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Pour en finir avec Guy Machin, part II

octobre 27, 2007

J’avais envie de prolonger cette querelle toute byzantine (1) sur le Gay Mocky, en restant sur un plan formel. D’une part parce que c’est l’objet du post et quitte à être futile autant se faire plaisir mais surtout parce que sur le ouaibe, à la télé et dans la presse, j’ai l’impression qu’on a fait le tour des arguments de fond. Même dans le détournement, c’est un peu comme pour Martine : de bonnes idées en appellent de plus convenues qui inspirent parfois des petits chef-d’œuvre, mais très vite, on sent que tout à été dit, d’une manière ou d’une autre. Beaucoup de trouvailles devant d’ailleurs beaucoup à l’actualité plus ou moins immédiate : il y a dix ans, au lieu d’Un 11 septembre peu ordinaire, quelqu’un aurait judicieusement titré Vol 714 pour Lockerbie.

Quant aux arguments du chœur des vierges venant nous mettre en avant des questions de calendrier des programmes scolaires chamboulés et le désarroi qui pourrait en résulter dans la tête de leurs analphabètes de lycéens, je les prendrai un peu plus au sérieux lorsque ils mettront la même énergie à refuser la visite de miraculés qui viennent asséner raconter à des élèves d’ école primaire combien la Guerre et l’Occupation ont été atroces pour une seule catégorie d’individus, avec force anecdotes d’étoiles, de trains, de poux et de policiers français aussi méchants que leur compatriotes civils…

Anyway, j’ai eu envie de revenir vous casser les couilles avec ce film après être tombé sur cet article. [libertesinternets.wordpress.com]. L’auteur, prof d’histoire, fait des manières et trouve que le premier de la classe tire un peu trop la couverture à lui. Parce que c’est bien gentil, mais il n’était pas tout seul. C’est vrai, il y avait Jean-Pierre Timbaud (dans le XIe, près d’Oberkampf, bars rock ou nases), Charles Michels (dans le XVe, c’est paumé, personne n’y va, c’est plus mort que le Bistrotenface, à ce qu’il se dit) et… et… Huyng-Kuhong An. L’Annamite ! Valeureux compatriote de l’Oncle Ho, prof de Français, de surcroît, et comme lui, 100% Coco. (2)

Inutile de vous dire que c’est le seul qu’il cite sur les 26 autres… (3)

Comme Guy et ses petits camarades, il a donc écrit une lettre (4) (sera-t-elle lue aux élèves des Collèges de mécanique de Hanoï ? l’histoire ne le dit pas). Elle nous intéresse pour une phrase : « Nous sommes enfermés provisoirement dans une baraque non habitée, une vingtaine de camarades, prêts à mourir avec courage et avec dignité. ».

En clair, on les a isolés en salle d’attente avec du papier et un crayon. Point. Et un prêtre pour faire joli. Ou pour ceux qui auraient la foi athée défaillante. Comme quoi, à l’époque, on avait encore le sens des convenances et de l’essentiel : si la peine de mort devait être réintroduite aujourd’hui, il y a toutes les chances que les condamnés se voient accorder, leur dernière heure venue, le secours d’une cellule psychologique.

Quel intérêt de se repasser un clip à la moviola, me direz-vous ? Ce n’est qu’un putain de clip. Justement ! Un clip de propagande où chaque plan compte, chaque plan est pensé, tourné (pas si mal du reste), monté avec le même soin qu’un film de pub, pour qu’on nous enfonce ce putain de message désincarné dont la finalité est de nous faire chialer sur le sort d’un pauvre garçon, en instillant une bonne dose de repentine.

Mais quand pour faire plus vrai, plus authentique, on va jusqu’à tricher sur des détails de la réalité à l’aide d’accessoires soigneusement agencés, choisis, mis en scène, on n’est plus dans l’évocation vaguement héroïque, on est dans le mensonge pur et simple.

Je le sentais depuis le début, j’en ai la confirmation.

Je peux me coucher serein.

