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Croquis d’une messe pontificale aux Invalides

octobre 9, 2008

[Esquissé à la va-vite, laissé en plan depuis, retrouvé et publié ce jour en application du principe maison qui consiste à ne pas coller à l’actualité à tout prix.]

Samedi matin, 10H05, je sors de la station Champs-Élysées-Clémenceau à la bourre, le plus jeune de mes enfants avec moi. Je me dépêche pour me retrouver avec deux, trois cent personnes bloqué entre les deux Palais, le Grand et le Petit, par des Gendarmes mobiles. Devant nous, la circulation rare sur le Cours la Reine et ensuite le pont Alexandre III, désert. Rien à foutre, on ne passe pas. Vu la gueule et la détermination des pandores en tenue de combat, il devait se produire un événement sacrément dangereux ou subversif pour qu’ils interdisent à une grosse poignée de gens de rejoindre le gros des troupes. Un remake du 6 février, au moins. Que nenni ! La messe célébrée par le pape Benoît XVI.

Les gens s’indignent poliment, et tendent l’oreille pour entendre ce qu’il se dit depuis l’esplanad. Ils ont tellement bien goupillé leur plan d’accès que la seule manière de rejoindre les Invalides serait de faire un détour par l’Assemblée Nationale. Et encore… Il paraît que l’accès est bouché. On aurait voulu dissuader les gens qu’on ne s’y serait pas pris autrement. Au bout de vingt minutes, un mec en civil, talkie à la main, nous annonce que nous allons pouvoir traverser l’avenue. Des bonnes âmes un peu simplettes le remercient quand je l’emmerde copieusement par devers moi : s’il avait reçu l’ordre de nous disperser au canon à eau, il n’aurait pas eu plus d’états d’âme. Je ne dis pas qu’il y avait matière à, je sais seulement que lorsqu’il s’agit de maintenir l’ordre, les forces dévolues à cet effet savent être efficaces, pour peu que l’ordre soit clair.

Second check-point de barrières Vauban à l’extrémité du pont, au bord du quai d’Orsay. Infranchissable, celui-là. M’en fous, je ne comptais pas m’asseoir au premier rang.

Autour de moi, des gens trop différents pour qu’il soit possible, hors contexte, de deviner ce qui les rassemble. Pas de touristes venus là en curieux , manifestement, à l’exception d’un Chinois prenant des photos au téléobjectif, juché sur un lampadaire – et encore, ce n’est même pas sûr. Deux nanas, plus que mignonnes et joliment sapées – que je reverrai plus tard dans l’après-midi, ailleurs dans Paris, pour découvrir qu’elles sont Allemandes – avec des ray-ban qui masquent mal une nuit de fête. Des vieux, des jeunes, pas mal de familles, de milieux divers ; une mère Antillaise un peu exaltée avec son enfant ; un mec à la vague allure de Spaggiari, les cheveux mi-longs, habillé sans recherche mais portant des Ray-Ban de pilote lui aussi et qui connaît son Pater Noster originel sur le bout des doigts, et donc forcément tradi vu son âge. Le long du pont, sur la chaussée, un aréopage de porteurs de bannières qui récapitulent les noms des saints, célèbrent des dévotions à la Vierge et magnifient différentes représentations du Christ. Parmi eux, le tambour du Chœur Montjoie-Saint-Denis ; vieux monsieur sympathique qui rythmera leur marche de retour jusque à leur dissolution, derrière le Petit-Palais, après avoir entonné plusieurs chants et terminé sur un Ave Maria.

Nous nous retrouvons donc, littéralement, de l’autre côté de la barrière. Mais il suffit de regarder au tour de soi pour se savoir et être présent, en communion. Le son est correct. Suffisamment pour écouter attentivement la lecture de l’Évangile qui commence. Puis l’homélie, longue, inspirée, prononcée dans ce français impeccable teinté d’accent allemand. Je ne connais pas d’exemple de foule aussi imposante dont l’attention soit maintenue si longtemps par une voix posée qui ne joue sur aucun effet et demande un effort d’écoute.

