins encore prêter le flanc à la controverse, tant les données sont limpides et on ne peut plus concrètes pour quiconque a précisément dépassé le niveau de la troisième, tandis que les Turcs répètent leur future intégration à notre belle Union en mettant un peu d’animation dans la ville de son siège social.

(2) « […] né à Saigon, dans ce Vietnam que les colonialistes s’obstinaient alors à appeler Indochine, il était venu en France, à Lyon, pour y poursuivre des études. Qu’il réussit brillamment, au point de devenir professeur stagiaire de français. Non sans s’investir à fond dans la vie politique française. Membre du PCF, Secrétaire des Etudiants communistes de la région lyonnaise, il milite beaucoup, en particulier au sein des Amis de l’Union soviétique aux côtés de son amie et compagne Germaine Barjon. En 1939, après l’interdiction du PCF, il participe à la vie clandestine de son Parti. » (et sic !)

(3) Une bonne fois pour toutes :

* Auffret Jules, 39 ans, de Bondy, conseiller général communiste de la Seine
* Barthélémy Henri, 58 ans, de Thouars, retraité de la SNCF
* Bartoli Titus, 58 ans, de Digoin, instituteur honoraire, militant communiste
* Bastard Maximilien, 21 ans, de Nantes, chaudronnier
* Bourhis Marc, 44 ans, de Trégunc, instituteur, militant communiste trotskiste
* David Émile, 19 ans, de Nantes, mécanicien-dentiste
* Delavacquerie Charles, 19 ans, de Montreuil, imprimeur
* Gardette Maurice, 49 ans, de Paris, conseiller général de la Seine,
* Granet Désiré, 37 ans, de Vitry-sur-Seine, secrétaire général de la Fédération CGT des Papiers et Cartons
* Grandel Jean, 50 ans, maire communiste de Gennevilliers, conseiller général communiste, secrétaire de la Fédération postale Postale de la CGT.
* Guéguin Pierre, 45 ans, de Concarneau, professeur, maire communiste de Concarneau et conseiller général du Finistère, communiste critique, puis trotskiste
* Huyng-Kuhong An dit Luisne, 29 ans, de Paris, professeur
* Kérivel Eugène, 50 ans, de Basse-Indre, capitaine côtier (marin pêcheur)
* Laforge Raymond, 43 ans, de Montargis, instituteur, militant communiste
* Lalet Claude, 21 ans, étudiant
* Le Panse Julien, 34 ans, de Nantes, peintre en bâtiment
* Lefebvre Edmond, 38 ans, d’Athis-Mons, métallurgiste
* Michels Charles, 38 ans, de Paris, député communiste de la Seine, secrétaire de la Fédération CGT des Cuirs et Peaux
* Môquet Guy, 17 ans, de Paris, étudiant, militant communiste, fils du député de la Seine Prosper Môquet
* Pesqué Antoine, 55 ans, d’Aubervilliers, docteur en médecine
* Poulmar’ch Jean, 31 ans, d’Ivry-sur-Seine, secrétaire général de la Fédération CGT des Produits Chimiques
* Pourchasse Henri, 34 ans, d’Ivry-sur-Seine, employé de Préfecture, responsable de la Fédération CGT des Cheminots
* Renelle Victor, 53 ans, de Paris, ingénieur-chimiste
* Tellier Maurice, 44 ans, d’Amilly, imprimeur
* Ténine Maurice, 34 ans, d’Antony, docteur en médecine, militant communiste
* Thoretton Georges, 25 ans, de Gennevilliers, militant communiste
* Timbaud Jean-Pierre, 31 ans, de Paris, secrétaire général de la Fédération de la Métallurgie
* Vercruysse Jules, 48 ans, de Paris, secrétaire général de la Fédération CGT des Textiles

(4) S’il n’y a pas un créneau éditorial à prendre avec ça…

Pour en finir avec Guy Machin

octobre 27, 2007

Lonely days are gone
I’m going home;
My baby just wrote me a letter

The Box Tops The Letter

Mirez ! Mirez !

Lundi soir, l’ORTF nous a diffusé la bande-annonce du film « Guy Môquet, l’enfance brisée d’un jeune homme qui soixante ans plus tard fera oublier le nom de Jean Moulin ou même celui de Jean-Pierre Timbaud qui était pourtant à ses côtés ». *

Ce petit bijou de néo Qualité Française tourné avec des moyens conséquents démontre qu’en matière de propagande nous avons dépassé nos glorieux aînés du cinéma Stalinien. Petit problème, le réalisateur, n’est pas Eisenstein. Ni même Capra pour rester dans le registre patriotique pompier empreint de savoir-faire. Non, dans la forme, on la joue prudent et préfère puiser dans le catalogue des clichés immémoriaux.

Comment était habillé le héros du film, le jour de sa mort ? Les portables des prisonniers étant confisqués à leur arrivée dans les camps, on a peu de documents. En fait aucun. Qu’à cela ne tienne, coco, on n’a qu’à prendre une des rares photo qu’on a de lui, peu importe la date, et composer exactement le même costume. Ce qui me fait ouvrir une parenthèse et conseiller aux futur fusillés, avant de vous engager dans le tractage, de veiller à détruire les photos de vous-même prises lors d’une soirée limite, si vous ne voulez pas que la postérité vous immortalise en drag queen alcoolisée, faute de mieux. De même, évitez le portrait torse nu sur la plage, même flatteur, si vous ne voulez pas que le film de votre exécution ressemble à Tarzan contre les Nazis… (aka Le Triomphe de Tarzan).

Cette question réglée, on peut alors s’en donner à cœur joie. Au lieu de tomber d’un coup sur eux-mêmes comme des vieilles merdes (c’est pas glamour, mais c’est une réalité physique), les fusillés meurent en faisant le saut de l’ange, les mains des témoins saignent en s’agrippant d’émotion aux barbelés, l’officier SS à la tête de cauchemar semble sorti de Hell Boy (au fait, étaient-ce bien des SS qui composaient le peloton ? C’est pas grave, on ne va pas se mettre à chipoter. Et puis c’est pour la bonne cause), « Schnell ! » et « Raus ! » alternent avec les « Allons Enfants… », le prêtre tourne en rond l’air désolé, les visages sont graves, et les gendarmes français ont des têtes de fumier. Signalons quand même cette prise de liberté folle avec les canons du genre : pas un figurant ne porte LA canadienne sans laquelle on ne saurait produire un bon film sur la Résistance ©

Le carton de fin cite, à travers leur logos, la vingtaine de partenaires commerciaux. Là où ils ont manqué d’audace ou de jugeotte, c’est de ne pas faire sponsoriser le clip par un annonceur choisi. Les cahiers Clairefontaine ou les Stylos Waterman présentent : « La lettre », c’eût été carrément vendeur…

Vous me direz qu’il y a pourtant La Poste, mais elle a fait sa timide.

[guymoquet.lcpan.fr]

Guy Môquet l’a échappé belle

Guy Môquet l’a échappé belle

 

Un officier Allemand tout en nuances

Un officier Allemand tout en nuances

 

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(*) La veille, sur France 5, Daniel Piccouly, la fille de la Carrère d’Encausse et quatre autres nanas avaient lu la dernière lettre de Jean Moulin Honoré d’Estiennes d’Orves Jean Prévost un maquisard des Glières un Milicien Nicolas Sarkozy Guy Machin

Toute polémique mise à part, ça s’apparentait à le fusiller une deuxième fois.