‘Scusez pour le linge qui sêche, on nous avait pas dit qu’il y aurait les Actualités.‘Scusez pour le linge qui sêche, on nous avait pas dit qu’il y aurait les Actualités.

Hier, c’était bon, on a eu des rutabagas sauce gribiche. J’en ai repris deux fois.Hier, c’était bon, on a eu des rutabagas sauce gribiche. J’en ai repris deux fois.

Pensez à changer l’eau des fleurs.Pensez à changer l’eau des fleurs.

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(1) C’est-a-dire, par allusion historique, ce crépâge de chignon idéologique sur un sujet qui aurait dû moins encore prêter le flanc à la controverse, tant les données sont limpides et on ne peut plus concrètes pour quiconque a précisément dépassé le niveau de la troisième, tandis que les Turcs répètent leur future intégration à notre belle Union en mettant un peu d’animation dans la ville de son siège social.

(2) « […] né à Saigon, dans ce Vietnam que les colonialistes s’obstinaient alors à appeler Indochine, il était venu en France, à Lyon, pour y poursuivre des études. Qu’il réussit brillamment, au point de devenir professeur stagiaire de français. Non sans s’investir à fond dans la vie politique française. Membre du PCF, Secrétaire des Etudiants communistes de la région lyonnaise, il milite beaucoup, en particulier au sein des Amis de l’Union soviétique aux côtés de son amie et compagne Germaine Barjon. En 1939, après l’interdiction du PCF, il participe à la vie clandestine de son Parti. » (et sic !)

(3) Une bonne fois pour toutes :

* Auffret Jules, 39 ans, de Bondy, conseiller général communiste de la Seine
* Barthélémy Henri, 58 ans, de Thouars, retraité de la SNCF
* Bartoli Titus, 58 ans, de Digoin, instituteur honoraire, militant communiste
* Bastard Maximilien, 21 ans, de Nantes, chaudronnier
* Bourhis Marc, 44 ans, de Trégunc, instituteur, militant communiste trotskiste
* David Émile, 19 ans, de Nantes, mécanicien-dentiste
* Delavacquerie Charles, 19 ans, de Montreuil, imprimeur
* Gardette Maurice, 49 ans, de Paris, conseiller général de la Seine,
* Granet Désiré, 37 ans, de Vitry-sur-Seine, secrétaire général de la Fédération CGT des Papiers et Cartons
* Grandel Jean, 50 ans, maire communiste de Gennevilliers, conseiller général communiste, secrétaire de la Fédération postale Postale de la CGT.
* Guéguin Pierre, 45 ans, de Concarneau, professeur, maire communiste de Concarneau et conseiller général du Finistère, communiste critique, puis trotskiste
* Huyng-Kuhong An dit Luisne, 29 ans, de Paris, professeur
* Kérivel Eugène, 50 ans, de Basse-Indre, capitaine côtier (marin pêcheur)
* Laforge Raymond, 43 ans, de Montargis, instituteur, militant communiste
* Lalet Claude, 21 ans, étudiant
* Le Panse Julien, 34 ans, de Nantes, peintre en bâtiment
* Lefebvre Edmond, 38 ans, d’Athis-Mons, métallurgiste
* Michels Charles, 38 ans, de Paris, député communiste de la Seine, secrétaire de la Fédération CGT des Cuirs et Peaux
* Môquet Guy, 17 ans, de Paris, étudiant, militant communiste, fils du député de la Seine Prosper Môquet
* Pesqué Antoine, 55 ans, d’Aubervilliers, docteur en médecine
* Poulmar’ch Jean, 31 ans, d’Ivry-sur-Seine, secrétaire général de la Fédération CGT des Produits Chimiques
* Pourchasse Henri, 34 ans, d’Ivry-sur-Seine, employé de Préfecture, responsable de la Fédération CGT des Cheminots
* Renelle Victor, 53 ans, de Paris, ingénieur-chimiste
* Tellier Maurice, 44 ans, d’Amilly, imprimeur
* Ténine Maurice, 34 ans, d’Antony, docteur en médecine, militant communiste
* Thoretton Georges, 25 ans, de Gennevilliers, militant communiste
* Timbaud Jean-Pierre, 31 ans, de Paris, secrétaire général de la Fédération de la Métallurgie
* Vercruysse Jules, 48 ans, de Paris, secrétaire général de la Fédération CGT des Textiles

(4) S’il n’y a pas un créneau éditorial à prendre avec ça…

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Pour en finir avec Guy Machin

octobre 27, 2007

Lonely days are gone
I’m going home;
My baby just wrote me a letter

The Box Tops The Letter

Mirez ! Mirez !