Au moment de la consécration, certains s’agenouillent, d’autres non, sans hostilité ni murmures, en application mutuelle de ce mot si galvaudé qu’est celui de respect. Le recueillement est tel que le passage de deux flics en mobylette fait l’effet d’un hurlement. Je m’attends à faire une croix sur la communion, si je puis dire, quand je vois apparaître un, puis plusieurs prêtres venant l’apporter jusqu’à nous depuis l’autel situé devant les Invalides. Malgré son ciboire tout moche – en réalité une espèce de patène ; il semblerait à ce propos qu’il y ait eu un problème de communication, j’avais pourtant lu que Benoît XVI avait expressément demandé qu’une attention particulière soit portée aux objets liturgiques – le prêtre donne la communion en présentant à chacun « le corps du Christ », comme s’il était seul à le recevoir. Il prend le temps de bénir mon fils d’un signe de croix sur le front. Attention d’autant plus méritoire et appréciée que les fidèles en foule désordonnée peinent à former des files correctes. J’entrevois le moment de la bousculade qui ne viendra pas. Le Saint-Esprit a veillé à ce que ne soit pas le dawa.

Chant de communion. Rite de conclusion. Envoi. Les gens se dispersent, seuls ou en nombre, tranquillement. Les porteurs de bannières s’en vont au son du tambour, mais j’en avais déjà parlé. Machinalement, j’ai souhaité un bon Dimanche à quelques voisins avec qui j’ai échangé quelques mots. Personne n’a relevé.

Quelques applaudissements à la fin de l’homélie qui m’ont paru incongrus et la découverte, lors de la quête, que les ticheurtes des « volontaires » étaient discrètement frappés du sceau de leur sponsor Pathé auront été les seules fausses notes d’une messe dont je digère lentement la richesse spirituelle.

Épilogue :

Je joue un moment avec mon fils, debout sur le parapet du pont, à jeter des petits bâtons dans la Seine puis les regarder faire la course. Nous descendons les Champs-Elysées, jouons près d’une fontaine, place de la Concorde Mon fils court en regardant en l’air ; j’avais oublié ce jeu grisant qui consiste à reproduire, en courant le plus vite et loin possible, l’abandon de la balançoire, la tête dans les nuages, doublé du risque de se ramasser méchamment. Devant les Tuileries, des jeunes tradis – ou des scouts ou les deux – en procession portent très haut un drapeau Français et un autre frappé d’une croix entaillée.

Paris, ligne de démarcation, le 13 septembre 2008

Suicides sur ordonnance

mars 30, 2008

Pour développer mon pénultième post, j’estime que ces gens qui militent pour l’euthanasie « remboursée par la Sécu », comme je la qualifie, veulent tous les avantages pratiques du suicide * sans les inconvénients moraux .

Étant assisté dans mon exécution – de fait, me donné-je réellement la mort ? là est la question – je n’ai pas à encourir le risque d’un dossier chargé au jour du Jugement Dernier : tout laïque incroyant que je suis, je mets quand même les chances de mon côté et, mine de rien, me décharge sur celui qui m’aura envoyé ad patres. Curieux comme certains principes moraux touchant à l’existence et à son caractère sacré ont la vie dure, même chez les plus publics des libre penseurs. Et quels meilleur moyen de s’en affranchir qu’en cherchant à légiférer sur leur abolition ?

Témoin sur France Inter, hier, au cours d’une émission dont il était l’invité, François de Closets qui a pu, sans contradicteurs, élever la voix et faire de grands gestes indignés avec les bras pour dénoncer le scandale de l’« agonie obligatoire ».

