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Much ado about nothing

février 23, 2008

ou : pensez-vous sincèrement que cet effet d’annonce ainsi que le barouf ordinaire et téléphoné qui l’accompagne va changer le cours des choses ?..

Petit commentaire d’un article du Monde, paru ce jour.

 La gauche et des associations s’opposent à la remise en cause du droit du sol à Mayotte

Les déclarations du ministre de l’outre-mer, Christian Estrosi, interrogé sur France 2 vendredi 22 février, ont suscité de vives critiques de la part de l’opposition et des associations. M. Estrosi a proposé de remettre en cause le droit du sol à Mayotte, une « décision exceptionnelle qui fasse que tout enfant né de parents en situation irrégulière ne puisse plus réclamer son appartenance à la nationalité française ». Il entend ainsi lutter contre l’immigration clandestine sur cette île française de l’océan Indien où « 30 % de la population est en situation clandestine, irrégulière » et qui pourrait « être majoritaire dans dix ans ». [La population est composée d’un tiers de clandestins. Un tiers. Et le robinet est grand ouvert. Faut-il rajouter un commentaire à cet état des lieux ou les gens ne savent-ils pas lire ?]

Le député apparenté PS de l’Aisne René Dosière s’est insurgé contre « cette remise en cause du droit du sol » qui est à la fois « inefficace, irresponsable et dangereuse ».  [M. Dosière doit être du genre à préconiser l’installation d’un rideau anti-mouche en lamelles de plastique à l’entrée des bijouteries de la Place Vendôme pour lutter de manière « efficace, responsable et prudente » contre les vols à main armé.]   » Profondément scandalisée » par cette annonce, Eliane Assassi, sénatrice communiste de Seine-Saint-Denis, a dénoncé des déclarations « qui ouvrent une brèche dans la remise en cause du droit du sol, lequel a pourtant été au fondement de la République et de la société française ».  [Fondement, mon cul !]  Mme Assassi s’inquiète d’une éventuelle « extension » de ce projet « à d’autres territoires français, voire à la France métropolitaine ».  [D’autres auraient tendance à s’en réjouir, mais pas de faux espoirs : le jour où un gouvernement prendra l’initiative d’un référendum sur la question, le bambara, l’arabe et le… – quelle langue parle-t-on à Mayotte et dans les parages ? – seront majoritairement les langues maternelles de nos concitoyens.]

« SUSPENDRE LA LÉGALITÉ RÉPUBLICAINE »

Du côté des associations, les réactions sont aussi vives. Dans un communiqué, France Terre d’asile a qualifié de « provocations » les propos de M. Estrosi qui touchent au « sacré de la République, le droit du sol ».  [ Machinalement, quand on associe les mots « sacré et « sol », me viennent à l’esprit des couplets d’une vieille chanson d’autrefois où il était question d’une flamme sacrée qui montait du sol natal, mais pas du droit des peuples à disposer d’un passeport français par la grâce d’une sage-femme.] Elle a fustigé la stigmatisation « de l’immigré, éternel fraudeur, abusant de l’hospitalité (…) détournant les lois » que M. Estrosi « espère sans doute productive à quelques encablures des élections municipales ». [Si c’est le miracle de la « stigmatisation » qui la gêne, je suis d’accord pour la remplacer par des actions plus rationnelles telles que « clouer au pilori », puis « éjecter sans autre forme de procès ».]  SOS-Racisme a fait part de son « indignation » et a demandé au gouvernement de « renoncer » à cette proposition « intolérable » de M. Estrosi.  [La publication d’un communiqué dans un quotidien doit obéir à des mots-clefs. « Indignation », « intolérable », scandale », « valeurs de la République », « sos racisme », « comme c’est triste » font d’évidence partie de la liste.]  Selon SOS-Racisme, cette mesure « ne répond en rien au problème de l’immigration (…), occulte ce qui serait une vraie solution : le codéveloppement (…) et revient, ni plus, ni moins, à suspendre la légalité républicaine ».  [En l’occurrence, elle est tout sauf « occulte », ce serait plutôt sa trop grande « visibilité », le soucis.]

Le président du MoDem, François Bayrou a, lui, reconnu qu’il fallait trouver « une autre règle ». Il a appelé à « ne pas en faire un sujet passionnel » bien qu’il faille « trouver une solution pour éviter que ces déséquilibres s’accroissent » à Mayotte.  [Très bien. Mais quelle règle, quelle solution, propose-t-il, alors ? Allo ?.. Toujours fascinant, ces gens qui ambitionnent de diriger le pays et sont capables de parler pour ne rien dire sans se liquéfier de honte. Ni que personne ne leur lance des pierres. Ou des tomates.] Le juriste spécialisé en droit constitutionnel, Guy Carcassonne, a jugé qu’un aménagement du droit du sol n’était pas « contraire à la Constitution ». M. Carcassonne a rappelé que « le droit du sol [avait] été reconnu par les lois de la République, mais ce n'[était] pas du tout un principe constitutionnel ». « Ce droit a été fait en 1889 pour répondre aux exigences de la conscription dans l’idée d’une revanche contre l’Allemagne. »  [ Merci, M. Carcassonne, pour ce rappel constitutionnel qui donnera de quoi alimenter les pages « débats » de nos colonnes, vous pouvez regagner votre bocal à formol.]