Lundi soir, l’ORTF nous a diffusé la bande-annonce du film « Guy Môquet, l’enfance brisée d’un jeune homme qui soixante ans plus tard fera oublier le nom de Jean Moulin ou même celui de Jean-Pierre Timbaud qui était pourtant à ses côtés ». *

Ce petit bijou de néo Qualité Française tourné avec des moyens conséquents démontre qu’en matière de propagande nous avons dépassé nos glorieux aînés du cinéma Stalinien. Petit problème, le réalisateur, n’est pas Eisenstein. Ni même Capra pour rester dans le registre patriotique pompier empreint de savoir-faire. Non, dans la forme, on la joue prudent et préfère puiser dans le catalogue des clichés immémoriaux.

Comment était habillé le héros du film, le jour de sa mort ? Les portables des prisonniers étant confisqués à leur arrivée dans les camps, on a peu de documents. En fait aucun. Qu’à cela ne tienne, coco, on n’a qu’à prendre une des rares photo qu’on a de lui, peu importe la date, et composer exactement le même costume. Ce qui me fait ouvrir une parenthèse et conseiller aux futur fusillés, avant de vous engager dans le tractage, de veiller à détruire les photos de vous-même prises lors d’une soirée limite, si vous ne voulez pas que la postérité vous immortalise en drag queen alcoolisée, faute de mieux. De même, évitez le portrait torse nu sur la plage, même flatteur, si vous ne voulez pas que le film de votre exécution ressemble à Tarzan contre les Nazis… (aka Le Triomphe de Tarzan).

Cette question réglée, on peut alors s’en donner à cœur joie. Au lieu de tomber d’un coup sur eux-mêmes comme des vieilles merdes (c’est pas glamour, mais c’est une réalité physique), les fusillés meurent en faisant le saut de l’ange, les mains des témoins saignent en s’agrippant d’émotion aux barbelés, l’officier SS à la tête de cauchemar semble sorti de Hell Boy (au fait, étaient-ce bien des SS qui composaient le peloton ? C’est pas grave, on ne va pas se mettre à chipoter. Et puis c’est pour la bonne cause), « Schnell ! » et « Raus ! » alternent avec les « Allons Enfants… », le prêtre tourne en rond l’air désolé, les visages sont graves, et les gendarmes français ont des têtes de fumier. Signalons quand même cette prise de liberté folle avec les canons du genre : pas un figurant ne porte LA canadienne sans laquelle on ne saurait produire un bon film sur la Résistance ©

Le carton de fin cite, à travers leur logos, la vingtaine de partenaires commerciaux. Là où ils ont manqué d’audace ou de jugeotte, c’est de ne pas faire sponsoriser le clip par un annonceur choisi. Les cahiers Clairefontaine ou les Stylos Waterman présentent : « La lettre », c’eût été carrément vendeur…

Vous me direz qu’il y a pourtant La Poste, mais elle a fait sa timide.

[guymoquet.lcpan.fr]

Guy Môquet l’a échappé belle

Guy Môquet l’a échappé belle

 

Un officier Allemand tout en nuances

Un officier Allemand tout en nuances

 

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(*) La veille, sur France 5, Daniel Piccouly, la fille de la Carrère d’Encausse et quatre autres nanas avaient lu la dernière lettre de Jean Moulin Honoré d’Estiennes d’Orves Jean Prévost un maquisard des Glières un Milicien Nicolas Sarkozy Guy Machin

Toute polémique mise à part, ça s’apparentait à le fusiller une deuxième fois.