Selon lui, la morale commune voudrait que l’on ne sût mourir sans souffrir, ce qui expliquerait pourquoi une injection de chlorure de potassium encourrait des poursuite au Pénal pour fait d’euthanasie quand une sédation, dont les effets ne sont pas immédiats, l’en absoudrait. Au nom de quoi, en effet, sinon d’un obscurantisme médiéval je suppose, dénieront-on le droit de mourir en douceur ?

Ce « scandale » serait d’autant plus grand, poursuivait-il, qu’il aurait cours dans notre « République laïque » (sic). Je… fais plein de choses pas très propres sur celle-ci – tout en considérant, nolens, volens, qu’elle une évolution politique de facto de l’ histoire de notre pays : on peut être radicalement contre le régime républicain français, nier sa légitimité, on peut difficilement nier sa réalité – mais les questions d’éthique que Closets feint d’ignorer fussent-elles – et elles le sont toutes – des reliquats de la religion catholique, ne me semblent pas a priori incompatibles avec la République laïque. A moins de considérer qu’elle n’en est encore qu’à un stade juvénile de son développement totalitaire, ce que je crois, mais c’est un autre débat.

Quoi qu’il en soit, je ne connaissais pas l’existence de ce pseudo-précepte religieux sur les conditions de notre remise de l’âme à Dieu – nul n’a vocation au martyre, ni à souffrir de la sorte – mais je constate qu’on est en train de mettre sur le même plan le droit à la douceur dans tous les instants de la vie, surtout ceux qui échappent à notre contrôle, avec les avantages pratiques que confèrent l’amélioration du conditionnement des paquets de café. L’accès au Paradis garanti par l’ouverture facile, ça c’est de l’avancée ! Du reste, le même argument de confort prévaut pour le recours systématique à la péridurale, voire la césarienne. Ainsi, la souffrance serait obscurantiste, réactionnaire, misogyne et, n’ayons pas peur des mots utilisés à tort et à travers : catholique.

Je me permets de rappeler que si les douleurs de l’accouchement ont bien un fondement théologique – (Gn., 3, 6), mais puisqu’on ne croit pas en Dieu, hein ? – elles ont aussi une cause physiologique élémentaire dans lequel le Droit Canon n’y est pour rien – je ne vais pas vous faire un dessin. Pourtant, et je parle en toute connaissance de cause, subordonnée à une préparation, une mise en condition attentive, la douleur n’est ni une fatalité, ni une obligation. Bien accompagnée par une sage-femme qui sera présente et aux manettes le jour de l’accouchement – c’est encore un luxe mais, financièrement mieux prise en charge, ce serait une mesure plus incitatrice et utile que la thalassothérapie – une mère peut et sait s’en passer. Ensuite, s’il y en a qui préfère accoucher d’un enfant comme on télécharge un gros .pdf, c’est leur choix…

Pareil pour le passage de vie à trépas. S’il existait un procédé  imparable, absolu, garanti ou remboursé dix fois son prix, de tuer sans souffrance aucune un être humain, on l’aurait sans doute trouvé depuis le temps que l’homme exécute ses semblables par tous les moyens techniques, mécaniques, agricoles ou scientifiques dont il dispose. Enfin, tant qu’il ne s’agite pas dans tous les sens en hurlant comme un goret, les bonnes âmes sont rassurées : il n’a pas souffert. En tout cas, ça ne se voyait pas, et c’est tout ce qu’on lui demande.

J’ai assisté à l’agonie de ma grand-mère, j’étais présent quand un prêtre Basque lui a accordé l’extrême onction quelques heures avant sa mort, en lui parlant avec confiance de Dieu, de Jésus-Christ et de la Saint Vierge avec des mots apaisants, plein d’espoir et d’amour. Je ne sais si elle a souffert – je ne crois pas, étant sous morphine – mais je puis dire qu’elle est morte en paix avec infiniment plus de dignité que ceux qui préfèrent être piqués comme des animaux.

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(*) Quitte à défendre ce droit, et être cohérents, que ne réclament-ils pas la levée de l’interdiction qui pèse toujours sur « Suicide, mode d’emploi » ? Assortie d’une interdiction de vente aux mineurs, cela va de soi. Ce sera toujours plus prudent et moins compliqué à mettre en œuvre que de leur ôter de l’esprit et de l’âme ce désespoir qui les pousse à se flinguer de toutes les manières, quitte à emporter quelques-uns de leurs camarades de Lycée au passage, comme cela tend à devenir la mode.

Lundi de…

mars 24, 2008

 

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Mais l’ange prit la parole et dit aux femmes :

« Ne craignez point, vous : je sais bien que vous cherchez Jésus, le Crucifié.

Il n’est pas ici car il est ressuscité, comme il l’avait dit. »

Mt., 28,  6-7

Souvenirs d’enfance, souvenirs d’en France

novembre 9, 2007

Fête des Morts, lendemain de la Toussaint, j’emmène mes enfants fleurir la tombe de leur arrière-grand-mère. Ça leur fait prendre l’air tout en sacrifiant au culte des ancêtres. Tandis que je ferai une prière, mes enfants s’en iront jouer dans les allées entre les caveaux à l’abandon qui ressemblent à des églises de contes gothiques.

[Contrairement à une idée reçue, c’est le 2 novembre, jour de la Fête des Morts, qu’il est de coutume de prier pour le salut de l’âme de nos proches défunts et, par voie de conséquence, de fleurir leurs tombes, et pas la veille, à la Toussaint.

Contrairement à une autre idée reçue, la Toussaint, fête d’obligation, est une fête joyeuse en dépit du temps de chien qu’il fait habituellement lors de sa célébration : l’Église, ses lieux de culte, ses prêtres et ses fidèles, se fait alors belle pour célébrer le souvenir de ses Saints.]

Ma grand-mère est enterrée dans un caveau familial qui date de la fin du siècle précédent le denier *. Il a la forme d’un catafalque en marbre blanc, recouvert de noms gravés au fur et à mesure de leur inhumations. Les tous premiers, ainsi que le nom de la famille, une devise et la croix l’ont été en relief. C’est sobre, assez chic, ça a même une gueule certaine

Près d’elle, et parmi les derniers occupants, reposent ma tante, résistante, et son mari, prisonnier de guerre évadé. Mon grand-père est enterré sur la Côte d’Azur, près de la mer. Il y a eu un cafouillage, ou un mauvais suivi, et il n’a jamais reçu sa pierre tombale. Au lieu de trouver ça sordide, je me dis que mon grand-père, avec juste une croix en bois flanquée d’une plaque en cuivre plantée sur un tumulus, a une tombe de cow-boy. Quand on voit les monstruosités que proposent aujourd’hui les pompes funèbres, il est loin d’avoir perdu au change. Mes deux autres grands-parents ont été inhumés en provence, au nord, à l’autre extrémité, dans leur caveau familial, en granit gris, sous des cyprès géants. Le premier à gauche, en s’engageant dans l’allée centrale de l’ancien cimetière.

A peine la grille franchie, des volontaires du Souvenir Français m’alpaguent font la quête contre un reçu autocollant. Le badge est une cocarde mods inversée – aux couleurs françaises, donc – avec un zigouigoui au centre : une main brandissant un glaive devant l’Arc de triomphe, dont le rendu esthétique est désastreux. Même si on devine l’intention.

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Petit, j’étais plus familier avec Les Gueules Cassées et Les Ailes Brisées. On croisait régulièrement des gens qui vendaient des dixièmes de la Loterie Nationale ou tenaient des guérites de tir à la carabine à leur enseigne. Les Ailes Brisées, symbolisées par trois avions, n’évoquaient pas grand-chose, sinon des Boildieu retraités marchant lentement avec une canne, ou lisant dans leur salon assis sur une chaise roulante, en robe de chambre, une écharpe autour du cou. Et encore, à condition de faire un effort d’imagination. En vérité, l’association d’idées était essentiellement mécanique : on avait davantage en tête l’image de biplans détruits dans les combats. Au pire, des hangars oubliés occupés par des avions au rebut. Les Gueules Cassées en revanche, outre la délicieuse licence qu’elles offraient de pouvoir exprimer des gros mots, charriaient avec elles des souvenirs terribles et mal perçus de la Guerre de 14. On croyait ces figures disparues dans un passé mythique quand il ne s’agissait que d’un manque de vocabulaire. On les prenaient pour d’autres.

Témoin, ce vieux monsieur souriant du village familial qui n’avait plus de menton et passait ses journées à s’essuyer la bouche avec un grand mouchoir. J’ai longtemps cru que ce n’était qu’une affaire de dentier. Mince, sec et se tenant relativement droit, il portait un béret et, ce que n’améliorait pas son handicap, parlait avec un accent cévenol à couper au Laguiole. Parmi les vieux de sa génération, je me souviens d’une vieille dame qui lui a survécu des années. Mes père et oncles la surnommaient le théorème de Pythagore parce qu’elle était courbée à angle droit. Cela n’a pas vraiment de rapport, mais je ne vois pas où j’aurais pu la placer, sinon.

La mission du Souvenir Français a pour objet d’entretenir les tombes des soldats morts pour la France, de célébrer leur souvenir, de transmettre aux générations successives l’amour de la Patrie, les valeurs de la République, et plus généralement, de conserver la mémoire de de celles et ceux qui sont morts pour la France, ou qui l’ont servi, dans la gloire ou dans l’ombre, afin de préserver la liberté et les droits de l’homme (comprendre : le S. F. est une assoc’ trois points).

Morts pour la France… Nos villages sont remplis de monuments qui donnent une assez bonne indication de la densité de population locale à l’époque. Ils font partie du paysage, et semblent moins inspirer les artistes peintres que les cimetières civils. Y a-t-il eu des morts contre la France ; des soldats français qui auraient combattu contre leur pays, sous uniforme étranger ? Rien n’est impossible : la statistique historique est riche en découvertes surprenantes, même si les données s’avèrent, dans certains cas, infinitésimales.

Des morts par la France, cela étant, il y en eu quelques-uns, sans parler des mutins. Les plus – disons-le très vite – célèbres ont même bénéficié d’une citation respectueuse, du moins digne, en tout cas appuyée de la part de Audiard fils dans Un héros très discret d’après le roman de Deniau. Du reste, si l’on fait attention aux plans de visages de collabos tabassés, assis sur un banc, dans un couloir, on sent qu’on est passé un peu au-delà de la simple anecdote. Ça change, un film sur l’Occupation qui ne dénonce pas.

Ceux-là ont eu droit à un monument en Allemagne. Un monument made in Germany, cela va de soi. Pas sur le lieu de leur exécution même même. Plus loin. Dans le village de Bad Reichenhall.

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(Le carton noir est d’origine, sur la photo. En revanche, les douze impacts représentés sur la plaque disent bien ce qu’ils veulent dire. Ce n’est pas que décoratif)

L’on ne s’attend pas à ce que le Souvenir Français le fleurisse ou l’entretienne, ce n’est pas son objet, ce serait même déplacé. En revanche, on aimerait beaucoup qu’ils se bouge sérieusement le cul avant que le cimetière de Mers-El-Kebir n’achève de ressembler à une carrière de gravats. Mais peut-être que tout cela n’a aucune importance. Qui se souvient de Douaumont, de Mers-El-Kebir, de Bad Reichenhall ? Qui se souvient de ce qui n’a pas été dûment et très récemment célébré avec pompes et circonstances ? Qui se souvient de ce qui autrefois faisait partie de la mémoire commune ? Les vieux, les obsédés de la question, et les honnêtes gens – pluriel paritaire pour « honnête homme » ?

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 Mers-el-Kebir 2005

Le souvenir fait partie de l’éducation, de la transmission ; participe de la relation entre passé et présent qui pérennise la vivacité d’un patrimoine. Un pays qui ne souvient plus est un pays qui meurt. En tant que Nation, du moins. En France, l’alzheimer national est entretenu par des commémorations de moins en moins en phase avec la mémoire collective, ou qui la neutralisent, à l’instar de Jeanne Calment, à qui l’on demandait sans cesse de se remémorer une seule et même période de sa vie.

Forcer les gens à se souvenir à coups de lois, selon une orientation donnée, est le meilleur moyen de les en dégoûter. Dans une paire d’années, les collégiens de France ne sauront même plus pourquoi, Guy Machin a été fusillé…

[edit : dans son édition du 9 novembre, Rivarol signale que le monument établi sur le lieu même de leur exécution a été détruit par les autorités bavaroises au prétexte que les commémorations étaient devenues des « manifestations politiques d’extrême droite ». Voilà une mesure qu’elle est finaude : on devrait démolir tous les monuments dont les visites pourraient être considérées comme politiques, on libèrerait ainsi une bonne partie du territoire.]

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(*)Le soucis avec le passage à l’an Mille Neuf Cent Deux Mille, c’est que le XIXe a cessé du jour au lendemain d’être le siècle dernier, sans devenir foncièrement plus lointain pour autant. A contrario, employer ce terme quand on évoque les années quatre-vingt dix, rebute. Ou fait précieux.

Hommage à SdB

novembre 6, 2007

Serge de Beketch est mort trop tôt pour que la date d’aujourd’hui ait une quelconque valeur d’anniversaire ou numérologique, mais voilà, j’avais du temps.

Au cas où vous ne l’auriez pas compris, Un Dernier Verre etc, se fout de l’actualité immédiate, jusqu’au moment où ça l’arrange. En conséquence, la publication des posts ici-même n’obéit qu’à l’envie la plus subjective. En l’occurrence, plutôt que de me lancer dans une n’ième variation sur l’inanité de l’action de L’arche de Zoé, ou sur l’affaire du viol du jeune français Alex Robert par des Dubaïotes (?) – ce n’est pas moi, c’est sa mère qui balance son identité sur tout le ouaibe – qui mériterait, cela dit, davantage d’attention, j’ai préféré illustrer par l’exemple cette notion si old fashioned de l’amitié et de la fidélité.

Alors que Soral, pour prendre un exemple médiatiquement récent, se complaît à énumérer, sans les nommer, des relations qui l’approuvent en off, Greg, que SdB, je suppose, avait du rencontrer lors de son séjour à Pilote, n’a pas hésité à payer de sa personne en dessinant des couvertures originales pour le Libre Journal.

Greg, fort de – ou faible, selon l’intérêt que l’on peut avoir sur la question – ses opinions réacs, se sentait-il en totale adéquation avec les propos du décadaire de SdB ? La question est secondaire par rapport à son attitude, où seule primait l’amitié traduite par un coup de main, beaucoup plus cher payé que le travail de n’importe quel illustrateur connu pour une campagne institutionnelle bienpensante.

[edit : deux nouvelles illustrations, dont une de Trez, dessinateur de presse de moindre talent pour qui, néanmoins, les remarques précédentes d’appliquent]

[Merci à Acri pour les scans]

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Libre Journal n° 100

L.J. n° 171

Libre Journal n° 171

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Libre Journal n° 193 (décès de Greg)

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Libre Journal n° 104

Les Partisans blancs, par le Chœur Montjoie-Saint-Denis.

J’avais envie de podcaster « Au revoir Camarade », mais c’est devenu le souk pour mettre en ligne un morceau de musique en mp3. Oui, oui, c’est pour garantir le respect des droits d’auteurs, le travail des artistes… My bollocks !..